« On peut récupérer le monde »

jeudi 20 avril 2017
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Par Jean-Luc Porquet

Applaudissons Nicolas Hulot. Il persiste et signe. Il pense que c’est en convertissant les hommes politiques à l’écologie que les choses vont avancer. Il avoue avoir discuté en tête à tête avec Fillon à la mi-mars. « Et vous avez le sentiment de l’avoir convaincu ? » lui demande le journaliste de Society : « Non, je ne pense pas. C’est très long, ça ne se fait pas en un repas. Parce que c’est un changement de logiciel. » Comme c’est joliment dit…

Tenter de changer le « logiciel » de François Fillon, ce fou de bolides et de voyages en jet dont le programme présidentiel est tellement écolo qu’il consiste à relancer le nucléaire, supprimer le principe de précaution inscrit par Chirac dans la Constitution et raboter les normes environnementales… Autant convaincre Penelope de travailler ! Cette confidence nous le rappelle : c’est sous Fillon Premier ministre que se déroula, en 2007, le grand raout du Grenelle de l’environnement, au cours duquel s’était beaucoup activé Hulot. On le savait, mais toute confirmation est bonne à prendre : Fillon étant déjà équipé de ce bon vieux logiciel productiviste, le Grenelle n’était que poudre aux yeux…

Et Macron ? Hulot a aussi rencontré l’homme qui ménage la chèvre et le chou, le lion et le renard, Perrette et le pot au lait. Converti à l’écologie Macron ? « À partir du moment où il n’a pas une attitude plus ferme sur le traité de libre-échange CETA, ça pose un gros problème », dit Hulot. Eh oui : Macron est pour plus d’échanges commerciaux, plus de porte-conteneurs, plus de business, mais aussi plus de petits oiseaux, d’ailleurs Corinne Lepage est à ses côtés… Comme tout le monde, Hulot a remarqué que les deux seuls candidats convertis à l’écologie sont Hamon et Mélenchon, qui en ont fait avec plus ou moins de pertinence le cœur de leur programme. Mais ça ne change pas grand-chose.

Elle reste la grande absente, le grand trou noir de cette présidentielle. Lors du grand débat télévisé entre les onze candidats, par exemple, les deux « convertis » en ont brièvement touché un mot et basta ! Pourtant, chacun sait qu’une croissance infinie dans un monde fini c’est impossible. « Chacun sait au fond de lui que la triste fête des écrans plasma et des voyages aux Maldives est terminée », comme le note Fabrice Nicolino dans un ouvrage au titre éloquent, « Ce qui compte vraiment » (Les Liens qui libèrent, 220 pages, 18 euros). Et de rappeler la longue litanie des diagnostics portés sur la planète, et donc sur l’homme, en danger. Et de rêver d’« une restauration écologique du monde », pour laquelle il indique, à sa lyrique manière, quelques pistes.

Et de raconter qu’un jour Lélia Deluiz Wanick Salgado et son mari, le fameux photographe Sebastião Salgado, lui ont raconté comment ils avaient sauvé les 700 hectares écologiquement ruinés de la ferme familiale, dans la forêt tropicale humide brésilienne, en y replantant des millions d’arbres et en y faisant rejaillir des sources. « On peut récupérer le monde », lui a-t-elle dit : beau programme. Mais ce sera sans doute pour une autre fois.

Le Canard Enchaîné N° 5033 du 12 avril 2017


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