Du vin chimique

samedi 1er octobre 2016
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C’est la saison des foires au vin. Les fameuses petites bouteilles pas chères, dont 70 % sont estampillées « AOC », sauf que la fameuse « appellation d’origine contrôlée », censée garantir la qualité du breuvage, n’est pas vraiment un talisman anti-picrate…

Quand l’AOC a été créée, en 1935, c’était pour protéger les grands crus de la contrefaçon. Puis, on s’est mis à faire de l’AOC à tour de bras. Lorsque, au début des années 90, un des pontes de l’Inao, l’institut chargé de régenter tout ce qui touche de près ou de loin au label, a tiré la sonnette d’alarme, en balançant dans la presse spécialisée qu’« on pouvait trouver des produits scandaleux auréolés de l’AOC », il a été viré sur-le-champ. Aujourd’hui, 60 % des vins produits en France exhibent l’estampille ! Avec des recettes de fabrication parfois étonnantes. En plongeant son bec dans le cahier des charges de nos 362 AOC vinicoles, Le Canard a découvert jusqu’à 130 traitements autorisés.

Prenez les procédés « physiques » : cela va de la « flash pasteurisation », pour garantir « une stabilisation microbiologique », à la « désacidification par traitement électromembranaire », en passant par l’« électrodialyse », qui assure la « stabilisation tartrique du vin ». Les vignerons AOC peuvent aussi jouer avec 70 « auxiliaires technologiques ». Parmi lesquels le bisulfite d’ammonium, qui favorise le développement des levures, l’uréase, pour « diminuer le taux d’urée », la gélatine alimentaire ou la colle de poisson, qui désacidifient le pinard, le sulfate de cuivre, pour éliminer « un défaut de goût ou d’odeur », ou encore la gomme arabique.

Sans oublier le sucre ajouté, le soufre, les copeaux de bois… Et que dire du ferrocyanure de potassium, utilisé pour « déferrer » le vin, c’est-à-dire limiter la quantité de fer et de cuivre ? Une poudre jaune citron qu’il faut saupoudrer dans les cuves, sous hotte aspirante ou avec un masque de protection respiratoire… Mais, comme l’a précisé au Canard le responsable du pôle vins de l’Inao, « cet auxiliaire technologique ne laisse aucun résidu dans le vin traité ». Rappelons qu’il n’existe pas de limite maximale autorisée pour les pesticides dans le vin : la seule limite fixée l’est pour le raisin.

Résultat, alors que la vigne est l’une des cultures les plus « chimiquées », avec 20 % des pesticides aspergés sur 3 % de la surface agricole, les vins, une fois en bouteilles, ne font l’objet d’aucun contrôle officiel sur le sujet. In vino vinasse ?

Le Canard Enchaîné N° 5005 du 28 septembre 2016


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