Pourquoi j’oserai Mélenchon l’explorateur

samedi 7 janvier 2017
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Par Divin’duck

Un récent « Petit précis de philosophie à l’usage des candidats » diffusé sur France Culture m’a rappelé que je devais vous parler de Mélenchon.

Quand on m’a demandé pour la première fois si je voterais un jour Mélenchon, j’ai répondu un lapidaire : « Non. Trop violent. » Jeune adulte, j’étais alors abstentionniste depuis quelques années et me désintéressais totalement de la politique après une adolescence pourtant très engagée. De Mélenchon, je ne connaissais que l’image que voulaient bien en donner une poignée d’inamovibles éditorialistes. Et puis, un peu par hasard, je suis tombé sur l’une de ses longues interviews. Je ne veux pas rentrer ici dans des détails d’ordre programmatique, mais je peux vous dire que j’ai commencé à creuser. Et que, petit à petit, à force de réflexion sur des sujets dont j’ignorais à peu près tout – l’écosocialisme et la 6ème République notamment –, j’ai été convaincu. Mélenchon et son équipe ont, me semble-t-il, dessiné un triptyque qui, à l’heure où les politiciens se mêlent surtout de tenues de bain et de oh-mon-dieu-la-dette-la-dette- !, sort assez lumineusement du lot. On pourrait baptiser ce triptyque « République sociale, écologique et citoyenne ». L’ordre des mots importe en fait peu, puisque nous n’avons pas affaire à un empilement de mesures, une énumération décroissante de priorités, mais à un projet global, un tout bien emboité. Par exemple, quand Mélenchon parle de la souffrance animale et de l’agriculture paysanne, cela concerne aussi le bien-vivre, la souveraineté du citoyen sur son assiette, la santé, la philosophie et l’économie. Notre avenir dépend de celui des vaches, des lapins, des poissons, des champs, de l’air, des océans. Quand Mélenchon parle de partage des richesses, ce n’est pas sous l’angle de la vengeance de classe, mais plutôt pour rappeler les pauvres – dont je suis – à leur citoyenneté, et les riches à leur humaine humilité. Je vais essayer de m’expliquer.

La scène se passe peu après ma découverte de Mélenchon. Un matin, une caissière du supermarché du coin, payée au SMIC, m’inflige une insupportable logorrhée à propos de chômeurs fainéants et autres assistés parasitaires. Elle ignore que je suis moi-même sans emploi. Je me demande alors, serrant les dents, pourquoi cette dame payée au lance-pierres, au contrat probablement précaire, s’en prend aussi violemment à plus pauvres qu’elle. La réponse n’est pas bien loin : je la trouve chez le marchand de journaux du coin. Depuis des années, les politiques de droite comme de gôche (comprenez : le PS) s’escriment à dresser les pauvres les uns contre les autres, usant d’un « racisme » social aussi véhément que stupide. La solution à cette division passe aussi par une carte d’électeur. Pourquoi aller voter pour des gens qui nous divisent pour mieux régner ? Pourquoi regarder dans l’assiette du voisin quand, à quelques kilomètres de là, des millionnaires se prélassent au Palais ? J’ai beau être pauvre, je suis citoyen, ce qui signifie que je peux voir les choses en grand, moi aussi. Et pas pour souhaiter me prélasser dans un château, mais pour les changer, les choses. Les « coups de colère » (selon la formule consacrée) de Mélenchon, on les connaît. Je les crois assez souvent salutaires. Je n’adhère certes pas à 100 % de ce qu’il dit – comme tous les explorateurs, il tâtonne, s’égare parfois, revient sur ses pas –, mais à 98.73 %. On admettra aussi qu’il faille un sacré culot et le sens de la répartie pour secouer les consciences – je me prends comme preuve, cela fonctionne. Les éditorialistes parlent moins souvent de ses déclarations d’amour.

Dans les meetings de Mélenchon, on l’entend beaucoup, ce mot : « amour ». Et « fraternité ». Et « tendresse ». La tendresse, bordel ! Quel autre orateur ose s’aventurer sur ce terrain ? Oui, nous avons besoin de tendresse, de câlins, de caresses. La terre que nous travaillons en a besoin. La terre a besoin de temps, aussi, pour se revigorer et ainsi mieux produire. Les animaux ont besoin de tendresse et de temps, ce qui est incompatible avec l’élevage en batterie et les fermes des mille horreurs. J’ai besoin de temps pour savoir ce que je veux faire dans la vie, alors autant que cette vie dure le plus longtemps possible. Certains m’objecteront peut-être que je suis un idéaliste – ce qui me fera bien rire, car cela signifiera qu’ils ne connaissent pas la définition de ce mot. Sortir de la dictature de la vitesse et du Capital pour ré-apprendre le temps long de l’écologie, de la démocratie (la vraie démocratie, hein, pas celle qui s’exerce à coups de 49 alinéa 3…), de l’argumentation, du partage, des arts, est-ce si irréaliste que cela ? Est-il plus réaliste de demander aux jeunes, comme l’a fait Macron, de vouloir « devenir milliardaires » ?

