Lettre d’un élu de la République à l’avenir

jeudi 16 février 2017
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Par Steevy Gustave, Adjoint au maire de Brétigny-sur-Orge (Essonne)

Cher avenir,

Si aujourd’hui j’accours vers toi, ce n’est pas pour te parler de mon devenir mais plutôt de ceux qui ont le visage aussi sombre que leur futur. Tout n’est pas forcément noir mais combien de marches blanches faudra-t-il pour être entendu, et retrouver l’espoir ?

Je sais que tu n’aimes pas revenir sur le passé alors ce soir, je ne te parlerai pas de Zyed, Bouna, Lamine, Mohamed, Bertrand, Malik, Jonathan… J’arrête là car la liste serait trop longue. Je ne te parlerai même pas, dans un passé bien récent, voire encore présent, d’Adama Traoré. Mais laisse-moi avoir quand même une pensée pour eux et leur famille. Ce soir, je te parlerai de Théo, ce petit Théo au parcours sans histoires. Sans histoires jusqu’au jour où il a croisé quatre uniformes. Je sais que tu voudrais que je dise « policiers », mais ces monstres ne peuvent être associés aux forces de l’ordre qui nous protègent et sauvent des vies au péril des leurs. Non, ces agents du désordre sont bel et bien des brebis galeuses. Est-ce une bavure, un fait divers de plus qui sera, lui aussi, classé sans suite  ? Je ne l’espère pas car ce soir-là c’est bien un acte abject envers un gamin qui a eu lieu. Hier, une question m’a traversé. Moi, le fils de militaire, pupille de la Nation qui ai toujours évité les partis pris et les amalgames de toute sorte, qui ai condamné sans distinctions toutes les barbaries (comme celles commises sur la police, de Magnanville à Viry), qu’aurais-je fait si des uniformes avaient touché mon fils  ? Aurais-je réagi avec la même dignité que la famille de Théo   ? La haine de ces uniformes qui auraient souillé, piétiné, maltraité ma République et mon sang n’aurait-elle pas pris le dessus  ? Parce que dans mon passé, l’uniforme représente le respect, la dignité humaine, le sacrifice, mais surtout il représente le « père », donc la protection de tous ses enfants sans aucune discrimination.

Pourquoi sont-ils encore dehors  ?

Les hommes ne naissent-ils pas égaux en droit  ? Dans ce pays des Droits de l’Homme, y a-t-il une justice pour les hommes à la peau sombre et une pour ceux qui portent l’uniforme   ? Ne devrait-elle pas être d’autant plus intraitable envers ceux qui, les premiers, devraient être exemplaires   ? Aurait-on attendu la fin de l’enquête pour enfermer les présumés coupables si cela avait été quatre jeunes qui s’étaient rendus coupables des mêmes sévices envers un policier   ? Les réponses, je les connais depuis ma tendre enfance, moi le produit de ces quartiers populaires. J’ai grandi avec cette boule au ventre (souvent à tort) quand je croisais des uniformes. J’ai vécu les insultes, le tutoiement par une minorité de haineux à l’uniforme trop grand pour eux. Mais encore une fois une minorité ne sera jamais une majorité. D’ailleurs, nous étions des milliers à pleurer Clarissa, Ahmed, Aurélie… morts pour que nous puissions vivre et avoir un avenir, ici en France.

J’ai apprécié de voir le Président à l’hôpital auprès de ce jeune Théo, mais la vraie question est  : qui était au chevet de nos banlieues malades depuis de si nombreuses années  ? Pourquoi n’a-t-on jamais pris au sérieux ce profond malaise qui gangrène progressivement notre vivre ensemble  ? 2005, ce n’étaient pas des « émeutes », comme les journalistes ou d’autres commentateurs ont essayé de ne nous le faire croire, mais bien un énième cri d’alerte. Pourquoi les institutions n’ont-elles jamais entendu ce cri   ? Pourquoi les victimes de bavures ont-elles toujours les mêmes noms ou les mêmes visages  ? Pourquoi la majorité de ces bavures sont classées sans suite  ? Pourquoi  ? J’ai entendu le compte rendu de l’IGPN, la « police des polices » qui a retenu « le caractère non intentionnel » du geste du policier. Non intentionnel  !? Sais-tu quand même qu’en 2015, une personne de Drancy avait subi le même sort et que des policiers avaient été placés en garde à vue pour viol en réunion. Les faits avaient finalement été requalifiés en violences aggravées.

Avant qu’il ne soit trop tard, voilà ce que l’on attend maintenant  !

Nous, citoyens français, demandons que la haine ne mutile plus le corps de la liberté, l’âme de l’égalité et le cœur de la fraternité. Nous demandons que le vouvoiement soit systématiquement employé lors des ­contrôles   ! Nous demandons qu’avant la fin du quinquennat soit instauré le récépissé pour lutter contre le contrôle au faciès ainsi que des caméras-piétons sur les agents. Nous demandons aussi de meilleures formations pour nos jeunes policiers, et le retour de la police de proximité. Nous demandons qu’un comité d’éthique soit mis en place et que les sanctions soient sans appel quand des policiers ont des comportements racistes et violents. Nous demandons une vigilance accrue lors des recrutements car les policiers racistes qui posent problème ne sont pas devenus racistes par la dureté de la mission. Il semblerait que le plus souvent, ce soit de jeunes militants issus d’un parti politique bien connu qui se sont engagés pour pouvoir commettre leurs exactions en toute impunité. On les reconnaît plus facilement que les autres aux cris de « Négros  ! Bougnouls   ! Bicots   ! Youpins   ! Bamboulas  ! » Quoique, pour certains, « bamboula », ça reste encore « à peu près convenable »  ! Oui, notre police doit être exemplaire  ! Elle l’est la plupart du temps, et c’est aussi pour cela que nous condamnons avec force les casseurs et les voyous, mais nous ne pouvons pas fermer les yeux sur ceux qui, dans la police, salissent toute une profession, attisent la haine et sapent les fondements de notre République.

