Une campagne électorale paralysée par les affaires et les sondages

vendredi 21 avril 2017
par  Marilza de Melo Foucher
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Par Marilza de Melo Foucher

Cette campagne a été marquée par un brouillage des identités politiques, par un exceptionnel degré d’incertitude, par des sondages qui débordent et font désordre. Si les électeurs sont influencés par les enquêtes d’opinion ils voteront Macron, le candidat programmé pour devenir Président. Le chouchou du monde médiatique et financier qui pendant presque 1 an est devenu omniprésent sur les écrans et à la radio comme l’émergence d’une nouvelle offre politique. Hélas la politique est devenue un produit économique, un marketing avec un langage formaté pour impacter et construire l’offre d’un candidat et d’un programme en prenant en compte les souhaits (la demande) des grands secteurs de l’économie, des finances et en dernier des électeurs.

Cette campagne a aussi été dominée par la relation incestueuse entre la politique et le monde des affaires. Il y a eu une succession de révélations sur les conflits d’intérêts, l’abus de pouvoir, le manque d’honnêteté politique. La phrase la plus emblématique pour illustrer cette hypocrisie politicienne vient du candidat conservateur François Fillon "Un homme politique se doit d’être irréprochable", proclamait naguère le candidat François Fillon qui a été mis en examen, ainsi que sa femme pour détournement de fonds publics et complicité d’abus de biens sociaux pour de supposés emplois fictifs. Et voilà que l’homme d’allure respectable s’est discrédité tout seul ! Malgré sa mise en accusation il a poursuivi sa campagne comme si rien n’était. Les affaires qui touchent Fillon et Marine le Pen, ainsi que le poids de l’argent et du lobbying dans cette campagne présidentielle (à l’exemple d’Emmanuel Macron), laissent les français de plus en plus méfiants des politiciens. Personne ne peut nier l’existence d’un certain malaise dans la démocratie française, mais malheureusement cela semble être ignoré par un nombre important de politiciens déconnectés de la réalité. Ils font semblant d’ignorer la lassitude politique de leurs concitoyens pas seulement face aux affaires, mais par le manque de cohérence politique. La parole politique a perdu de la crédibilité. Les promesses de campagne sont très vite oubliées. Pour cette raison François Hollande récolte le prix du manquement de ses promesses et aujourd’hui personne n’ose défendre le bilan de son quinquennat.

Cette campagne est caractérisée par un certain surréalisme politique. Drôle de campagne ! Quand on écoute Marine le Pen dire qu’elle porte la parole des travailleurs contre le grand patronat, elle utilise le langage que nous fait penser à Arlette Laguiller, à Mélenchon d’aujourd’hui, mais sans en avoir la légitimité. L’extrême gauche n’a jamais utilisé la pensée de l’extrême droite lepéniste pour faire une campagne électorale. Le candidat conservateur François Fillon aujourd’hui parle de révolution en se présentant comme un libérateur ! C’est le monde inversé ! Et Macron, l’ancien banquier, ancien ministre de l’Économie doté d’une voracité d’« attrape tout » pour le pouvoir se dit de gauche et de droite. Aujourd’hui la majorité des personnalités politiques qui apportent leur soutien à Macron appartient à la droite et au centre droit (11 anciens ministres de Jacques Chirac et 3 membres du gouvernement Hollande sont engagés auprès de lui). Le jeune candidat Macron est le fruit d’une idéologie néolibéral qui depuis 30 ans a créé le brouillage idéologique et pousse le monde vers une société individualiste, de plus en plus concurrentielle. Nous sommes confrontés à un monde étrange de plus en plus obsédé par les chiffres où l’économie guide la politique et notre destin. Emmanuel Macron n’est pas une nouveauté, l’ancien ministre de l’Économie est favorable surtout à l’intensification des politiques d’austérité budgétaire et à la continuation des réformes néolibérales. L’Association des économistes atterrés a analysée le projet économique d’Emmanuel Macron qui consiste à faire baisser les dépenses publiques de 60 milliards par an au cours de son quinquennat. Donc à se mettre en marche… arrière avec moins de régulations et de services publics, moins d’impôts pour les riches et plus de « libertés » pour les entreprises. Pour plus d’informations lisez cette tribune dans le journal Le Monde : Le programme d’Emmanuel Macron ne tient aucun compte ni des contraintes écologiques ni des besoins sociaux.

