Le Revenu Universel, un objet politique à réinventer

dimanche 8 janvier 2017
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Par Daniel Cohen
Directeur du département d’économie de l’École Normale Supérieure

Établir un revenu de base inconditionnel pour tous, octroyé à tout individu, dès sa naissance, sans aucune condition de statut familial ou professionnel. Le principe, révolutionnaire, étant que l’on aurait droit à ce revenu d’existence parce qu’on existe, et non pour exister. Ignacio Ramonet, ancien directeur du Monde Diplomatique, avait ainsi résumé, dans un article publié en 2000, l’enjeu du revenu de base. Le thème a brutalement resurgi dans le débat public. La Finlande a lancé une vaste expérimentation. Le département de la Gironde s’y est engagé aussi. Un rapport du Sénat lui a été consacré. Parmi les candidats à la primaire, Benoît Hamon et Manuel Valls s’y sont déclarés tous deux favorables.

Le revenu de base a cette particularité d’avoir des défenseurs enthousiastes aussi bien à droite qu’à gauche. Aux États-Unis, Milton Friedman et James Tobin, l’un monétariste l’autre keynésien, l’ont tour à tour défendu. L’idée suscite des oppositions tout aussi vives dans les deux camps. À droite chez ceux qui dénoncent l’assistanat et à gauche chez ceux qui font le raisonnement exactement inverse, à savoir que cette mesure permettrait aux employeurs d’offrir des emplois encore plus précaires. La principale opposition, toutefois, vient des sceptiques qui font remarquer que le coût global de cette mesure serait exorbitant. Donner, disons, 700 euros par mois à tous les Français, coûterait plus de 500 milliards par an, soit un quart du PIB ! On peut courageusement l’assumer, mais la marche est haute... Une formule plus économe et mieux ciblée semble nécessaire pour rallier les suffrages.

Des chercheurs de l’École d’Économie de Paris, Antoine Bozio, Julien Grenet et Lucile Romanello, ont formulé une proposition qui peut servir de point de départ. Leur idée est de fusionner le RSA et l’APL (l’aide personnalisée au logement). Ils notent que l’aide au logement ne dépend plus du loyer payé dans 80 % des cas, le plafond étant presque toujours atteint (l’exception est pour les HLM, pour lesquels un dispositif spécifique devra être maintenu). La fusion avec le RSA offrirait un nouveau socle de solidarité aux plus démunis. En raisonnant à coût constant, elle permettrait d’accorder à une personne seule 624 euros, dont serait soustrait 32 % du revenu gagné (au premier euro). La mesure serait donc limitée à qui gagne moins de 1 950 euros, mais ouverte sans restriction à tous ceux qui sont sous ce plafond. Un effort financier additionnel sera nécessaire pour remonter le minimum (à 700 euros par exemple) et l’étendre aux moins de 25 ans. Le coût final du dispositif dépendra du curseur choisi, mais sera, par construction, réaliste...

D’aucuns y verront un renoncement à l’idée initiale, universelle, d’autres n’accepteront pas le principe d’une dotation sans contrepartie. La mesure est en effet modeste, mais c’est sa force : elle met sur un sol ferme le débat sur le type de protection, pas seulement monétaire, qu’une société doit à ses membres « parce qu’ils existent, et non pas pour exister ».

L’OBS N° 2722 du 5 janvier 2016


Commentaires

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Le Revenu Universel, un objet politique à réinventer
samedi 14 janvier 2017 à 14h36 - par  aifos

Bonjour !
Vu qu’il y a de moins en moins de très très riches et de plus en plus de très très pauvres, résultat du système monétaire actuel... pourquoi polémiquer autant au lieu de changer une fois pour toutes le dit système ? Un système qui a largement montré qu’il est plutôt pervers car il mène à la déchéance totale de chaque nation avec les souffrances que cela implique pour les citoyens et pour la Terre.

Le coût d’un revenu universel a été largement gagné par les travailleurs, pour ne pas dire les esclaves modernes.

Un système équitable existe, les écrits sur le sujet ne manquent pas, mais qui veux les appliquer ?

Ceux qui « ramassent le plus » ce sont les très, très riches, dont, les véritables « assistés »,car sans travailler ils s’octroient des sommes indécentes et ne se soucient pas le moins du monde de ceux qui meurent de froid ou faim !

Mais les politiques pensent surtout au pouvoir et pour l’obtenir il leur faut des tonnes d’argent .
Alors il ne faut pas fâcher ceux qui les soutiennent, pour leur propre bénéfice !

Ça va durer jusqu’à que mort s’ensuive ? Que les populations s’amenuisent, que la terre soit pollué complétement et les eaux des mers et fleuves saturés des déchets de trop de produits consommables et jetables ? En plus des produits chimiques nocifs pour l’homme, la flore et la faune.

Peut être il y aura un sursaut avant la fin ?
L’espoir fait vivre !

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Le Revenu Universel, un objet politique à réinventer
samedi 14 janvier 2017 à 09h43 - par  Gromit

Le plus simple ne serait pas d’accorder un revenu de base sans condition et sans contrepartie à ceux qui en ont vraiment besoin, (Chômeurs sans "droit", petits retraités, précaires, SDF, étudiants,...)
Ou encore plus simple : cesser l’assistanat avec ceux qui sont déjà plein de fric et gavés de subventions et lutter contre l’évasion fiscale. Bref un peu plus de partage des richesses !

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