Face aux départs et aux attaques, Hamon peine à riposter

vendredi 10 mars 2017
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Par Stéphane Alliès et Lénaïg Bredoux

Le candidat du PS est lâché par une partie de l’aile droite, tentée par Emmanuel Macron. Dernière défection en date : celle de Bertrand Delanoë, l’ancien maire de Paris. Son équipe veut croire que cela profitera à Hamon en clarifiant les lignes à gauche. Mais sa campagne reste bien inaudible.

Ça craque de partout. Et il ne se passe rien. Depuis sa victoire à la primaire fin janvier, le candidat du PS Benoît Hamon est quasiment porté disparu, emporté par la déferlante médiatique de l’affaire Fillon et par les critiques venues de l’aile droite de son parti, tentée par Emmanuel Macron. Le député des Yvelines semble assister, impuissant, au spectacle de cette présidentielle hors normes, où il ne jouerait qu’un rôle de figurant. Mercredi, c’est l’ancien maire de Paris Bertrand Delanoë qui a lâché son camarade de parti : sur France Inter, il a annoncé son ralliement à Emmanuel Macron, favori des sondages avec la candidate du Front National Marine Le Pen, au nom du « vote utile ». « Il faut donner de la force au candidat qui pourra battre Marine Le Pen… La lutte contre l’extrême droite est le combat prioritaire. Le vote efficace au 1er tour, c’est le vote Macron », a-t-il affirmé.

Mais Delanoë est allé encore plus loin : il s’en est pris frontalement au programme de Benoît Hamon, qu’il juge « dangereux ». « Je pense que son programme est dangereux parce qu’il ne rassemble pas la gauche et parce qu’il n’est philosophiquement, dans le rapport au travail, dans le rapport à l’Europe (...) pas en mesure de produire du vrai progrès social », a-t-il déclaré. Rien d’étonnant sans doute de la part d’un cacique socialiste qui se proclame lui-même social-libéral. Mais ses déclarations viennent conforter une partie de l’appareil du PS, proche de François Hollande ou de Manuel Valls, tentée de quitter le navire, après leur défaite à la primaire. Surtout, elles entretiennent – et ce n’est pas fini – une petite musique sur la désunion et les divisions qui fragilise toute campagne électorale. Dans les prochains jours, les socialistes anticipent déjà d’autres départs : le ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian est tout particulièrement courtisé par l’équipe d’Emmanuel Macron. Le président de l’Assemblée Nationale Claude Bartolone a indiqué au Monde qu’il « hésitait » entre Hamon et Macron. Tout comme le ministre de l’Agriculture Stéphane Le Foll. À chaque fois, ce sont les mêmes arguments : le vote utile face au FN et les critiques contre Benoît Hamon, jugé trop sectaire, trop critique du quinquennat ou, tout simplement, trop à gauche.

L’équipe du candidat, tout à ses hésitations stratégiques et à son organisation parfois chaotique, semble à la fois incapable d’empêcher l’aile droite du parti de torpiller sa campagne, et de riposter, sur le fond comme sur la forme. Plusieurs proches de Benoît Hamon s’en sont émus ces derniers jours, agacés par une « riposte bisounours », selon l’expression de l’un d’eux. « On en a marre ! Il faut taper sur Macron », glisse cette même source. Membre de l’équipe de campagne, l’ancienne présidente des Jeunes Socialistes Laura Slimani est manifestement sur la même ligne. La plupart des “hamonistes” historiques sont convaincus, à rebours de la couverture médiatique dominante, et de l’avis d’une partie des socialistes, que ces ralliements à Macron sont plutôt une bonne chose pour la cohérence de la campagne de Benoît Hamon et pour sa crédibilité auprès d’un électorat de gauche dégoûté par le PS et tenté par Jean-Luc Mélenchon. « Aujourd’hui, un certain nombre de départs ne nous sont pas défavorables parce qu’on sait qui a voté pour nous à la primaire », estime ainsi Antoine Détourné, élu à Arras et qui travaille sur le projet du candidat. « Delanoë a une aura à gauche mais ce n’est pas la jeune garde. Le problème auquel on assiste, c’est celui des carrières longues du Parti Socialiste… Ce ne sont pas des adieux déchirants. »

Les vieux éléphants socialistes, aussi respectés soient-ils dans leur parti, se sont souvent éloignés de l’électorat plus jeune et plus à gauche que Benoît Hamon a mobilisé dans sa campagne, et sur lequel il compte encore pour le premier tour de la présidentielle. « Macron veut incarner renouvellement et modernité, mais il n’attire à lui que des vieux barons ou des retraités de la politique, estime le directeur de campagne Mathieu Hanotin. Si c’est trop dur pour ces socialistes, eh bien, “let’s go”. Nous, ce qu’on remarque, c’est que de plus en plus de militants sont fiers de voir le PS retrouver des couleurs. Le parti se remobilise, dans le bon sens du terme, et les comportements “vieille politique” de certains ne font que nous conforter » « Il y a, chez les néoconservateurs à la tête du PS, l’idée que nous sommes forcément illégitimes pour diriger », poursuit le député Pouria Amirshahi. Parti du PS en cours de mandat, pour cause de désaccord avec la politique gouvernementale, il a intégré l’équipe de campagne de Benoît Hamon pour s’occuper de la politique étrangère. « À leurs yeux, nous sommes là par effraction, exactement comme la droite l’a toujours pensé de la gauche au pouvoir. Or s’ils ont gardé l’apparat et les appareils de la social-démocratie, ils sont devenus non seulement des sociaux-libéraux mais des néoconservateurs. Avec Macron, ils ont trouvé un produit qui leur convient, et ils l’achètent. »

