Pourquoi nous avons les Trump que nous méritons

(et des moyens d’y résister)
dimanche 29 janvier 2017
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Par Pierrick Tillet

Cette fois, Trump est vraiment président ! Et ses premières mesures sont à la hauteur de ce que l’on pouvait redouter de lui. Plutôt que de manifester contre le résultat d’une élection, les citoyens américains vont désormais être tout à fait fondés de manifester contre les mesures ineptes du nouvel élu. Et de s’interroger sur le comment ils ont hérité d’un si désastreux dirigeant.

C’est en tout cas la réflexion à laquelle vient de se livrer Noam Chomsky dans une toute récente interview où il rapproche la situation américaine de la situation européenne, encore plus grave selon lui. Pour Noam Chomsky, l’élection de Trump comme le Brexit découlent logiquement de la faillite des institutions politiques et de la colère de ceux, de plus en plus nombreux, qui se sentent exclus ou menacés de l’être : « Vous le constatez à la fois dans les phénomènes Trump et Sanders, deux façons différentes de réagir à l’effondrement du fonctionnement des politiques qui profitaient autrefois à la population. »

Cet effondrement culturel et social, poursuit Noam Chomky, est à l’origine de l’aggravation des taux de mortalité aux États-Unis, affectant particulièrement une classe moyenne blanche se sentant acculée, saisie par la déprime et se tournant vers la drogue et l’alcoolisme, faute d’aucune perspective de sortie de crise : « Dans les années 30, la situation était objectivement bien pire, mais il y avait un sentiment d’espoir. Je suis assez âgé pour me souvenir qu’il y avait alors l’action militante des ouvriers, la confédération syndicale CIO (Congress of Industrial Organizations), les partis de gauche, une administration relativement sympathique, et donc en quelque sorte l’espoir que nous allions nous en sortir. Aujourd’hui, les gens n’ont plus rien de tout ça. » Autrement dit, conclut Noam Chomsky, « je ne vois aucun moyen de m’en sortir, donc je vais crier. »

La responsabilité des intellectuels engagés

Noam Chomsky me paraît cependant faire un peu rapidement l’impasse sur la responsabilité des intellectuels engagés (dont il est) dans la situation actuelle. Comment cette classe favorisée (dont je suis aussi) au moins par sa formation, sinon par son opulence financière, réagit-elle pour pallier l’effondrement des recours d’espoir à gauche, tant politiques que syndicaux ? En se réfugiant dans le choix catastrophique d’un “moins pire” qui l’est de moins en moins. Face à Donald Trump, le choix de Noam Chomsky, comme celle de toute l’élite culturelle et artistique américaine, s’est porté sur la candidature d’une Hillary Clinton complètement discréditée. En France, le vote utile anti-FN nous a donné successivement un Sarkozy, puis un Hollande. Et en Grande-Bretagne, les atermoiements d’un Jeremy Corbyn, pourtant européiste revendiqué, ont laissé tout le bénéfice du Brexit aux forces les plus régressives du pays. En se rajoutant à la disparition des structures de gauche alternatives, la démission ou les choix politiques calamiteux des intellectuels progressistes rajoutent à la désespérance des classes populaires, renforcent leur sentiment d’abandon et leur colère, et ouvrent des boulevards aux forces régressives d’extrême-droite.

Les voies étroites de l’engagement de gauche existent

Mais comment s’engager sans relais politiques progressistes sérieux ? Il est un peu court de demander aux intellectuels de pallier la faillite des politiques sur le terrain. Mais au moins faudrait-il à mon sens qu’ils ne défendent pas l’indéfendable. Supporter Clinton pour échapper à Trump, voter Fillon ou Macron pour éviter Le Pen, faire croire qu’on peut influer de l’intérieur sur le comportement d’une Union Européenne imbuvable, conduit au final au même désastreux résultat, à plus ou moins long terme mais sans possibilité de rémission. Il est des circonstances où l’abstention motivée vaut mieux que des engagements complètement foireux. Mieux vaut expliquer aux populations les raisons d’un refus d’engagement que de s’engager dans des voies désespérantes. « En mon âme et conscience, je ne peux hélas soutenir aucune des parties aujourd’hui en présence » me semble préférable et bien plus incitateur de prise de conscience que « continuons par défaut dans les mêmes travers sans nul autre avenir que l’échec et l’humiliation ». S’abstenir sur le champ de bataille électorale n’est pas renoncer à la guerre politique. Il est d’autres voies de résistance que les urnes, certes étroites, mais déjà empruntées par des anonymes et des sans grades. Je pense à ces nouveaux Justes auxquels Le Partageux dresse ici-même des “monuments”, à tous ceux qui dans leur coin, sans vacarme, travaillent au monde d’après (parmi lesquels, d’ailleurs, une frange non négligeable de la jeunesse).

Dans les dramatiques circonstances actuelles, il me paraît bien préférable de se contenter de tracer les sillons incertains du monde d’après que de persister sur des fausses pistes suicidaires au nom d’une bonne conscience dépassée.

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