L’émoticône qui pleure

mardi 3 janvier 2017
popularité : 2%

Par Anne Roumanoff

Clic, émotion collective. À la télé, ils disent : "Beaucoup de réactions sur les réseaux sociaux à l’annonce de la mort du chanteur." Au revoir mister Bowie. Clic. Pleurs numériques. Hashtag Prince. Chagrin de réseau social. RIP Leonard Cohen. On a les larmes aux yeux quelques secondes. "Ah bon ? Il était toujours vivant George Michael ? Il chantait quoi déjà ? Ah oui…"

Clic sur une émoticône qui pleure. "C’est toute ma jeunesse qui s’en va. So sad." Un peu d’anglais pour faire croire qu’on est bilingue. On aurait bien envie d’écrire en commentaire : "Ta jeunesse est déjà partie depuis longtemps et ne reviendra pas, she will not come back", mais on a peur de gâcher la belle unanimité un peu mièvre du chagrin numérique collectif. Comme si dans ce monde incertain et angoissant, la seule chose qui pouvait nous unir, c’était le scandale de la mort. La réunion temporaire autour du cercueil virtuel de l’icône. Oui, quand on est célèbre, dès qu’on meurt on devient aussitôt "l’icône de toute une génération", c’est BFM qui le dit. Nostalgie. Clic. Hashtag souvenir. Vidéo YouTube noir et blanc qu’on regarde vaguement ému. Clic. "Princesse Leia a rejoint les étoiles." Clic. Clic. "C’était quoi son nom déjà à Princesse Leia ? Claude Gensac ? Mais non, Claude Gensac, c’est la femme de De Funès dans Les Gendarmes !" "C’est qui De Funès ?", demande ma fille.

"y en a mar de 2016 !! c tro l’écatombe !!" proteste un adolescent qui a fait son deuil de l’orthographe depuis longtemps. C’est curieux, quand des inconnus meurent, ça ne révolte personne, mais la disparition d’une personnalité scandalise tout le monde. J’espère ne pas trop vous choquer mais en 2017, je vous l’annonce, plusieurs célébrités vont nous quitter et je suis même sûre que des anonymes vont disparaître.

Cérémonie funéraire pour un proche

C’est quand ? Pfff, la flemme d’y aller. C’est toujours un peu glauque les enterrements, de toute façon. Quelle idée de mourir en décembre ! Déjà qu’il fait froid et gris. Il n’y a pas de page Facebook pour lui rendre hommage ? C’est sympa, les condoléances sur Facebook. Bien protégé derrière l’écran, on écrit : "Courage" avec quatre points d’exclamation, on ajoute : "Je pense à vous" avec deux cœurs, mais surtout on ne prend pas son téléphone pour appeler la famille. Imagine, ils pourraient pleurer en vrai, c’est gênant, on ne sait jamais trop quoi dire. Mince, il n’avait pas Facebook, c’est vrai, il avait 70 ans. Bon, on va écrire un petit mot à sa veuve, enfin, un texto, c’est moins fatigant et au moins il n’y a pas besoin de chercher un timbre. Sinon on pourrait envoyer des fleurs par Internet mais c’est cher et on a déjà claqué tellement d’argent avec les fêtes et là, les soldes arrivent. Tiens, on va envoyer des fleurs par SMS. Oui, des émoticônes, quelqu’un qui pleure avec trois quatre fleurs et deux cœurs. Clic. Voilà, j’ai présenté mes condoléances.

Dimanche, on a envoyé à tout son carnet d’adresses ses vœux par texto : "Bonne annéééée 2017" avec le dessin d’une bouteille de champagne et des étoiles pour faire festif. Puis on réfléchira aux résolutions de la nouvelle année. Tiens, si on essayait de passer un peu moins de temps derrière son écran ?

Anne Roumanoff

lejdd.fr


Commentaires

Agenda

<<

2017

 

<<

Septembre

 

Aujourd'hui

LuMaMeJeVeSaDi
28293031123
45678910
11121314151617
18192021222324
2526272829301
Aucun évènement à venir les 6 prochains mois

Brèves

Le loup est irréfutable

jeudi 31 décembre 2015