« Que Macron ouvre grand les bras et que de vieux mâles libéraux s’y précipitent, ce n’est pas sûr que ce soit si grave, confirme un autre membre de l’équipe de campagne ayant requis l’anonymat. S’ils se sentent plus à l’aise avec Bayrou et Madelin qu’avec nous, on ne les retient pas. On préfère avoir avec nous les femmes de gauche comme Hidalgo, Taubira, Vallaud-Belkacem, Touraine, Lebranchu ou Aubry… Nous, on défend une évolution sensible et générationnelle de la gauche, et il est normal qu’il y ait un clivage fort au sein du PS à propos des sujets d’avenir que nous portons, entre l’alternative réelle proposée et ceux qui veulent continuer dans le seul accompagnement du libéralisme. »

« Tout va dépendre des trois prochaines semaines »

Mais même si on admet que le problème, pour Benoît Hamon, ne réside pas dans ces départs de « vieux mâles libéraux », il reste néanmoins une campagne invisible et inaudible. Personne, dans son entourage, ne le dément, même si son directeur de campagne, Mathieu Hanotin, répète qu’il reste « serein ». « On n’est pas du tout en panique, jure-t-il. On nous promettait une campagne où on serait “pasokisé” à 5 %. Pour l’instant, on est devant Mélenchon et pas loin de Fillon. Macron est au même niveau que Bayrou en 2007 à la même époque. Et la campagne n’a pas réellement démarré. » De fait, comme Jean-Luc Mélenchon et la France insoumise, le candidat socialiste paie un climat politique totalement déstructuré, par l’affaire Fillon, par la fascination qu’exerce, y compris médiatiquement, Emmanuel Macron, et par la menace du FN. Il pâtit aussi de ses propres faiblesses : alors qu’il a parfaitement géré la primaire, jusqu’à la victoire finale le 29 janvier, Benoît Hamon peine, depuis, à se relancer, comme candidat à la présidentielle cette fois.

Il s’est enferré dans les négociations d’appareil, beaucoup plus longues qu’attendu, avec les écologistes. Une partie de son équipe est d’ailleurs aujourd’hui occupée à boucler un accord éventuel avec les Radicaux de gauche. Son programme est en cours d’élaboration – sur de nombreux sujets, les arbitrages n’ont pas encore été rendus. L’équipe est en phase de rodage : « En terme de désorganisation, c’est de moins en moins pire », souffle un de ses proches. L’organigramme vient encore d’être renforcé avec l’arrivée d’écologistes – il est désormais pléthorique et les réunions sont souvent interminables. Pourtant, Benoît Hamon lui-même est extrêmement sollicité : tout remonte au candidat, contraint à décider de tout. « Il arrive à rester hyper lucide, explique un de ses amis. Mais tout repose sur lui. » Il espère rebondir d’ici la fin du mois de mars en remettant au centre du débat les propositions clés de son projet. « Il ne faut pas répondre à chaque fois aux départs et aux déclarations des uns et des autres, avance Antoine Détourné. Il ne faut pas être sur la défensive et revenir au fond des propositions. » « On peut encore se redresser mais il faut compter les jours », explique de son côté le député Pouria Amirshahi. Lui est favorable à « sonner le tocsin de la République » face à la menace frontiste et à la mauvaise réponse qu’apporterait un vote Macron. « Avec Macron, on continue le carburant qui nourrit les désillusions. Avec Hamon, on tente enfin une nouvelle réponse politique, dit-il. Dans les moments de chaos international et de crise morale, il y a toujours eu deux réponses, une de gauche, une de droite, à la redéfinition de la République. » Et pour imposer celle de gauche dans le débat, « tout va dépendre des trois prochaines semaines », estime Amirshahi.

Ce jeudi soir, Hamon avait une première fenêtre avec « L’Émission politique » de France 2, un rendez-vous auquel il a déjà participé début décembre et qui avait permis à sa campagne de primaire de décoller. Le même jour sortira son livre, Pour la génération qui vient (Éditions des Équateurs). Le lendemain, il présentera son projet Europe aux côtés de l’économiste Thomas Piketty, avant le grand meeting prévu à Bercy le 19 mars. Dans la foulée, l’intégralité de son projet présidentiel sera diffusée. Avec l’espoir, pour les socialistes, qu’il ne soit pas trop tard.

mediapart.fr


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