Transition

mardi 17 février 2004
par  Patrick Mignard
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TRANSITION

C’est le processus qui consiste à passer d’un système social à un autre système social. Moment délicat à analyser et… l’Histoire l’a prouvé, impossible à prévoir… seule l’étude à posteriori donne des éléments d’explication. C’est en étudiant ce « passage » que l’on se rend compte en quoi l’Histoire… et toutes les « sciences » afférentes (économie, sociologie, psycho-socio, science po.…) n’est pas une science exacte. C’est ce qui explique certainement, du moins en partie, que ce phénomène est devenu objet de spéculation et enjeu politique, source de toutes les manipulations… il faut dire qu’il y va de l’intérêt historique des classes sociales.

De même que l’Homme a essayé de dominer la Nature, il croit pouvoir dominer l’Histoire.

Jusqu’au 18e siècle, les hommes faisaient l’Histoire « sans le savoir ». Les changements avaient lieu, mais ils n’étaient pas « théorisés » en tant qu’évènements historiques expliquant le mouvement de l’Histoire. La citoyenneté (responsabilité à l’égard de l’Histoire) et les valeurs laïques (les Hommes ne sont plus soumis à Dieu), ont placé l’être humain au gouvernail de l’Histoire… l’Histoire est devenue consciente… ou conscientisée. Ce sont alors posées les trois traditionnelles questions : où ? comment ? et quand ? Quel projet ? Comment y parvenir ? et quand situer l’action pour cela ? Ces trois questions ont hanté, et hantent encore, la réflexion politique. C’est autour de ces trois questions que se sont constitués les partis politiques, les équipes dirigeantes, et les stratégies politiques.

La perte du sens de l’Histoire

Un curieux phénomène s’est développé, et ne fait jamais l’objet de la moindre réflexion : le moyen a fini par primer sur l’objectif. Quoique ce soit regrettable, nous allons le voir, cette dérive s’explique et est source d’erreurs tragiques.

La victoire de l’économie de marché a été la « victoire » du rationalisme et… paraît-il, des droits de l’homme. L’exclusion de la divinité en matière de légitimation du pouvoir a fait conclure, un peu rapidement, que les fondements de la « société démocratique » étaient définitivement établis et que donc, le système marchand était indépassable et ne nécessitait que quelques aménagements techniques. C’est cette idée qui est profondément ancrée dans les esprits et, bien entendu, largement reprise et assénée par l’idéologie officielle, de droite comme de gauche.

Il faut dire que cette attitude n’est pas spécifique au système marchand. Cet « égocentrisme historique » qui fait croire que le système dans lequel on vit est indépassable est commun à peu prés à tous les idéologues et à toutes les époques. Mais, avant le 18e siècle, cette attitude n’est pas surprenante dans la mesure où, comme je viens de le dire, on n’a pas réellement conscience de l’Histoire.

Aujourd’hui le problème ne se pose plus du tout de la même manière, au contraire. Hormis celles et ceux, nous dirons les « conservateurs », qui, consciemment et volontairement, veulent reproduire le système existant, les adeptes et « théoriciens » du changement ont une conscience aigue de ce changement … ils théorisent ce changement, voire ils le « modélisent ». A partir de là deux attitudes apparaissent :

- celle qui consiste à utiliser les formes légales proposées par le système, formes qui renvoient toujours à sa gestion… autrement dit, qui ne changent rien,
- celle qui consiste à « penser » le nouveau système, à partir de valeurs, d’aspirations, de principes et à en exiger l’instauration immédiate… « il n’y a qu’à ! »

La première attitude conçoit un Changement par, essentiellement, le changement du personnel politique à la tête de l’Etat. Il est fait l’hypothèse que, par petites touches, le système dans son ensemble va qualitativement se transformer en un autre système ( ?). Toutes les expériences, sans exception, ont montré que cette méthode, si elle atténue, ou peut atténuer conjoncturellement, les conséquences du fonctionnement du système marchand, n’aboutit jamais à un changement radical… et ceci est surdéterminé aujourd’hui par la mondialisation qui relativise le pouvoir des Etats-Nation.

La deuxième attitude consiste à nier globalement, à exiger l’abolition immédiate et radicale du système marchand et à appeler à l’élaboration d’un autre système dont on énonce simplement les principes.

Si la première attitude peut-être qualifiée de, finalement, conservatrice, la seconde comporte une bonne dose d’incantation magique.

