Selon Emmanuel Todd, le vote Trump est un vote de souffrance

jeudi 17 novembre 2016
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Par Pierrick Tillet

Encore une interview lumineuse d’Emmanuel Todd, celle-ci accordée au webmedia Atlantico, et qui nous démontre si l’en était besoin que l’excès de souffrance mine désormais le système néolibéral au pays même du néolibéralisme.

Todd avoue qu’il a longtemps cru « impensable » une victoire de Trump aux États-Unis. Pour Todd, les déterminants de la vie politique et idéologique se situent au-delà de la sphère exclusivement économique, mais dans les structures familiales, les valeurs religieuses, les stratifications éducatives : « Cette approche m’aurait amené à conclure que la société américaine pouvait supporter à l’infini le néolibéralisme, l’hyper-individualisme, la montée des inégalités, la stagnation ou même la baisse du revenu médian des ménages. La famille nucléaire anglo-saxonne est individualiste, libérale, mais pas du tout égalitaire. (…) Il était donc possible d’imaginer (comme l’ont fait Hillary Clinton et la presse de l’establishment) que tout allait continuer. Le monde anglo-américain aurait engendré le néolibéralisme parce que, pour le meilleur et pour le pire, il lui convenait. La résistance à la globalisation ne pouvait être qu’ailleurs, dans des pays attachés à l’égalité, comme la France, à l’intégration collective comme l’Allemagne ou le Japon, ou aux deux comme la Russie. »

Pourtant, un grain de sable allait venir gripper cette belle logique : l’augmentation de la mortalité chez les Américains de 45 à 54 ans dans les classes moyennes et moins éduquées entre 1999 et 2013. Un phénomène inédit dans une société dite “avancée” et d’autant moins supportable qu’il s’explique par des causes non “naturelles” : suicides, alcool, drogues, empoisonnements médicamenteux… « Cet indicateur est vraiment le signe que la globalisation économique a fini par conduire à une insécurité individuelle et sociale insupportable même en pays anglo-saxon. Les sondages “sortie des urnes” ont bien montré qu’au fond, la principale motivation du vote Trump était la volonté de changement. Tout sauf ce que représente Clinton. »

Le système néolibéral sur les mêmes traces funestes que son vieux rival soviétique

On rappellera qu’en 1976, Todd avait aussi prédit, « d’instinct », l’effondrement du système soviétique, en se basant sur la hausse de la mortalité infantile russe entre 1970 et 1974. Même cause, un taux de mortalité dégradé, mêmes effets destructeurs. On sera cependant moins optimiste que Todd sur la capacité d’adaptation du capitalisme qui « devrait permettre une reconstruction assez rapide de la nation américaine ». Ne prévoyait-il pas aussi naïvement que la social-démocratie française surmonterait la crise de 2008 via le « hollandisme révolutionnaire » ? Peu de chances qu’un Trump s’attaque vigoureusement aux inégalités sociales de son pays pendant son mandat. Encore moins qu’il restaure le “rêve américain” : l’inégalité n’est supportée que si l’on pense avoir une chance d’y échapper. Et Sanders, 76 ans, sera atteint par la limite d’âge quand il pourra s’y employer.

Ce qui par contre est désormais avéré, c’est que le néolibéralisme et ses avatars, la globalisation et le libre-échangisme débridés, ont bien du plomb dans l’aile, puisqu’ils minent le cœur même du système, et qu’ils sont bien partis pour connaître le sort funeste de leur vieux rival soviétique.

Lire l’interview d’Emmanuel Todd sur Atlantico

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