Joseph Stieglitz prix Nobel de l’Économie qui a fait de la lutte contre les ajustements budgétaires son cheval de bataille défend que la politique ne doit pas être sous influence de la finance il disait déjà « si vous passez beaucoup de temps à parler avec des banquiers, vous allez finir par penser comme eux. Un danger qui peut contribuer à un excès d’attention à l’austérité ». Qui direz vous de l’ancien banquier candidat à la Présidence de la France ? Ce brouillage idéologique est un pur marketing politique, pur opportunisme politique. Ces candidats-là se disent aussi antisystème et font tout le possible pour profiter à leur avantage de la défiance des Français vis-à-vis de la politique quand ils sont de purs produits du système. Le vote des citoyennes et citoyens dans les urnes semble ne plus compter pour définir le destin du pays. Dans la démocratie française le vote est un moyen limité d’expression politique, il n’est pas assimilable à une participation à la décision publique. Il n’existe pratiquement pas de contrôle social au Parlement, de plus en plus les élus trahissent leurs engagements. Beaucoup de décisions sont prises sans la participation des citoyens et pourtant la démocratie présuppose le pouvoir d’agir. Par contre l’attachement des français au régime démocratique continue à être assez fort, toutefois, ils sont méfiants vis-à-vis des modalités de son fonctionnement, ainsi que, par l’action de ses représentants. Les politiciens français sont parfois, étrangers au quotidien des citoyens et ses attentes en terme de solidarité, en termes de protection sociale, d’égalité par exemple devant les lois et les Droits. Ces valeurs qui fondent l’attachement à l’égard de la démocratie comme système politique sont mises en cause.

Les citoyennes et citoyens attendent des politiques qui les représentent un minimum de compromis avec l’intérêt général et le bien public dans le sens du devoir. Mais les exemples récents démontrent qu’ils abusent en toute légalité du pouvoir et donnent l’impression de vivre hors de la réalité par rapport aux citoyens ordinaires. Ces abus de pouvoir considérés comme des aberrations pour la majorité des citoyens sont estimés pratiques normales pour Mrs Fillon, Le Pen et d’autres. Selon les enquêtes pour 75 % François Fillon est moralement condamnable, les Français ne sont pas convaincus par sa défense et sont indignés par le montant des sommes allouées à son épouse et à ses enfants. Enfin, avec toutes ces affaires politiques ils sont persuadés que les parlementaires se situent au-dessus des lois. Les ténors de la droite et de l’extrême droite préfèrent ignorer les affaires et continuent comme si ces actes étaient banals car selon eux tous les politiciens font pareil. Et voila Montesquieu au cœur du débat politique actuel... En plein XXIème siècle certains politiciens français semblent n’avoir jamais intégré la question de l’abus du pouvoir. Comme si les sociétés évoluaient, s’adaptaient, mais finalement changeaient très peu. Le paradoxe est que la majorité des journalistes ont parlé tous les jours des affaires politiques, d’abus de pouvoir, toutefois, en l’état actuel des choses il n’y a eu aucune des réflexions pour dire que la 5ème république est à bout de souffle. Pourtant, la montée de la colère contre les responsables politiques, contre les élus, contre les partis, contre les institutions est palpable. Cela mériterait au moins en période électorale qu’il y ait d’un espace pour un grand débat sur l’anomalie du système politique actuel qui rend la démocratie malade.

