La victoire des laissés-pour-compte

jeudi 10 novembre 2016
par  Agnès Maillard
popularité : 1%

FORT WORTH, TX – FEBRUARY 26 : Republican presidential candidate Donald Trump speaks at a rally at the Fort Worth Convention Center
on February 26, 2016 in Fort Worth, Texas. Trump is campaigning in Texas, days ahead of the Super Tuesday primary. (Photo by Tom Pennington/Getty Images)

08:43 : Trump remporte la présidentielle et devient président des USA. Selon CNN, Donald Trump remporte l’élection présidentielle américaine dans le Wisconsin. Une information que confirme l’agence américaine AP (Associated Press). Cet état devrait lui ramener 10 grands électeurs, soit ce qui lui manquait pour revendiquer officiellement la victoire. Symbole : les républicains n’ont pas gagné une élection présidentielle dans cet état depuis 1984, et le Wisconsin a été décisif pour Obama en 2008 comme en 2012. Selon un sondage sorti des urnes mené par un journal local, 63 % des électeurs de l’État ont une opinion défavorable de Trump, mais 21 % d’entre eux ont tout de même voté pour lui par envie de changement…


Source : Résultat élection américaine : Trump remporte la présidentielle et devient président des USA – Linternaute

Par Agnès Maillard

L’élection de Donald Trump s’est faite dans le dos des experts, des médias, des cercles biens informés, qui ont tous pour caractéristique essentielle d’appartenir à la même classe sociale dominante. Exactement comme pour le Brexit, jusqu’au dernier moment, tous ceux qui ont le droit de parole ont totalement nié l’éventualité qu’il puisse exister une (courte) majorité de la population qui pourrait ne pas du tout voir le monde de la même manière qu’eux, qui pourrait en avoir gravement assez que la mondialisation heureuse et prospère soit réservée à une petite élite de plus en plus resserrée tout en se refaisant abondamment sur leur échine.

Le problème concret de notre civilisation actuelle, c’est que ceux qui la dirigent font mine de ne pas voir les fossés grandissants qu’ils ont pourtant creusés avec un bel enthousiasme, confisquant tous les fruits de notre société à leur seul et unique profit et n’ayant de cesse d’exhorter le vulgum pecus à toujours plus de frugalité et de sacrifices. Ce que racontent les « surprises » électorales redondantes de ces dernières années, c’est que la guerre des classes est loin d’être circonscrite aux livres d’histoire poussiéreux, qu’elle est plus féroce que jamais et que si les classes laborieuses (et encore plus celles qui sont même exclues du labeur !) ont parfaitement compris qu’elles étaient en train de perdre cette guerre, elles ont bien l’intention d’emmener un maximum de dominants ou de larbins dans leur chute.

Je ne crois pas une seconde (probablement pas plus que ses électeurs) que Trump soit le héros des surnuméraires qui sont en passe de devenir la plus grosse classe sociale des États-Unis, si ce n’est déjà fait. Exactement comme dans cette BD de Franquin, ce vote est un vote de profond désespoir et d’une haine totale pour un système qui a trahi toutes ses promesses et dont la fonction principale aujourd’hui est d’exclure toujours plus de gens de l’accès à des ressources vitales qui tiennent dans de moins en moins de mains. L’élection de Trump, c’est avant tout le triomphe de tous ces laissés-pour-compte que le capitalisme triomphant fait mine de ne pas voir. C’est la revanche de tous ceux qui ont tout perdu dans la crise des subprimes, mais qui n’ont pas disparu de la surface de la Terre, malgré la cécité délibérée de ceux qui les ont pourtant plongés dans la misère la plus sordide. C’est surtout l’expression de la colère de ces millions d’hommes et de femmes qui n’existent plus que dans les chiffres, ceux de la tiers-mondisation affolante d’une part de plus en plus importante de la population états-unienne, de tous ces gens qui survivent misérablement dans un pays d’abondance, qui crèvent de ne pas pouvoir se payer éducation, soins, logement décents, voire même eau potable dans certains coins particulièrement touchés.