Il paraît que plus de onze millions de Français ont déjà écrit un manuscrit. Il en faut, de la patience, de la passion et de la concentration pour rédiger un texte. Et si on s’intéressait à ces onze millions d’individus qui, apparemment, ont quelque chose à écrire ? Je doute qu’ils adoptent tous le style d’un (inscrire ici le nom d’un fabriquant de best-sellers qui pond le même bouquin tous les ans). Accordons une plus grande place à l’art dans la vie des personnes et de la collectivité. Le soir, les gens rentrent chez eux (quand ils ont un chez eux) accablés, exténués d’un travail qui ne les intéresse pas nécessairement – et où, en plus, on les harcèle jusqu’au burn-out –, avec des horaires souvent variables voire imprévisibles. À peine ont-ils le « loisir » de se préparer à manger et de s’occuper des enfants. 66 % des Français déclarent que le stress et la fatigue nuisent à leur vie sexuelle. Comprenez que je ne souhaite pas continuer à vivre dans une société où les couples sont trop stressés pour faire l’amour, et que cela relève d’un ordre économique et d’un problème politique. Non monsieur Macron, je ne veux pas devenir milliardaire. Je préfère l’amour. Je veux pouvoir travailler la terre pour nourrir ma famille… et pas seulement. Un potager, vous voyez. Tout le monde devrait pouvoir y avoir accès. Toutes les écoles devraient enseigner les savoirs et vertus du potager à leurs élèves. Biologie, physique, patience, coopération, joie et partage : tout y est ! Mélenchon propose de créer des milliers d’emplois à la campagne – les mers ne sont pas en reste –, de réhabiliter l’agriculture paysanne, de privilégier le bio et les circuits courts : ça me va ! Parfaitement ! M’sieur Mélenchon, si vous me lisez, je suis volontaire.

Sortir du nucléaire, cela va être un peu long. Raison de plus pour commencer tôt. Les catastrophes, elles, sont si vite arrivées… Les travaux d’une Assemblée Constituante peuvent durer quelques mois ou quelques années avant d’aboutir à une nouvelle Constitution. C’est toujours mieux que de contempler sans pouvoir agir l’agonie d’une Vème République sous respirateur artificiel. Et ainsi de suite. Dans ses discours, Mélenchon parle de « goût du futur ». Si nous le bâtissons tous ensemble, plutôt que de le laisser entre les mains invisibles du Marché, du CAC 40 et du Medef, le futur ne sera que plus savoureux. Quand Mélenchon parle d’espoir, ce n’est pas l’espoir de construire des murs ou de piétiner son prochain ; c’est l’espoir qui se tourne vers la terre, la mer, l’espace, pour faire mieux que réparer les pots cassés ou pis d’y entrer en conquérants décérébrés ; il s’agit de renouveler nos pratiques, d’enrichir nos sciences et technologies dans le respect du temps et des éléments, de dépolluer lorsque c’est possible, de cesser de polluer parce qu’il le faut. Je disais tout à l’heure qu’on peut qualifier Mélenchon d’explorateur. Admettez qu’on est loin du retour à la bougie, formule éculée s’il en est. Je préfère l’excitation et l’imagination à la désespérance et à la routine. Au remboursement d’une dette in-remboursable, aux querelles racistes, aux vaines problématiques d’appareils politiques. Il existe un avenir commun qu’il n’appartient qu’à nous d’explorer avant… qu’il cesse d’exister, anéanti par les bricolages politiciens et les intérêts financiers.

J’évoquerai une anecdote pour finir. Je me trouvais, le 28 août dernier, au Pique-Nique de la France Insoumise à Toulouse. Il ne s’agissait pas d’un meeting où l’on vient entendre la bonne parole, mais bien d’un pique-nique, convivial et à la bonne franquette, avec un discours au dessert. Là où les meetings formatés peuvent repousser les non-adhérents, j’y ai vu beaucoup de jeunes venir s’assoir dans l’herbe, par curiosité. Ce pique-nique n’était autre que la meilleure idée de la rentrée politique 2016. N’est-ce pas tout de même prometteur ? Osons, tentons.

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