Louise en hiver

De Jean-François Laguionie
jeudi 24 novembre 2016
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Dans une atmosphère onirique de bord de mer, une vieille dame flotte entre passé et présent. Un véritable petit bijou et un grand film d’animation made in France.

Par Guillemette Odicino

En 1979, le huitième court ­métrage de Jean-François ­Laguionie, La Traversée de l’Atlantique à la rame, débutait sur une plage. Presque quarante ans et quatre longs métrages plus tard, il dessine toujours la mer. Mais là, plus de bateau : juste une vieille dame, le sable et l’eau.

En vacances dans sa bicoque bleue, Louise loupe le dernier train de la saison, alors que le ciel, déjà, s’assombrit. La voilà seule au monde dans cette petite station balnéaire imaginaire aux façades depuis longtemps délavées. « Ils » sont tous partis, mais « ils » reviendront, forcément, la chercher. Pourtant, alors que l’océan envahit les rues vides, et que la tempête bat sur les volets de sa chambre, « ils » ne reviennent pas. Alors, dès que le temps redevient clément, Louise prend une décision : elle abandonne sa maison et part s’installer sur la plage pour passer l’hiver. Commence pour cette mamie, plus résistante qu’elle ne le croyait elle-même, une vraie vie de Robinsonne. Avec quelques planches, elle se construit une cabane, et va faire son marché aux Nouvelles Galeries désertées, dans lesquelles elle pénètre en cassant une vitre ! Une capeline pour le soleil, un bonnet rouge, des baskets jaunes et des bottes en caoutchouc, elle a fière allure, Louise, pour partir pêcher avec Pépère, un chien aussi abandonné qu’elle, et sa seule compagnie. Et où trouve-t-elle une bonne terre fertile pour planter son potager ? Au cimetière !

Louise en hiver, le cinquième long métrage de Jean-François Laguionie, est le plus beau des voyages immobiles, à la fois invitation à la vie et flirt facétieux avec la mort. Quand Louise se souvient de son enfance, il la représente petite fille conversant tranquillement avec le cadavre d’un parachutiste anglais suspendu pour l’éternité dans une forêt. C’est aussi à cet « ami » que Louise, devenue jeune fille, présentera ses amoureux ! Mais de quoi se souvient exactement Louise ? « On a sûrement dû me marier. J’ai eu des enfants et des petits-enfants, sans doute... » soliloque-t-elle, avec la voix à la fois vigoureuse et un peu flottante de l’étonnante Dominique Frot. Ses souvenirs sont comme la marée : ils se retirent, puis reviennent. Et peut-être même a-t-elle perdu la tête depuis longtemps... La magie du film est dans ce délicat mystère existentiel, ce temps sus­pendu troué de flash-back et de rêves surréalistes. Qu’importe, en fait, sa vie passée : avec ses cheveux neigeux, son nez épaté et ses joues légèrement ­rosies, Louise représente toutes les vieilles dames qui marchent à petits pas dans le monde et que l’on croise sans y prêter attention. Sans penser une seconde qu’un jour elles ont été jeunes, amoureuses ou cruelles. Cette impression d’éternité, de merveilleux flottement vient, aussi, du dessin de Jean-François Laguionie. Quand tous les studios du monde se repaissent de couleurs et de technologie, cet héritier de Paul Grimault peint comme on respire et capte l’essence d’une existence et d’un décor avec des pastels et de la gouache. Grains du papier, grains de sable, vie égrenée en jaune soleil d’hiver et en bleus qui se grisent par vagues : chaque image vibre.

L’avenir de Louise ? Tel le cow-boy solitaire, elle a l’horizon devant elle. Et maintenant, elle est armée pour le prochain hiver. Dans une décharge d’objets abandonnés, elle a trouvé un couteau suisse, avec toutes les options habituelles... plus une : il fait aussi pinceau.

Guillemette Odicino

sortie en salle le 23 novembre 2016

Télérama N° 3489 du 29 novembre 2016

Bande annonce de "Louise en hiver"


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