Entre les deux, bien sûr, des nuances avec, à terme, il suffit de voir l’évolution des organisations et des individus, un ralliement à l’une ou à l’autre.

Le « changement » est posé, dans tous les cas, en terme de « pouvoir » et exclusivement en terme de « pouvoir »… au point que la finalité du changement semble être la « prise du pouvoir » .

Comment en est-on arrivé à une telle dérive ? Deux explications, liées entre elles, peuvent être avancées :

- le système marchand s’est bâti sur une ambiguïté qui n’a jamais été relevée : l’instrumentalisation de l’individu (salariat) et son statut de citoyen (voir l’article DECADENCE). Cette situation a rationalisé le système au point de le rendre aux yeux de tous indépassable.
- le rôle de l’idéologie de la « démocratie marchande » qui a su imposer comme incontournable un système de fonctionnement politique qui assure la reproduction du système politique (la fameuse « alternance » à laquelle la classe politique tient tant… et pour cause).

Ainsi le « sens » de l’Histoire a été complètement oublié au profit d’une illusion réformatrice.

Le retour à l’Histoire

A y regarder de près, le passage d’un système à un autre ne se fait pas par la simple « conquête du pouvoir » qu’elle soit légale ou violente.

Que le pouvoir joue un rôle important dans l’Histoire, c’est une évidence, mais contrairement à une croyance bien ancrée, elle n’est que l’aboutissement d’un processus. Exemple : la bourgeoisie commerçante ne prend pas véritablement le pouvoir en France le 14 juillet 1789… en fait elle le prend, ou du moins elle le prépare, durant les 8 siècles qui ont précédé cette date. La Révolution Française n’est que l’aboutissement politique de l’établissement d’un système qui a miné (économiquement, moralement et idéologiquement) l’Ancien régime au point de le rendre incohérent et insupportable. Ce qui prime donc, ce n’est pas la « prise du pouvoir » en elle-même, mais le « sens » qu’elle a au regard des nouveaux rapports sociaux qui sont susceptibles de « prendre le relais » des anciens. C’est la maturité économique, politique et idéologique de ces nouveaux rapports qui crée les conditions historiques du changement… se pose alors, et seulement alors, le problème de la prise institutionnelle du pouvoir politique.

A contrario l’Histoire montre qu’une prise du pouvoir, qu’elle se fasse de manière légale ou violente, indépendamment de ce que je viens d’appeler les conditions historiques, est vouée à l’échec… l’exemple le plus significatif est l’exemple soviétique, mais on peut prendre aussi le cas de Lula au Brésil et de multiples autres exemples de l’arrivée de la gauche au pouvoir.

La transition d’un système à un autre système, autrement dit le « Changement », l’illustration de « Un autre monde est possible » (slogan « marketing », aujourd’hui sans contenu et purement mythique) ne peut s’envisager que dans cette problématique. Ceci veut dire que l’on ne peut pas improviser le changement ou le considérer comme quelque chose qui « va de soit » une fois que l’on a accédé au pouvoir. Ceci veut dire que si l’Homme est acteur de l’Histoire il ne l’est pas n’importe comment et pas dans n’importe quelles conditions.

La tâche actuelle n’est donc pas d’user ses forces dans des opérations médiatico-électorales, au cours desquelles les déclarations ne sont que des incantations plus ou moins gratuites (encore que ça coûte cher en énergie et en argent), mais d’œuvrer à la mise en place de pratiques sociales, de relations sociales et de les fédérer en vue d’un projet global.

Concrètement ça veut dire quoi ? Tout simplement (si j’ose dire) qu’il est temps d’avoir des pratiques sociales nouvelles, en conformité avec les valeurs que nous proclamons et véhiculons. Des pratiques de production, de consommation, d’échange et même de luttes (Voir l’article DROIT DE GREVE ET SERVICE PUBLIC) qui prouvent deux choses : l’absurdité et la malfaisance du système marchand, mais aussi la validité concrète des valeurs et des principes que nous proclamons. Ces pratiques existent localement et même mondialement mais elles ne sont jamais prises en considération dans une stratégie politique, elles ne sont pas fédérées pour constituer une stratégie de changement, elles ne servent que d’illustrations exotiques à des discours grandiloquents sans véritable portée.

Développer ces actions, penser ces actions, fédérer ces actions devraient constituer l’essence même d’une véritable politique de changement. Alors oui, « un nouveau monde » ne sera pas un vœux pieux mais pourra devenir une réalité.

Patrick MIGNARD


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