La planète bientôt climatisée (2)

Les technologies de modification du temps : le marché prometteur de XXIème siècle ?
jeudi 16 août 2007
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La « géoingénierie » est une nouvelle technologie, à l’origine étroitement liée au secteur militaire. Le physicien John Von Neumann commença à travailler sur les manipulations climatiques juste après la seconde guerre mondiale. À la fin des années quarante, le Département de la Défense américain investit dans ce domaine dans le cadre d’une « guerre de l’ombre » contre l’Empire soviétique, pour provoquer notamment des sécheresses susceptibles d’anéantir ses récoltes.

En 1967, le projet « Popeye » appliqué au VietNam réussit à prolonger la saison des moussons en ensemençant les nuages avec de l’iodure d’argent pour détruire les cultures de l’ennemi, empêcher le mouvement de ses troupes et leur ravitaillement le long de la piste Ho Chi Min.

À la même époque, on commençait d’utiliser la même technique dans le secteur agricole pour augmenter localement les précipitations. Depuis les années cinquante, les sociétés privées de modifications du temps se sont multipliées (parmi les plus anciennes aux Etats-Unis : Atmospherics Inc., créée en 1960, ou TRC North American Weather Consultants). Plus d’un millier de projets ont été déposés aux Etats-unis et dans d’autres pays du monde depuis plusieurs décennies.

Les Chinois, champions dans ce secteur, possèdent un Bureau de modification du Temps (dépendant de l’administration météorologique chinoise), dont la préoccupation actuelle est de garantir un temps idéal pour les Jeux Olympiques de Pékin en 2008. Quant au président russe Poutine, il se vante de préparer un soleil radieux lors de chaque grande manifestation officielle. Selon l’Organisation météorologique mondiale (OMM), plus de cent projets de modification artificielle du temps sont mis en œuvre aujourd’hui par plusieurs dizaines de pays.

Mais ces manipulations climatiques semblent très anodines comparées à celles qui sont à l’étude au niveau planétaire. Les deux principales institutions impliquées dans ces programmes de géoingénierie sont le Lawrence Livermore National Laboratory et l’université de Stanford (Californie), dont Edward Teller, le père de la bombe H, considéré comme l’un des savants les plus brillants du XXe siècle, resta le directeur émérite jusqu’à sa récente disparition.

La géoingénierie globale ou la manipulation climatique à l’échelle planétaire

« La politique actuelle sur le climat semble ne pas fonctionner. Nous ne disons pas que nous avons la baguette magique, mais c’est une situation désespérée et les gens devraient commencer à penser à des moyens non conventionnels. Des projets préventifs à grande échelle sont nécessaires ».

PR John Schellnhuber, responsable du principal groupe de scientifiques du climat britannique, cité in The Guardian 11 janvier 2004. C’est nous qui soulignons.

Les appels au recours aux technologies de modifications artificielles du climat se

multiplient depuis plusieurs années. Ainsi, James Hansen estime que «  Nous devons stabiliser les émissions de CO2 en moins de dix ans, sinon les températures augmenteront de plus de un degré. Elles seront plus élevées que celles que nous connaissons depuis cinq cent mille ans, et beaucoup de choses ne pourront plus être stoppées. Si nous voulons éviter cela, nous devons dès maintenant mettre en œuvre les nouvelles technologies (…) Il nous reste peu de temps pour agir ». Le PR Schellhuber pense que la géoingénierie offre des options beaucoup plus réalistes, plus efficaces et moins coûteuses que les mesures fixées par le protocole de Kyoto.

Dès 1997, dans un article du Wall Street Journal, Edward Teller, l’un des plus ardents défenseurs du projet « La guerre des étoiles » (et l’inspirateur du personnage du « Docteur Folamour » de Stanley Kubrick), préconisait d’utiliser les grands moyens pour refroidir la planète. Son « projet Manhattan pour la planète » consiste à créer autour de la terre un énorme bouclier chargé de détourner les rayons du soleil pour stabiliser le climat. Cet écran solaire géant coûterait moins d’un milliard de dollars par an - moins que les mesures imposées par le protocole de Kyoto. Selon les calculs de Teller, un million de tonnes de particules d’aluminium et de soufre feraient chuter l’insolation terrestre de 1%, contrebalançant ainsi l’effet de serre. Les climatologues russes de l’Institut du climat mondial et de l’Ecologie préconisent des mesures similaires.

Ces idées, déjà anciennes, ont été réactivées par les résultats d’études sur les conséquences de grosses éruptions volcaniques comme celles du El Chichon en 1982 : les particules de dioxyde de soufre (SO2) crachées par les volcans dans l’atmosphère font chuter significativement la température terrestre pendant quelques semaines, voire plusieurs années. Ainsi, l’éruption du Pinatubo (Indonésie, 1991) a fait baisser les températures au sol d’environ 0,5 °C en moyenne pendant plusieurs mois. Cela a correspondu en réalité à des refroidissements importants dans certaines régions, et des réchauffements dans d’autres, comme l’Europe du Nord. En 1992, l’Académie nationale des sciences américaines envisageait dans un article d’utiliser les avions de ligne pour combattre le réchauffement climatique (« Policy implications of Greenhouse Mitigation, Adaptation and the Science Base »).

L’utilisation de la géoingénierie est le moyen de permettre aux pays développés de ne rien changer à leur mode de vie. C’est ce que sous-entendait Colin Powell lors du Sommet sur le développement de 2002, au cours duquel il avait réitéré le refus des Etats-Unis de ratifier le protocole de Kyoto. Il avait alors révélé que les Etats-Unis étaient engagés « dans des actions pour satisfaire les défis environnementaux, y compris le changement climatique global, et pas seulement dans des rhétoriques », précisant qu’ils avaient déjà « des milliards de dollars dans des technologies de pointe » beaucoup plus efficaces que les mesures préconisées par ce protocole (2). Le Centre national américain des recherches atmosphériques estime, lui aussi, que le moyen le plus efficace de réduction du réchauffement global est l’épandage par des avions de composés d’aérosols (particules en suspension dans l’air) réfléchissant une partie des rayons solaires dans l’atmosphère.

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Le marché de la géoingénierie est un marché très prometteur. D’autant que le rapport Stern (octobre 2006) commandité par le chancelier de l’Echiquier britannique, a annoncé une récession économique "d’une ampleur catastrophique" si rien n’était rapidement engagé à l’échelle planétaire contre l’effet de serre : le produit intérieur brut mondial (PIB) pourrait baisser de 5 à 20 % d’ici à 2100, entraînant un coût dépassant 5 500 milliards d’euros.

Roger Higman de Greenpeace, qui estime comme les autres spécialistes que « le changement climatique représente la plus grande menace environnementale que nous devons affronter », pense que les solutions technologiques ne doivent pas être utilisées comme excuse d’avoir failli dans la réduction des gaz à effet de serre.

(À suivre...)


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