Pourquoi n’y a-t-il pas de « PAS EN MON NOM »   ? Enfin, dans ce contexte de grande tension entre la population et la police, nous demandons que soient abandonnées les dispositions qui assouplissent le régime juridique de l’usage des armes, et qui donnent le sentiment d’une plus grande liberté au risque d’augmenter leur utilisation. Il n’y a pas d’un côté les gentils et, de l’autre, les méchants. Mais si nous, citoyens français, t’interpellons aujourd’hui, c’est que nous croyons encore en toi, en nous, en ce Grand Pays qui se doit de ne jamais oublier son passé afin d’affronter le présent et, enfin, se tourner vers toi avec confiance, pour retrouver une France juste et indivisible où chaque enfant de la patrie aura les mêmes Droits.

Citoyens, artistes, comédiens, chercheurs, producteurs, avocats, responsables associatifs, enseignants, entrepreneurs… Tous engagés pour retrouver une République juste et apaisée  !

Parmi les nombreux signataires

Juliette Fievet, animatrice-journaliste ; Kery James, artiste ; Youssoupha, artiste ; Anne Roumanoff, humoriste ; Fianso, artiste ; Olivier Py, directeur du Festival d’Avignon ; Patrick Bruel, artiste comédien ; Josiane Balasko, comédienne ; François Durpaire, universitaire ; Yannick Noah, capitaine de l’équipe de France de tennis ; Hugues Aufray, artiste ; Mathilda May, comédienne ; Firmine Richard, comédienne ; Jean Benguigui, comédien ; Lassana Diakité, producteur ; Rokhaya Diallo, journaliste, écrivain ; Jordan Lazaro Gustave, cofondateur TextFugees ; Jacob Desvarieux, artiste ; Claudy Siar, animateur-producteur ; Smaïn, comédien ; Eglantine Eméyé, animatrice télé ; Richard Poisson, réalisateur producteur ; Nils Tavernier, producteur réalisateur ; Neg’Marrons, artistes ; Anne Sophie Cayet, enseignante ; Pierre Botton, Ensemble contre la récidive ; Dominique Sopo, responsable antiraciste ; Bernard Montiel, animateur, comédien ; Malik Zidi, comédien ; Sylvain Jaraud, avocat ; Taig Khris, entrepreneur ; Yvan le Bolloch’, comédien-artiste ; C215, artiste peintre ; Ophelie Winter, artiste ; Gaël Le Forestier, producteur animateur ; Lionel Abelanski, comédien ; Fred Musa, animateur radio ; Mokobé, artiste ; Noumouké Sidibé, gérant de société de sécurité ; Juan Massenya, animateur télé ; Sandra Alphonso Machado, chef d’entreprise ; Black Brut, artiste ; Marie Audigier, productrice ; Gilles Camouilly, producteur télé ; Olivier Lamontagne, ingénieur ; Samia Orosemane, humoriste ; Thierry Gustave, PhD professeur ; Bramsito, artiste ; Lassana Dramé, militant antiraciste ; Maroune Zaki, militant associatif ; Lisa Lebahar, productrice ; Jonathan Hayoun, producteur ; Passi, artiste producteur ; Slimane Tirera, DG NewVo Radio ; Achcraf Moukaddi, responsable associatif ; Mehdi Amour, militant associatif ; Bakari Koité, militant antiraciste ; Lucien Jean-Baptiste, acteur-réalisateur ; Marion Girard, avocate ; Muriel Jaecki, avocate ; Céline Balitran, directrice enseignante ; Bruno Salomone, humoriste ; Annabelle Milot, réalisatrice animatrice-actrice ; Hugues Duquesne, humoriste ; Myriam Zaanoun Pernelet, avocate ; Mahor Chiche, avocat ; Nourdine Moukaddi, militant associatif ; Phil Darwin, humoriste ; Ali Bougheraba, comédien ; Redouane Bougheraba, humoriste ; Amirouche Laidi, president du Club Averroes…

Steevy Gustave, Adjoint au maire de Brétigny-sur-Orge (Essonne)

liberation.fr


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Les mises à jour informatiques, la présentation et l’évolution de la maquette d’Altermonde ont été réalisées grâce à la compétence solidaire et amicale de Yonne Lautre et ATTAC France, que nous remercions vivement et confraternellement.

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Le Liban boycotte le salon du Livre

jeudi 28 février 2008

Le ministre libanais de la Culture annonce que son pays boycottera le Salon du livre de Paris, en raison de la participation d’Israël, invité d’honneur de cet événement prévu du 14 au 19 mars.

Une dépêche de l’Agence France Presse indiquait mercredi :

"Le ministère de la Culture va s’abstenir de participer (au Salon du livre) cette année, pour protester contre la décision des organisateurs de nommer Israël comme invité d’honneur à l’occasion du 60e anniversaire de (la) création" de l’Etat hébreu, a annoncé le ministre Tarek Mitri dans un communiqué.

europalestine.com