La fabrication du mort vivant

lundi 31 août 2015
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Par André Gorz

Ce n’est pas d’aujourd’hui, hélas, que l’on dénonce la fabrication du mort vivant qui atteint maintenant l’espèce humaine au moyen de la reproduction artificielle, de la marchandisation des gamètes, des embryons, des utérus et de l’eugénisme technologique. Dans son numéro 2 de l’été 2002, In extremis, éphémère bulletin de critique anti-industrielle, écrivait ainsi :

« L’exemplarité de la Recherche sur les manipulations génétiques tient à ce qu’elles visent directement à rendre impossible la reproduction autonome du vivant (semences agricoles, reproduction animale), tandis que la reproduction humaine est déjà sous le contrôle des appareils de l’ingénierie biologique et de plus en plus finalisée par elle. Réduit au rôle de réceptacle et de porte-greffe de l’industrie médicale, l’individu est sommé d’accepter son statut de créature de la société industrielle : une marchandise produite dans l’usine-laboratoire-monde. Ces menées scientifiques expriment ainsi crûment et en accéléré l’axiome du totalitarisme industriel : la dépendance de tous les aspects de la vie à l’égard de la machine sociale s’accroît en proportion des développements technologiques modernes et ce, quelles que soient les intentions qui président à leur mise en œuvre (profit, idéologie progressiste, contrôle étatique). »

L’année suivante, en 2003, le philosophe André Gorz consacre un chapitre de L’Immatériel (éditions Galilée) aux progrès de l’inhumain, de l’intelligence artificielle à la vie artificielle, de l’homme-machine aux machines humaines et aux manipulations génétiques. « Il s’agit de rien de moins que d’industrialiser la (re)production des humains de la même façon que la biotechnologie industrialise la (re)production des espèces animales et végétales pour finir par substituer des espèces artificielles, créées par ingénierie génétique, aux espèces naturelles. L’abolition de la nature a pour moteur non le projet démiurgique de la science mais le projet du capital de substituer aux richesses premières, que la nature offre gratuitement et qui sont accessibles à tous, des richesses artificielles et marchandes : transformer le monde en marchandises dont le capital monopolise la production, se posant ainsi en maître de l’humanité. »

Le temps qui a rendu ces analyses plus vraies que jamais ne les rend pas pour autant audibles aux sourds et aux malentendants forcenés du « désir d’enfant ». Qu’ils soient stériles par nature (couples homosexuels), ou victimes de la pollution endémique du milieu. Leur désir individuel qui s’accorde si bien aux intérêts du techno-capitalisme doit primer sur l’intérêt général quelle que soit la dégradation sociale et humaine qui en résulte.

Il est vrai que l’alliance entre libéraux et libertaires, que l’on peut observer ici sur le vif, repose sur un programme en trois points aussi crus qu’impitoyables : mon cul, ma gueule, mon nombril.

Pour lire le chapitre d’André Gorz sur le déshumain, ouvrir le document ci-dessous.

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Brèves

Nouvelle convocation José Bové au tribunal d’instance

samedi 8 décembre 2007

Reçu du "Collectif des faucheurs Volontaires Rhône-Loire"

José se retrouve à nouveau devant la JAP lundi 10 décembre au matin, il faut à nouveau tous être présents pour soutenir la fin de toutes les condamnations contre les militants anti-OGM.

RAPPEL :

Lundi 12 novembre, José Bové est ressorti libre du bureau de la juge d’application des peines du tribunal de Millau. La magistrate et le porte-parole des Faucheurs volontaires ont discuté de la façon dont celui-ci pourrait accomplir la peine que lui a infligée la cour d’appel de Toulouse le 15 novembre 2005 : quatre mois de prison ferme, en tant que récidiviste, pour avoir participé au fauchage d’un champ de maïs transgénique le 25 juillet 2004 à Menville (Haute-Garonne).

En droit, la juge pouvait placer M. Bové sous bracelet électronique, mesure que le leader paysan avait par avance rejetée. Ce refus aurait pu justifier sa mise en détention immédiate. Selon son avocat, Me François Roux, José Bové a indiqué qu’il acceptait un aménagement de sa peine, qui pourrait prendre la forme de "jours amendes". La juge l’a convoqué le 10 décembre, pour un débat contradictoire avec le procureur.

cactus pubis

samedi 24 novembre 2007

Au poil !

Un cactus sur lequel poussent des poils pubiens ?

Voilà qui ne manque pas de piquant. Cette œuvre conçue par Laura Cinti est l’une des pièces phares du Festival international des sciences d’Edimbourg, en Ecosse. Pour réaliser The Cactus Project, l’artiste “transgénique” dit avoir introduit du matériel génétique humain dans le génome d’une cactée.

En 2000, l’artiste brésilien Eduardo Kac avait déjà exposé un lapin transgénique vert fluorescent, doté d’un gène de méduse. Si le directeur du Scottish Arts Council – l’ancien évêque d’Edimbourg – a quelques réserves en ce qui concerne la manipulation d’animaux, l’œuvre de Laura Cinti ne lui pose pas de problème éthique. “Faire pousser des poils pubiens sur un cactus ne fait de mal à personne”, estime-t-il.

courrierinternational