Le Liban ne doit pas devenir un Etat-tampon

Reçu de Maritza
samedi 6 janvier 2007
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Par Sylviane De Wangen et Isabelle Avran

Un entretien avec George Corm

Pour Georges Corm, historien, ancien ministre libanais des Finances, l’agression israélienne contre le Liban aurait pu s’appeler « chronique d’une agression annoncée ». Rencontré à Paris en septembre [1], il souligne que la communauté internationale aurait intérêt à ne pas instrumentaliser le Liban, à le transformer en nouvelle zone tampon. La souveraineté tant plaidée pour sortir le pays du Cèdre de l’orbite syrienne ne doit pas se transformer, dit-il, en nouvelle mise sous tutelle, cette fois américaine.

Pour Georges Corm, la guerre de trente-trois jours qui a ravagé le Liban cet été aurait pu s’appeler « chronique d’une guerre annoncée ». Car la résolution 1559 du Conseil de sécurité, d’origine franco-américaine, adoptée en 2004, a ouvert la voie à une déstabilisation du Liban elle aussi annoncée, le texte de la résolution sommant le pays de désarmer le Hezbollah et les organisations palestiniennes dans les camps de réfugiés. Ce que les Libanais considèrent comme une affaire nationale, que seul un « dialogue national » peut résoudre. L’assassinat de Rafic Hariri, en février, puis de plusieurs autres personnalités, a accéléré les événements. Et l’internationalisation de la « question libanaise », puisque la résolution 1559 a alors été suivie de plusieurs autres résolutions ou déclarations du Conseil de sécurité. Pour l’historien, qui interroge la réorientation de la politique française, la résolution 1559 a redonné en quelque sorte au Liban un statut d’Etat-tampon sur la scène régionale au prétexte du rétablissement de sa souveraineté. Aussi souligne-t-il dans ce contexte plusieurs points. D’une part que l’idéologie néo-conservatrice américaine mélange les mouvements de résistance légitimes à l’occupation avec les mouvements jihadistes d’inspiration « qaïdiste ». Il s’agit de les présenter comme ennemis de la paix, comme émanation de l’axe du mal. D’autre part, que les problématiques régionales s’inscrivent aussi dans une situation où un « axe syro-iranien » au Proche-Orient, « tient la dragée haute » à « l’axe américano-israélien ». Enfin, que le retour du Liban à la souveraineté, qui a été mis en avant pour le sortir de l’orbite syrienne, ne doit pas se transformer en nouvelle mise sous tutelle, cette fois américaine. La guerre menée par Israël au Liban dans ce contexte visait à la fois à « nettoyer le Liban » et y pousser ses pions.

Georges Corm plaide aujourd’hui en faveur d’une nouvelle loi électorale et de nouvelles élections, dans la reconnaissance de la complexité des forces politiques en présence au Liban. S’il y a des forces hostiles au Hezbollah, d’autres, et des personnalités comme le général Aoun, dirigeant populaire de la communauté maronite, refusent une confrontation avec le Hezbollah pour préserver l’unité nationale. Hassan Nasrallah, lui, a su se montrer pragmatique. Et la résolution 1701 fait figure de compromis. Reste, dit-il, une question majeure, avec une unanimité de façade : celle du refus de l’implantation des réfugiés palestiniens. La question libanaise est en cela étroitement liée au conflit israélo-palestinien. Georges Corm voit en tout cas à la crise une seule voie de sortie : la normalisation, qui suppose le respect par Israël du droit international.

Source : france-palestine


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