Haro sur le messager mais pas sur le scandale dénoncé

mercredi 15 février 2017
popularité : 1%

Par Jean-Louis Legalery

Depuis que Le Canard Enchaîné a révélé que l’épouse et les enfants de François Fillon ont perçu indûment des indemnités colossales sur fonds publics ne correspondant à aucun travail effectif, les partisans — de moins en moins nombreux — du candidat de la droite à l’élection présidentielle et les laquais de l’information ont tous opté pour le même système de défense qui consiste à faire taire ou discréditer le messager, sans jamais répondre à la question de fond posé par le message. Les journalistes qui font leur travail d’enquête normalement pour que vive la démocratie et pour que vivent les faits sont ainsi insultés, vilipendés, hués et menacés, mais les questions qu’ils ont soulevées demeurent sans réponse.

Lorsque le procès d’Alfred Dreyfus commença le 19 décembre 1894, le président du tribunal répéta inlassablement, chaque fois qu’une question embarrassante était posée, cette phrase laconique et hermétique, passée à la postérité : « La question ne sera pas posée ! ». C’est la même réaction à la fois épidermique et inconcevable de la part des défenseurs de l’indéfendable Fillon, lesquels poussent leur pitoyable raisonnement jusqu’aux limites extrêmes de la cohérence : le scandale n’est pas le scandale lui-même, mais le fait de le révéler. Ruth Elkrief a tracé la voie en qualifiant les faits et la vérité d’une enquête de « poison lent qui influe sur l’élection ». En d’autres termes ces journalistes qui font correctement leur travail et leur métier sont des empêcheurs de tourner en rond et gênent the specialized class, la classe spécialisée, telle qu’elle a été définie par Noam Chomsky, dans la perpétuation des petits arrangement entre amis.

Cela a été dit et redit, mais malheureusement il faut le répéter, comme le faisait autrefois le répétiteur pour faire admettre et comprendre son message pédagogique, cette nouvelle triste affaire alliée à ce mépris total de la vérité, des citoyens et de la démocratie n’aurait pas duré plus de trois jours dans une démocratie parlementaire du nord de l’Europe, au terme duquel l’élu incriminé aurait dû se retirer et disparaître en emportant normalement sa honte, mais pas dans la république bananière qu’est devenue la France depuis de très nombreuses années. Face à des agissements aussi consternants, il faut laisser la parole à Albert Camus, Le Mythe de Sisyphe, p-121 :

« Il existe un fait d’évidence qui semble tout à fait moral, c’est qu’un homme est toujours la proie de ses vérités. Une fois reconnues, il ne saurait s’en détacher. Il faut bien payer un peu. Un homme devenu conscient de l’absurde lui est lié à jamais. Un homme sans espoir et conscient de l’être n’appartient plus à l’avenir. »

blogs.mediapart.fr


Commentaires

Agenda

<<

2017

 

<<

Août

 

Aujourd'hui

LuMaMeJeVeSaDi
31123456
78910111213
14151617181920
21222324252627
28293031123
Aucun évènement à venir les 6 prochains mois

Brèves

Indignez-vous !

jeudi 16 juin 2011