« On n’éteint pas le soleil en tirant dessus »

L’anti-meeting non-violent pour Rémi Fraisse aux portes de Toulouse
mardi 27 octobre 2015
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Elle est venue incognito. Cécile Duflot a fait le déplacement aux portes de Toulouse pour le premier anniversaire de la mort de Rémi Fraisse, tué à L’Isle-sur-Tarn le 25 octobre 2014. L’ancienne ministre écolo n’a fait aucun discours et refusé toute interview à Plaisance-du-Touch, la petite commune où vivait le jeune homme et sa famille.

Comme la plupart des 300 participants au pique-nique improvisé au bord du lac, elle pensait se rendre à Sivens, sur le site-même du projet de barrage si contesté. Mais le spectre de la violence rôde toujours, un an après, sur les berges désormais rasées de la rivière Tescou. La manifestation a été interdite dans la semaine par Maryline Lherm, maire (DVD) et conseillère départementale de la petite ville tarnaise, prétextant une contre-manifestation annoncée par les agriculteurs pro-barrage de la FDSEA. Une décision difficile à accepter pour la famille du jeune homme, qui a décliné l’offre de l’élue de venir se recueillir en solitaire, encadrée par les forces de l’ordre. « J’ai fait un rêve. Que plus jamais la France ne se blesse avec une grenade offensive » lance Jean-Pierre Fraisse au micro. Le père du jeune homme est visiblement ému, mais très digne. La veille au soir, il assistait déjà avec l’ancienne petite amie de son fils à l’action symbolique organisée par France Nature Environnement. L’association où militait Rémi a projeté des renoncules, la petite fleur étudiée par le jeune naturaliste, sur les murs du palais de Justice. L’image a donné le ton au rassemblement pacifiste et bucolique de Plaisance-du-Touch. Les prises de parole qui se sont succédé après une minute de silence tenaient davantage de la célébration, œcuménique et laïque, que du meeting politique. La revendication se veut poétique, comme en témoigne la grande banderole déployée en arrière-fond : « on n’éteint pas le soleil en tirant dessus ».

la non-violence en question

Dans le public majoritairement familial, quelques jeunes tatoués venus avec leurs chiens et leur fourgon bricolé en camping-car pirate estiment visiblement que le pacifisme revendiqué par les organisateurs et la famille ne suffit pas. Certains tentent de convaincre l’assistance de rejoindre Sivens, où la manifestation interdite est autorisée in-extremis par la préfecture du Tarn, sous une forte mais discrète escorte policière. « On ne va pas céder face aux pro-barrage », plaide un jeune activiste qui estime que le cadre trop bucolique du lac de Plaisance contribue à « dépolitiser le contexte ». Il fait le tour des groupes qui finissent leur pique-nique pour leur proposer de défiler nu face aux gendarmes. Un autre, passablement alcoolisé, veut aller se battre. « Mais on attendra de prendre les premiers coups pour riposter. On sera en légitime-défense, tout sera filmé pour le prouver » dit-il, en reprenant... un coup de rouge.

Distribuant la parole au micro, Pascal Barbier, élu municipal d’opposition au maire (PS) de Plaisance-du-Touch, veille au grain. « Rémi était un non-violent convaincu », rappelle cet ami de la famille Fraisse. Les avocats de la famille sont venus dire leur crainte de voir l’enquête judiciaire se solder par un non-lieu. « Il n’est pas normal que l’enquête sur les gendarmes soit confiée à la gendarmerie », plaide Maître Claire Dujardin. Son confrère évoque la mémoire de Vital Michalon, mort en 1977 lors d’une manifestation anti-nucléaire à Creys-Malville. « Sa famille n’a jamais su la vérité, j’espère que cette fois, l’État assumera ses responsabilités », dit Maître Arié Alimi, venu de Paris. Le toulousain Jean-François Mignard, récemment élu n°2 de la Ligue des Droits de l’Homme, présente son rapport sur la mort de Rémi Fraisse. Il stigmatise « la violence avérée, quasi martiale des forces de l’ordre » face à « la violence supposée des zadistes ». « Refuser la violence, ce n’est pas s’y soumettre » plaide enfin un jeune militant venu de Notre-Dame-des-Landes.

Suspendu au téléphone pour suivre à distance la situation à Sivens, Ben Lefetey, porte-parole du collectif d’associations opposées au barrage, ne prendra pas le micro. Il cède volontiers la place à l’un des anciens grévistes de la faim de Sivens qui lira un dernier poème de Jean-Baptiste Libouban, ancien compagnon de Lanza del Vasto sur le Larzac et initiateur des Faucheurs Volontaires. José Bové, initialement annoncé, a préféré renoncer au déplacement. Mais on pourrait revoir bientôt le député européen à Plaisance-du-Touch. Un projet de centre-commercial géant cristallise en effet les oppositions sur cette petite commune verdoyante de la banlieue toulousaine. Jean-Pierre Fraysse, Conseiller municipal d’opposition, figure parmi les opposants résolus à ce qui est présenté comme un nouveau « grand projet inutile ». Par respect pour le père de Rémi qui ne souhaitait pas faire de politique dimanche, son ami Pascal Barbier s’est contenté d’une brève allusion à ce projet baptisé Val Tolosa.

« Il faut souhaiter que plus jamais, la violence ne soit utilisée pour se défendre » a conclu l’animateur du rassemblement de Plaisance-du-Touch. De quoi rassurer partiellement le président (PS) du Conseil départemental de la Haute-Garonne, qui redoute d’ors et déjà un « Sivens puissance dix » aux portes de Toulouse.

(Illustration : Pascal Barbier (à gauche) et Jean-François Mignard, secrétaire national de la Ligue des Droits de l’Homme)

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