49-3 : Manuel Valls à l’insu de son plein gré

samedi 7 janvier 2017
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Par Hubert Huertas

« On m’a imposé le 49-3. » Au-delà du sort de la primaire, la formule de Manuel Valls est appelée à entrer dans le panthéon des petites phrases. Elle rejoindra celle des Guignols de l’info faisant dire à Richard Virenque qu’il s’était dopé à l’insu de son plein gré.

Voilà une manière originale d’inverser les rôles, en se dédouanant de ses propres choix. « On m’a imposé le 49-3. » Cette formule est une définition de l’exercice du pouvoir. Une sorte de contre-pied au prince de Machiavel qui peut tout même s’il ne peut rien, et qui agit même quand il subit. Manuel Valls, au contraire, c’est l’homme qui subit même quand il agit. Le chef qui parle de ses troupes comme si elles le dirigeaient, et de lui-même comme s’il était commandé. C’est bien simple, le patron est obligé. Obligé à tout et à son contraire.

Obligé, puisque le sujet est venu sur la table de « L’Émission politique », avant-hier soir sur France 2, de ne pas envoyer de forces de l’ordre sur la ZAD de Notre-Dame-des-Landes, et obligé d’annoncer leur envoi. Obligé en 2011, pendant la primaire, d’en finir avec les 35 heures, et obligé de les conserver en 2017, pendant la nouvelle primaire. Obligé de trouver que le socialisme est un concept du XIXème siècle en 2009, et obligé de rassembler la gauche autour du Parti Socialiste en 2017, pour l’ancrer dans le XXIème. Obligé de penser qu’il y a des gauches irréconciliables quand on brandit le 49-3, et obligé de les réunir quand on promet de le supprimer…

Manuel Valls est un chef obligé, il ne le dit pas seulement avec sa formule désormais célèbre, et qui rencontre un succès viral sur les réseaux sociaux, il théorise tout son programme par la pression qu’il subit, et par les leçons qu’il en tire. « Le monde a tellement changé ! », répète-t-il comme un mantra, pour justifier que lui aussi il a « changé ». Interrogé sur son revirement à propos de l’ISF, il l’explique par l’environnement. Il s’adapte en changeant de couleur. Ce n’est plus un dirigeant, c’est un caméléon. En 2011, la suppression de l’ISF était envisageable, mais avec « les événements extraordinaires » survenus par la suite, notamment l’élection de Trump, le Brexit ou le programme de François Fillon, il en est venu à se dire que « peut-être cette gauche a trop cédé à des forces de l’argent ».

Incroyable ! Selon cette affirmation, qui rappelle le Hollande de la finance ennemie, l’état du monde a transformé l’ancien premier ministre en frondeur, ces frondeurs qui lui ont donc imposé de leur imposer le 49-3 ! Manuel Valls s’est enlisé hier soir dans ses contradictions, et comme il s’est débattu avec l’énergie qui le caractérise, il s’y est enfoncé au-delà du raisonnable, et surtout du crédible. Le 49-3, c’est bien lui, et lui seul, qui l’a imposé à deux reprises. Emmanuel Macron avait négocié des centaines d’heures avec les parlementaires pour la loi sur le travail du dimanche ou sur les autocars, mais le Premier ministre a voulu marquer sa propre autorité. Et concernant la loi sur le travail, Myriam El Khomri avait promis le dialogue dans le journal Les Échos, mais le Premier ministre a corrigé la copie (lire ici l’article de Mathieu Magnaudeix). C’est donc bien lui, et lui seul, qui a imposé le vote bloqué à tous, aux frondeurs, aux ministres chargés du dossier et même au président de la République.

Dans de telles conditions, et pour des dossiers si récents, pourquoi le transgressif affiché depuis de longues années s’est-il jeté dans la primaire en s’opposant à lui-même, pour s’inventer un rôle de pater familias ? C’est la question la plus grave. On a souvent comparé Manuel Valls et Nicolas Sarkozy. Même allant, même énergie et même capacité à parler fort. Quand ils s’expriment, ils frappent les imaginations, c’est leur atout, mais ils frappent aussi les mémoires, c’est leur handicap. On se souvient de leurs phrases, de leurs promesses, de leurs postures, et pour peu qu’ils en changent ils y sont aussitôt confrontés. Ils ont alors la même réponse, maintes fois utilisée par l’ancien président de la République et désormais reprise par l’ancien premier ministre : « J’ai changé ! »

La primaire de la droite a prouvé les limites de cet argumentaire. Celle du PS dira si un candidat à la fonction suprême peut se permettre de dire qu’on lui a imposé ce qu’il avait imposé. Contraintes pour contraintes, personne n’est obligé de se présenter à l’élection présidentielle.

mediapart.fr


Commentaires

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49-3 : Manuel Valls à l’insu de NOTRE plein gré
samedi 14 janvier 2017 à 19h11 - par  Gromit

Valls c’est comme Sarkozy, on a vraiment plus envie de le revoir !

Logo de lajeanne jean pierre
49-3 : Manuel Valls à l’insu de son plein gré
dimanche 8 janvier 2017 à 15h02 - par  lajeanne jean pierre

c ’est officiel valls prend les électeurs de gauche pour des cons.

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