L’élection de Trump, c’est la victoire des perdants et de tous ceux (encore plus nombreux) qui ont conscience d’être à présent bien engagés à leur tour sur la planche savonneuse : ceux qui peinent à rembourser le crédit de leur maison en planches, qui se crèvent la vie et la santé avec plusieurs boulots pour continuer à surnager, qui préfèrent payer l’amende Obamacare plutôt que de continuer à se saigner pour une assurance santé qui bouffe leur budget tout en ne les couvrant pour rien, qui jonglent avec leurs cartes de crédit pour arriver à boucler la fin du mois et qui voient bien que malgré tous leurs efforts et leur adhésion aux valeurs du libéralisme débridé et prétendument méritocratique, ils n’arriveront plus à amasser assez d’argent pour offrir une éducation suffisante à leurs enfants, un avenir, une chance, ni même un lambeau du rêve américain. L’élection de Trump, c’est en même temps la fête du capitalisme le plus hideux, le plus sauvage et le plus mortifère : c’est la démonstration superbe que de monter les dominés les uns contre les autres est toujours payant pendant les grandes périodes d’effondrement. C’est la confirmation — s’il en fallait ! — que les réflexes identitaires s’épanouissent sur les ruines de la prospérité perdue et de la peur de l’exclusion qui, dans une société totalement marchandisée, est pratiquement une condamnation à mort.

L’élection de Trump n’est pas un évènement fortuit et solitaire. C’est une tendance de fond qui devrait enfin alarmer les commentateurs bonhommes de nos propres élections à venir. Ceux-là mêmes qui se sont étonnés de voir la France — dite des « périphéries » — se teindre en noir lors des derniers scrutins, mais qui continuent à assurer par une forme de syndrome de Coué que, non, Marine Le Pen ne deviendra jamais présidente !

monolecte.fr


Commentaires

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La victoire des laissés-pour-compte
dimanche 13 novembre 2016 à 19h57 - par  Lachasse

pour ma part je trouve cet article pertinent, mais cependant une chose m’étonne : Trump a-t-il réellement été élu par la majorité des américain ? Je ne crois pas non : car, on dit, que Hillary avait 190 000 voix de plus que Trump... alors où est l’erreur ? La réponse serait que parait-il ce sont les grands électeurs qui votent après les élections générales pour l’un ou l’autre, et que ici la majorité de ces grands électeurs ont voté pour Trump ? C’est quoi ce système faussement démocratique ? Autrement dit Trump n’a pas été élu par la majorité des américains, mais par la majorité des grands électeurs... donc j’en déduis : les plus riches... De toute façon est-ce que Hillary aurait été mieux ? Si on croit aux discours que l’un et l’autre ont tenus pendant la campagne, c’est lui le grand malade des méninges et elle la raison et l’intelligence... ? Donc pour moi Trump n’a pas été élu par la majorité des américains mais celle des plus riches... et plus magouilleurs peut-être bien... bon "qui vivra verra" comme on dit...

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lundi 14 novembre 2016 à 10h35 - par  Michel Berthelot

Indispensable précision : En principe, les votes populaires devraient être exprimés en faveur d’un grand électeur. Dans la pratique, les bulletins de vote sont rédigés sous la forme « grand électeur en faveur de tel "ticket" » ou mentionnent simplement le nom des candidats. Dixit Wikipédia

Site web : Utile précision
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La victoire des laissés-pour-compte
vendredi 11 novembre 2016 à 18h15 - par  Olivier MONTULET

Les perdants... je n’aime pas cette appellation. Je préfèrerais les VICTIMES, car ils sont démunis de tout moyen leur permettant de lutte contre les dominants qui s’autoproclament "élite" et de leur idéologique néolibérale qui ne font, au peuple, que des promesses jamais réalisées. Ces dominants, le peuple, ils le méprise et ne se soucient rien de ces préoccupations.

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samedi 12 novembre 2016 à 21h08 - par  goucho

Très juste, « perdant » cela reprend le terme abject : les défavorisés = ceux qui n’ont pas la chance de naître riche.
Sous l’ancien régime c’étaient les sangs impurs, ceux qui n’ont pas le sang bleu, les roturiers.
Alors qu’évidemment on est dans un système de classes sociales en guerre les unes contre les autres, les riches contre les autres.
Et les gens de classes très riches se reproduisent entre eux, vivent entre eux .. cf les Pinçon-Charlot qui étudient cela très bien.

Salauds de pauvres
ils nous amènent un Trump qui risque de tout casser.
un ’système’ qui nous convient si parfaitement.

Le fascisme advient quand le capitalisme périclite. Et le capitalisme cohabite fort bien avec le fascisme ...

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