Lettre ouverte à toi qui t’es (bien) battu pour nous

vendredi 28 avril 2017
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Par Fred Mandrea

Les derniers mois ont été éprouvants. Le verdict des urnes nous avait été annoncé comme dur, et il l’a été. Aujourd’hui il est important de te dire merci. Merci à toi, Benoît Hamon d’avoir redonné, enfin, de la noblesse au sein du débat politique. En seulement quelques mois de campagne, primaire tardive oblige, tu as réussi à porter une vision de société ambitieuse.

Ambitieuse parce qu’elle ne s’est pas défaussée face aux enjeux écologiques. Ambitieuse parce qu’elle a refusé tout raccourci, toute tentation opportuniste de clivage, qu’il soit entre riches et pauvres, entre salariés du privé ou du public, entre employés et employeurs, entre athées et croyants, entre chômeurs et cadres, entre “bons” et “mauvais” français… Ambitieuse aussi parce qu’elle ne s’est jamais résignée à l’appauvrissement, qui serait inexorable à en croire tes adversaires politiques, de nos protections sociales. Ambitieuse surtout parce que cette vision a enfin proposé de renverser cette érosion programmée, parce qu’elle n’a pas reculé devant l’urgence de réinvestir dans nos services publics, dont tu n’as cessé de rappeler (en citant Martine Aubry) qu’ils sont “le patrimoine de ceux qui n’en ont pas”. Ambitieuse enfin parce qu’elle a toujours voulu parler à notre intelligence plus qu’à notre affect, une voie difficile mais infiniment salutaire.

Et au-delà de l’Ambition, cette vision que tu as défendue, c’est celle de l’Audace. L’audace de remettre en question une vision obsolète du travail. Toi seul a compris dans cette campagne que nos sociétés disposent aujourd’hui d’assez de technologies pour qu‘on puisse les mettre au service de nouveaux modèles de production et de services. Toi seul a proposé le pari qu’on puisse repenser l’équation entre travail et richesses, qu’on reconnaisse comme logique et sain que les progrès acquis collectivement via la technologie soient désormais source d’une richesse équitablement redistribuée. Toi seul a proposé que grâce à ces avancées, nous permettions à ceux d’entre nous qui vivent leur travail comme une aliénation de retrouver l’accès à une meilleure qualité de vie, pas simplement sur le plan des finances mais sur ceux des libertés et du bien-être. Tout le monde plébiscite des films comme “Demain” de Cyril Dion et Mélanie Laurent. Nos murs Facebook ne parlent que de revenir à l’essentiel, de l’importance du bonheur comme la seule richesse qui compte… et au moment du vote, les mêmes oublient que ça devrait être le cœur non négociable de tout projet politique.

C’est sans doute cela, ta plus grande audace, celle de parier sur l’innovation sociale. Celle de parier qu’elle puisse venir aussi d’autres mondes que du seul milieu de l’entreprise. En proposant le Revenu Universel, ton projet n’a pas parlé que de pouvoir d’achat, mais trop peu de monde l’a compris. Ce que cette idée de Revenu Universel ouvre, c’est une porte vers d’autres modes de progrès : une dynamisation de notre monde associatif, la possibilité de se former ou de créer son activité, la possibilité de mieux élever nos enfants en leur consacrant notre bien le plus rare : le temps. Elle redonne aux citoyens le pouvoir de changer le monde de la seule façon possible : en commençant par soi-même. C’est cette audace qui fait un vrai programme de rupture, bien plus que des changements de tête et d’étiquette. Et à ceux qui voulaient réduire ton discours à une utopie, tu as opposé, bien plus que tout autre candidat, du pragmatisme. À ceux qui s’alarmaient du coût de ton revenu universel, tu l’as judicieusement mis en comparaison avec celui  —  plus élevé et notoirement inefficace  —  du CICE dont les mêmes ne se sont jamais émus qu’on puisse le financer avec les deniers publics.

À ceux qui décrivent la France comme prisonnière d’une dette énorme et plus généralement par une Europe figée, tu as répondu en rencontrant les représentants allemands, pas juste pour la photo, mais pour porter un projet de réforme signé par des économistes de renom, et avec ce projet tu as ouvert des portes. Ironie du calendrier, à ceux qui regardaient le projet de taxer les robots comme une lubie d’idéologue, tu n’as même pas eu à répondre. C’est Bill Gates qui l’a fait indirectement en avançant le même constat. Qu’elle a été âpre, cette campagne ! Qu’il a été amer, ce résultat ! D’une certaine façon, j’aurais aimé pouvoir l’imputer à des erreurs de campagne, des choses à corriger. J’ai lu ici et là que la recherche d’accord avait été peut-être trop longue, que l’accord de non-agression avait été une erreur… possible, mais aucune de ces explications ne me satisfait. À peine trois mois entre la primaire et l’élection ? Avec tous les handicaps que l’on connait ? Qui peut affirmer qu’un tel défi était réalisable ? Cette campagne n’avait guère de chance, mais pas un instant je ne regrette mon engagement et mon vote. Pourtant, j’ai dû essuyer les critiques, sinon les regards désapprobateurs de plusieurs amis selon lesquels j’étais littéralement irresponsable en exprimant des critiques, fussent-elles fondées et argumentées, sur le programme et la communication d’Emmanuel Macron.

