L’audace et la plume...

On a des idées arrêtées dès qu’on cesse de réfléchir...
vendredi 27 janvier 2006
par  Michel Berthelot
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Quand on sait qu’Éric Chevillard a commencé sa carrière d’écrivain par un roman intitulé "Mourir m’enrhume...", qu’il ne voulait être publié qu’aux Éditions de Minuit et chez nul autre éditeur au monde !... Pour se retrouver sur la même étagère que Godot !... On a tout de suite envie d’aller plus loin dans la découverte de cet auteur hors du commun...

Alors, inévitablement, on tombe en arrêt devant "La Nébuleuse du Crabe", aux Éditions de Minuit, bien sûr, comment pourrait-il en être autrement ?!... Pour constater que de livre en livre, il s’applique à détraquer les montres et les mondes que son écriture frôle d’une plume qui disloque les apparences et déglingue les certitudes...

Quel talent que celui de savoir rendre cohérentes les aberrations, et sensé l’irrationnel !... De même, rendre évident ce qui est amphigourique et clair l’inextricable n’est tout de même pas la moindre des qualités !... Mais prêtons lui la plume pour mieux savourer ses traits :

"Ce n’est qu’un début, Crab déjà s’y montre à son avantage. Il semblerait que pour une fois nous n’ayons pas affaire à n’importe qui... Par exemple, Crab ne garde aucun souvenir de sa propre naissance. Seul le témoignage de sa mère lui permet d’affirmer aujourd’hui qu’il est né effectivement, et bien vivant... Mais doit-il s’y fier ? Les preuves du contraire ne manquent pas non plus. Crab aimerait savoir. Ce livre propose de faire le point.
En cherchant dans une pièce un objet qui ne s’y trouve pas, mais en cherchant bien, en cherchant longtemps, le temps qu’il faudra, patiemment, à la loupe, au peigne fin, on doit malgré tout finir par mettre la main dessus. C’est l’opinion de Crab.
Il entretient sa forme. Ne fume, ni ne boit, il se ménage pour durer. Il ne l’avouera pas, mais son secret espoir est bien de tenir jusqu’à la fin du monde.
On lui a rapporté la tête de son épouse, découverte sous un buisson, mais tant que les jambes n’auront pas été retrouvées, Crab garde espoir... Ce n’est peut-être qu’une fugue.
Il regarde ses mains... Dix doigts de pianiste peuvent très bien faire deux mains d’étrangleur.
Crab n’est pas impressionné par le vaste océan, ses requins, ses typhons, ses îles englouties, ses vagues hautes comme nos immeubles... L’océan ne lui en impose pas. Il le fixe sans ciller, mains sur les hanches, et s’adresse à lui plutôt sèchement :
"- Passe-moi le sel", lui intime-t-il... On n’en finit pas de découvrir Crab..."

Franchement, dois-je insister ?... N’est-ce pas amplement suffisant pour mettre le goût à la bouche, le désir au coeur et l’envie à l’esprit de découvrir plus avant ces mondes improbables et vivre ces moments inoubliables de plaisir que cela laisse augurer ?...

Alors, décollez du bitume, quittez l’atmosphère irrespirable et pesante du quotidien pour l’apesanteur vaporeuse de cet harmonieux éther étoilé de "la Nébuleuse du Crabe" d’Éric Chevillard aux Éditions de Minuit... S’il y en a encore !...

Michel Berthelot le 27 janvier 06


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