Festival de Cannes : la banquise dans tous ses états en clôture

lundi 25 mai 2015
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Luc Jacquet, une mouette pour compagnie, jeudi à Cannes - Photo : Franck Tomps/l’atelier du jour pour le JDD

Par Stéphanie Belpêche

Hors Compétition - Pour son nouveau documentaire, La Glace et le Ciel présenté dimanche soir en conclusion du Festival, Luc Jacquet est retourné en Antarctique, sur les traces de Claude Lorius.

Des banquises de l’Antarctique au tapis rouge du Festival de Cannes. Voilà à quoi on reconnaît un véritable aventurier. Dimanche soir, Luc Jacquet dévoile au terme de la cérémonie de clôture son nouveau documentaire, La Glace et le Ciel. Le portrait de Claude Lorius, glaciologue âgé de 83 ans, le premier qui a constaté une concentration anormale du gaz à effet de serre dans l’atmosphère. Alternant documents d’archives et prises de vues dans la nature, le long métrage, à vocation pédagogique, raconte l’incroyable destin du scientifique qui a apporté la preuve irréfutable que l’homme était directement responsable du réchauffement de la planète, après un forage en terre Adélie. La force du récit, c’est son accessibilité et cette manière avec laquelle le réalisateur rend compte d’une passion, vulgarise les faits avec un commentaire précis et clair. Sans oublier le cinéma : Luc Jacquet favorise une mise en scène impressionniste et contemplative pour la partie contemporaine, laisse simplement s’exprimer la beauté des paysages. Rencontre avec le réalisateur sous le soleil de la Croisette.

L’histoire commence le 31 octobre 1956, lorsque Claude Lorius part en expédition en Antarctique. Le voyage à lui tout seul dure quatre mois ! Claude a 23 ans quand il appareille pour le bout du monde. Pendant un an, il va vivre en autarcie à la station Charcot, un terrier de 24 m² où tout ravitaillement est impossible. Ce pionnier ignorait ce qui l’attendait. Un jour, il a mis un morceau de carotte de glace datant de quinze mille ans dans son verre de whisky. Des bulles d’air fossile, retenues prisonnières dans cette matière dense, se sont échappées à mesure que le bloc fondait. Il s’est alors rendu compte qu’il s’agissait de témoignages inestimables du climat du passé. Il a retrouvé la trace des radiations d’Hiroshima et de Nagasaki dans les micro-échantillons.

Comment avez-vous déniché les images d’archives ?

Quasi toutes les missions de Claude ont fait l’objet d’une captation. Il m’a donné accès à ses films, on a retrouvé dans son laboratoire à Grenoble des pellicules qui n’avaient jamais été développées en trente ans. J’ai compilé les documents américains et russes, effectué un travail de restauration car certains négatifs étaient moisis ou rayés. J’ai passé le plus clair des quatre années de travail sur ce projet singulier à fouiller dans des cartons. Le montage a été un défi colossal. Je n’ai utilisé que le centième du matériau dont je disposais. Je ne voulais pas mettre en scène un documentaire traditionnel, mais incarné et relaté par Claude, avec qui je me suis entretenu pendant des heures.

Qu’avez-vous appris à son contact ?

Que des gens sont prêts à se battre, voire à mourir, pour transmettre au monde des connaissances essentielles. Durant son séjour à Charcot, il a failli y passer, intoxiqué au monoxyde de carbone. Les premiers secours étaient situés à 300 km de là. Constatant le silence radio, ils ont cru qu’il était trop tard. Claude m’a confié les clés de sa postérité, une énorme responsabilité. J’avais peur de le trahir. Quand il a découvert le long métrage, il a fondu en larmes.

Comment s’est passé votre retour en Antarctique ?

Quand je suis parti la première fois en 1991, j’ai connu un choc. J’y suis resté quatorze mois et j’ai mis un an à m’en remettre. J’étais en décalage avec la société. La solidarité s’impose quand on est coupé du monde extérieur et bien forcé de cohabiter avec un groupe. On n’a plus d’argent, de clés, aucun accès aux informations, le temps paraît infiniment long. Sans parler de la promiscuité. Quand vous vous retrouvez bloqué durant une semaine et que vous en venez à faire vos besoins dans un sac poubelle devant les potes, je vous assure que vous relativisez ! Mais l’Antarctique, c’est aussi la liberté, la pureté, l’authenticité, l’émerveillement. C’est une addiction, malgré le danger. Un soir, je suis sorti quelques instants. Soudain, plus aucune visibilité. J’ai retrouvé mon chemin par miracle. Si j’avais pris le mauvais côté, c’était fini pour toujours. Mais un crépuscule sur un champ d’icebergs, ça ne s’oublie pas.

La Glace et le Ciel , de Luc Jacquet, avec Claude Lorius. 1h29. Sortie le 21 octobre.

lejdd.fr


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