Aujourd’hui encore, alors que je m’apprête sans hésitation à faire barrage contre le danger encore plus destructeur qui menace notre République, nombre d’entre eux ne comprennent pas ce que ce vote nous coûte. Ils ne comprennent pas que notre refus d’un parti fondé sur le rejet ne rend pas pour autant réjouissant un programme que nous jugeons bien faible sur le plan écologique, et dont le programme économique s’apprête à creuser une nouvelle fois les inégalités sociales. Mais je réserverai ce combat pour le 8 mai, car l’heure n’est plus aux divisions. D’autres amis m’en veulent aussi depuis hier. Ceux qui pensent que mon bulletin, comme celui de tes autres électeurs, aurait été convertible en un vote “utile” pour le projet de Jean-Luc Mélenchon. J’entends leur déception mais ils se trompent. Ce vote n’était pas interchangeable ou convertible. Peut-être suis-je devenu dogmatique avec l’âge, mais je suis convaincu qu’en matière de politique, la forme doit être en accord avec le fond. Je refuse de hocher la tête devant un projet, aussi prometteur soit-il, qui s’ouvre sur la promesse  — écrite noir sur blanc  —  de “dégager ceux qui ont dominé depuis 15 ans, comme le PS, la droite ou le FN”. Ma vision de ce que doit être la Politique, ça n’est pas cela.

Alors je leur dis que je n’ai pas voté “inutile” mais simplement pour mes convictions, dans lesquelles les expressions de revanche n’ont pas leur place. Je leur réponds que le discours dégagiste foule aux pieds notre intelligence et que d’autres, plus dangereux que JLM, en usent depuis des décennies pour alimenter la colère et diviser nos concitoyens. Dès lors, je refuse de fermer les yeux et de hocher la tête devant ces phrases inacceptables sous le prétexte que le projet serait progressiste. Si le monde politique n’affirme pas plus de noblesse que cela, s’il s’abaisse à flatter l’affect au lieu de chercher à nous élever, il est déjà porteur de son propre échec. Cet échec est déjà un peu en face de nous aujourd’hui, et il a pris la forme du plus dangereux des populismes. Et il s’est invité pour la deuxième fois au second tour. Cette faillite de nos démocraties n’attend que quelques faux-pas pour gagner encore les esprits, et cette faillite se nourrit du dégagisme. Nous valons mieux que cela. En refusant ces raccourcis, en prouvant par ta détermination qu’une autre voie, respectueuse et humaniste, est possible, en t’entourant de personnalités brillantes comme Thomas Piketty, de personnes de conviction comme Yannick Jadot, José Bové ou Christiane Taubira, tu as incarné un espoir durant toute cette campagne, et c’est aussi de cela que je te remercie.

Je suis admiratif de la rigueur avec laquelle tu as gardé le cap dans un contexte incroyablement hostile. Je suis fier que pour sa première campagne, mon fils de 11 ans ait pu voir, soutenir, et même parler à la sortie du meeting montpelliérain avec un homme qui n’a à aucun moment renié ses convictions profondes. Fier qu’il sache qu’on peut porter sans faillir les valeurs qui nous honorent tous, nous citoyens. Alors oui, cette défaite est bien amère mais chacun sait que le chemin vers la réussite est jonché d’échecs. Ce qui importe, c’est notre aptitude à les surmonter et à continuer. Le travail politique et social continue, de nouvelles échéances approchent et tu peux compter sur le soutien de millions de citoyens comme nous, qui savent désormais qu’il y a un candidat prêt à incarner le combat pour une nation plus juste et plus éclairée. Je ne suis pas adhérent, et pour être tout à fait sincère, la motivation à prendre une carte se heurte au numéro détestable d’opportunisme auquel ont commencé à se livrer ceux qui voudraient effacer la légitimité que nous t’avons tous accordée lors de la primaire.

Mais je parle au nom de ceux qui ont comme moi refusé de suivre ceux-là et qui saluent aujourd’hui l’intégrité dont tu as fait preuve, afin que tu saches que, par-delà le scrutin d’hier, nous sommes toujours là et que nous sommes prêts.

medium.com


Commentaires

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Lettre ouverte à toi qui t’es (bien) battu pour nous
dimanche 30 avril 2017 à 18h49 - par  PHILIPPE

J’avais voté pour vous, hélas les Français sont devenus
bien bizarres pour être poli et je suis désespéré ; maintenant, je vais devoir voter Macron, à reculons
mais il parait moins pire que le pen.

Bon courage à vous.

Site web : Pour Monsieur Hamon

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Le Liban boycotte le salon du Livre

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Le ministre libanais de la Culture annonce que son pays boycottera le Salon du livre de Paris, en raison de la participation d’Israël, invité d’honneur de cet événement prévu du 14 au 19 mars.

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"Le ministère de la Culture va s’abstenir de participer (au Salon du livre) cette année, pour protester contre la décision des organisateurs de nommer Israël comme invité d’honneur à l’occasion du 60e anniversaire de (la) création" de l’Etat hébreu, a annoncé le ministre Tarek Mitri dans un communiqué.

europalestine.com