Préservatifs : les fabricants jouent l’opacité

vendredi 5 août 2016
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Par Agnès Noël

Les préservatifs jouent-ils les fruits empoisonnés ? Malgré nos démarches, les fabricants refusent d’en donner la composition exacte. Après la cuisine, faudra t-il encore faire la chasse aux perturbateurs endocriniens dans notre chambre à coucher ? On a beaucoup parlé du bisphénol A dans les plastiques, on a évoqué le paraben dans les produits cosmétiques, on a dénoncé les phtalates dans les sex-toys. Mais il est un sujet dont on parle rarement alors qu’il concerne des produits utilisés régulièrement et qui sont en contact direct avec nos muqueuses. Ce sont les préservatifs. Ces petits bouts de latex sont peu diserts sur leur composition et leur fabrication, qui impliquerait pourtant toute une série de transformations (adjonction de stabilisateurs, de lubrifiant, de conservateurs, etc.) dont on ne sait pas quelles sont les conséquences.

En France, impossible de savoir la composition intégrale d’un préservatif. Les seules mentions apposées sur la boîte sont la composition (en latex ou pas) et la spécification d’un lubrifiant. Il est compliqué d’en savoir plus. Les marques n’ont pas obligation de communiquer la composition détaillée de leurs produits. Le produit est pourtant considéré comme un dispositif médical et relève donc de l’agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM). Interrogée, celle-ci précise que les préservatifs sont soumis à différentes normes de sécurité, mais qu’en revanche, “il n’existe pas de liste de substances réglementées dans la réglementation des dispositifs médicaux. Tout repose sur la responsabilité du fabricant d’évaluer ces éléments”.

On ne sait pas quelle est la composition chimique réelle des préservatifs

Pour être commercialisés, les préservatifs doivent certes obtenir le marquage CE et correspondre à des normes internationales regroupées sous la norme NF, éditée par l’Afnor et effectuée en pratique au laboratoire national de métrologie et d’essais. Au sein de celui-ci, Romuald Gorjup explique que ce qui est testé, ce sont les propriétés mécaniques des préservatifs. “On ne sait pas quelle est la composition réelle chimique des préservatifs. Elle n’est pas communiquée par les marques et est couverte par le secret industriel. Nous ne regardons pas s’il y a des substances rajoutées comme des spermicides. Nous évaluons la dimension des préservatifs, leur résistance, le fait qu’ils n’aient pas de trous, leur effet barrière, bref leur l’efficacité. Concernant les lubrifiants, nous évaluons leur compatibilité avec les préservatifs pour vérifier qu’ils n’altèrent pas leur qualité mécanique. Certaines marques font la démarche d’obtenir une certification volontaire, la marque NF, qui comporte des audits plus réguliers, entre autres, mais là aussi on évalue le comportement mécanique. D’autant que le cahier des charges est élaboré avec les fabricants selon leurs besoins.

Spermicide, retardateur d’éjaculation, paraben…

En fait, il faut procéder par déduction, en regardant, sur les marques de préservatifs écologiques, les produits dont elles affirment être exemptes. Ainsi, selon Gabrielle Lods, qui a lancé le Green Condom Club, un système d’abonnement de préservatifs “verts”, faute de trouver sur le marché des préservatifs non dangereux, “beaucoup de préservatifs “classiques” contiennent du nonoxynol 9, un spermicide, de la benzocaine, un anesthésiant utilisé comme retardateur d’éjaculation, qui peut être allergène, et du paraben, un perturbateur endocrinien, également accusé de jouer un rôle dans certains cancers, comme celui du sein. Le problème dans ce domaine est que la composition est très opaque. L’Union européenne n’oblige pas les fabricants à indiquer la composition de leurs produits. Du coup c’est la grande inconnue.

Le problème vient surtout du lubrifiant, utilisé dans presque tous les préservatifs

L’association Générations Cobayes, dont le but est de sensibiliser les jeunes aux liens entre environnement et santé, s’est également intéressée à la question. Camille Marguin, sa déléguée générale, explique : “On a travaillé avec un comité scientifique qui nous a confirmé qu’il pouvait y avoir des traces de nonylphénol et du paraben dans les préservatifs et qui nous ont alerté sur la dangerosité de ces composants. En fait le problème vient surtout du lubrifiant, utilisé dans presque tous les préservatifs. Le problème est qu’il est impossible d’avoir sa composition exacte.

Le nonylphenol est utilisé, tout comme le nonoxynol-9, comme spermicide. Celui-ci est placé dans certains préservatifs car il aide (en théorie, certaines études semblent démontrer le contraire) à réduire les risques de transmission de certains virus liés à des maladies sexuellement transmissibles (MTS) comme l’herpès et le SIDA. Mais ces substances ne sont pas anodines : le nonoxynol-9 est abondamment renseigné comme perturbateur endocrinien et substance irritante selon les banques de données médicales comme PubMed. Le nonylphénol est considéré lui aussi comme un perturbateur endocrinien, incriminé dans la pollution des rivières, la féminisation de la faune aquatique et est jugé toxique pour la fertilité humaine. Quand on regarde en magasin, seules quelques références de préservatifs qui se veulent très sécurisés utilisent explicitement un spermicide. Reste juste à savoir s’il est présent sans être mentionné. Quant au paraben, certains lubrifiants affichent clairement la mention sans paraben, mais beaucoup ne mentionnent rien. Ce qui laisse planer le doute. Le problème c’est que tous produits sont en contact direct avec des muqueuses très vascularisées, qui pénètrent donc très facilement dans le corps.

Les industriels restent muets

Contactée plusieurs fois afin de savoir si les préservatifs contenaient bien ces substances et si des alternatives étaient recherchées, l’entreprise Durex n’a pas répondu. Manix a déclaré de son côté que les délais accordés étaient trop courts (11 jours) mais affirme toutefois qu’aucun de leur préservatif ne contient de spermicide. Intimy n’a pas répondu. Son service de presse invoque le secret de fabrication. L’association Générations cobayes a lancé de son côté une pétition en 2014 pour réclamer la composition exacte des préservatifs à Durex, et a ensuite écrit à l’entreprise. Celle-ci ne leur a jamais répondu.

Faute d’informations, on peut se tourner vers la campagne eco-orgasme de l’association, où elle invite les jeunes à utiliser des préservatifs sans toxiques et donne des conseils pratiques. Car il existe des alternatives. La société Vegan Glyde commercialise ainsi des préservatifs en latex naturel, qu’elle déclare sans additif et sans paraben. Les préservatifs Fairsquare, Sir Richard ou Sustain, entre autres, se déclarent eux aussi exempts de produits chimiques.

Bref, des solutions sont possibles pour, comme le dit Générations cobayescontinuer à se faire du bien sans se faire du mal”.

lelanceur.fr


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