La contrôleure des prisons dénonce la prison "indigne" de Fresnes

jeudi 15 décembre 2016
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Prison : la contrôleure Adeline Hazan a dénoncé dans une série de recommandations les conditions de vie "indignes" de la prison de Fresnes. Un établissement plein à craquer, envahi par les rats, où certains surveillants débordés ont développé des habitudes violentes : la contrôleure des prisons a publié mercredi des observations accablantes sur le centre pénitentiaire de Fresnes (Val-de-Marne), caractéristiques d’une "cocotte-minute prête à exploser" selon les syndicats.

Plusieurs agents du Contrôleur général des lieux de privation de liberté (CGLPL), organe dirigé par l’ex-élue socialiste Adeline Hazan, ont effectué une visite à la maison d’arrêt de Fresnes pendant deux semaines début octobre, pour adresser des recommandations au gouvernement. Leur conclusion : les conditions de vie des détenus "constituent un traitement inhumain ou dégradant", contraire à la Convention Européenne des Droits de l’Homme. Cette dégradation relève d’une "évolution relativement récente" selon Mme Hazan : le diagnostic des contrôleurs lors de leur précédente visite en 2012 n’était pas aussi alarmant. La rénovation de cet établissement construit à la fin du XIXème siècle s’impose désormais comme une "urgence", écrit-elle.

Avec un taux d’occupation moyen qui frise les 200 % et un nombre de détenus - près de 3.000 - qui a bondi de 52 % en dix ans, Fresnes offre des "conditions d’hébergement indignes (...) très en-deçà des normes fixées par le Comité européen pour la prévention de la torture", dénonce la contrôleure. Prévenus et condamnés sont mélangés et plus de la moitié des détenus vivent à trois dans une cellule standard de 10m², entassés dans des lits superposés. "C’est ce qu’on appelle les triplettes", confirme à l’AFP Frédéric Godet, délégué syndical Ufap-Unsa (majoritaire) à Fresnes. "Ce que le rapport dénonce, ça fait juste 20 ans qu’on le souligne." "Si on était dans le privé, l’établissement aurait fermé depuis longtemps", abonde Cédric Boyer, secrétaire local de FO Pénitentiaire. Pour lui, "Fresnes, c’est une cocotte-minute prête à exploser". Là où les prisons voisines de la Santé et de Fleury-Mérogis sont en cours de rénovation, Fresnes patiente "depuis des années", insistent ces syndicalistes.

"Usage banalisé de la force"

Le personnel en sous-effectif est composé d’environ "70 % de stagiaires" et un seul surveillant gère 120 détenus, selon le rapport. Dans ces conditions, le respect des Droits fondamentaux est "structurellement impossible", argue la contrôleure : la fouille intégrale "devient la règle et non l’exception". Il règne dans la prison "un climat de tension permanente" et les surveillants ont développé "un usage banalisé de la force et des violences". Trois d’entre eux ont récemment fait l’objet de sanctions disciplinaires, relèvent les contrôleurs. L’un d’eux a frappé un détenu en pleine crise d’épilepsie, selon une source pénitentiaire. Trois autres ont été placés en garde à vue lundi, soupçonnés d’avoir fourni des téléphones portables et de la drogue à des détenus, moyennant finance.

Côté syndicats, on souligne les "risques nouveaux" engendrés par l’accueil des détenus radicalisés, en rappelant que sont incarcérés à Fresnes des prisonniers de Droit commun "particulièrement durs". Mais "l’anomalie la plus grave", selon la contrôleure, reste "l’hygiène déplorable". Les rats "évoluent en masse" dans les cours et aux abords des immeubles, attirés par les "amas d’ordures" au pied des bâtiments. Certains pénètrent même dans la détention. "Les rats ont toujours existé", raconte Mr Godet. Mais ils prolifèrent depuis 2011 selon lui, lorsque les repas "en barquette" ont remplacé le service "à la louche" des détenus, et provoqué une explosion des détritus, jetés par les fenêtres. En 2016, deux détenus de Fresnes ont contracté la leptospirose, maladie potentiellement mortelle transmise par les rats. Saisi par l’Observatoire international des prisons (OIP), le tribunal administratif de Melun a ordonné début octobre à l’État d’"intensifier" la dératisation.

En réponse aux observations de la contrôleure, le ministre de la Justice Jean-Jacques Urvoas a détaillé dans une lettre les travaux prévus pour 2017 afin de lutter contre les rats. L’État va consacrer plus de 900.000 euros notamment pour empêcher les jets de détritus en réparant les grillages aux fenêtres. Le ministre a aussi souligné que le budget 2017 prévoit de lancer la construction de trois maisons d’arrêt en Ile-de-France pour désengorger les prisons.

(Illustration : Vue intérieure de la prison le 20 septembre 2016 à Fresnes - ©AFP/Patrick Kovarik)

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