Le plus scandaleux est que les chaines d’informations permanentes ont continué à ignorer les propositions issues de la gauche pour le renouveau démocratique. Les principaux candidats de gauche Mélenchon et Hamon proposent de changer de république, et ont des projets neufs de société. Les deux candidats ont faire émerger des propositions sur des nouveaux outils délibératifs et participatifs. Ils disent haut et fort que la 5ème république est aujourd’hui inadaptée pour soigner cette démocratie malade : Pour Mélenchon : « La révolution citoyenne à laquelle il croit est le moyen pacifique et démocratique de tourner la page de la tyrannie de l’oligarchie financière et de la caste qui est à son service ». Pour Hamon : L’ancien ministre de l’Éducation souhaite donner "le pouvoir aux citoyens d’écrire la loi de manière collaborative par l’écriture d’amendements citoyens" sur le modèle du projet de loi pour une République numérique. Sur son site, il détaille aussi son projet de "49.3 citoyen". La VIème République doit proposer des modes de construction des politiques publiques, une large capacité d’interpellation des pouvoirs quels qu’ils soient, en prenant garde à articuler chaque fois décision et participation.

Malheureusement les journalistes politiques présents sur tous les plateaux de télévisions ne donnent pas beaucoup d’écho aux propositions des projets de société des deux candidats. Par chance Mélenchon a su innover les outils de communication et sur la façon de faire une campagne hors les apparatchiks du monde médiatique. Contre la volonté des grands groupes de communication il a bouleversé les prévisions ! Ces rencontres avec la foule en place publique ont obligé les chaines d’infos à parler de lui et les instituts de sondages ont pris en compte qu’il pouvait devenir présidentiable... Maintenant les commentateurs de chaines d’infos permanentes disent qu’il peut être dangereux et retirer Macron de la liste des préférés ! Ces journalistes, analystes politiques préfèrent la centralisation des débats sur les problèmes économiques, sur l’immigration le terrain fertile de Marine Le Pen. Il n’existe pas d’intérêt pour des projets de société ni pour les enjeux environnementaux. L’approche intégrée du développement du territoire ne les intéresse pas ! Les électeurs ont souvent le sentiment d’être soumis à une logique implacable assurant que les adaptations et changement du modèle social français sont nécessaires pour cela il faut la privatisation des services publics ou la diminution des fonctionnaires, la réforme de retraite, la réforme de l’assurance chômage, etc. Le candidat de la gauche du Parti Socialiste a disparu des écrans et ne fait pas l’objet d’attention ou d’analyses politiques, sauf pour dire : Hamon fait rêver, mais son programme est irréalisable, Mélenchon trop gauchiste et anti-européen.

La gauche ne doit pas se résigner devant l’hégémonie néolibérale qui mène à la dépolitisation et à la déconstruction culturelle. La politique n’implique pas seulement l’art de l’ascension au pouvoir, elle est aussi un service pour le bien-être des citoyens. Il faut être capable d’organiser les symboles et l’espoir que demain sera meilleur qu’aujourd’hui, donner un sens à la politique et améliorer le quotidien de millions de femmes et d’hommes qui veulent préserver les acquis du modèle social que la gauche a fortement contribué à dessiner et à déployer. L’espoir n’est pas seulement dans les solutions économiques, mais dans un nouveau projet de société et de développement où les générations futures vivront mieux que celles qui les ont précédées. Le désenchantement politique n’est pas une fatalité. Ne dites pas « élections, piège à cons ! » Allez voter pour Mélenchon ou Hamon. Une personne de gauche ou proche de la gauche ne peut être dépourvue de rêves, d’idées et de combats.


Commentaires

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Une campagne électorale paralysée par les affaires et les sondages
vendredi 21 avril 2017 à 21h45 - par  Jepelia

Officieusement, les médias donnent Le Pen, Macron et Fillon en tête.
Ces trois personnages ont un point commun :
Ce sont tous les 3 des voleurs, Le Pen comme Facho, Macron comme banquier et Fillon comme menteur.
Ils ont aussi un autre point commun : eux qui disaient à chaque attentat qu’il ne faut pas avoir peur et montrer notre détermination, jeudi soir, le dernier coup de feu n’était pas tirer qu’ils arrêtaient leurs campagnes électorales. Cette couardise laisse à désirer sur les décisions qu’ils devront prendre pour la France quand ils seront aux manettes ! Courage fuyons telle est leur devise de ce jour.
Il faut le faire savoir partout...

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