Le Rhône menace nos belles centrales nucléaires

jeudi 30 avril 2015
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Par Fabrice Nicolino

En visite en Suisse la semaine dernière, Hollande a discrétos pleurniché dans le col des indigènes locaux. Il y a le feu au lac (Léman), car la Suisse retient l’eau du Rhône, vitale pour les quatorze réacteurs nucléaires de sa vallée ? Une guerre de l’eau qui ne dit pas son nom.

Tout le monde s’en cogne, il est vrai, mais notre intrépide Hollande vient de passer deux jours – les 15 et 16 avril – dans la Confédération Suisse, en visite d’État. Accompagné, tiens, de madame Royal, son ancienne dulcinée. Mais pourquoi ? Comme l’indiquent les gazettes officielles, pour discuter fiscalité, travailleurs transfrontaliers et négociation climatique. En marge et dans les coulisses, on a entendu en tendant l’oreille une tout autre musique.

En fait, nos chéris du pouvoir ont affreusement les jetons, car notre nucléaire national manque de flotte. Or, sur les cinquante-huit réacteurs français, quatorze tirent leur eau de refroidissement du Rhône : ceux de Bugey (quatre), de Saint-Alban (deux), du Cruas (quatre), enfin du Tricastin (quatre). En moyenne, pour chacun d’entre eux, il faut trouver entre 900 et 1 900 millions de mètres cubes d’eau chaque année. Colossal. S’il en manque, la production électrique baisse et les rejets transforment le Rhône en fleuve tropical. Bien embêtant, car les décrets encadrant le nucléaire fixent des normes de température de l’eau au-delà desquelles EDF est obligé de stopper le réacteur.

On passe bien des détails charmants sur les charlatans de l’atome pour en arriver au point clé. Tendanciellement, la température du Rhône augmente : entre 1977 et 2003, elle a gagné 1,5 degré en moyenne juste en amont de la centrale nucléaire du Bugey, et même trois en certains points de l’aval. La faute très vraisemblablement au dérèglement climatique. Des projections envisagent – d’ici à quinze ans - une diminution de 20 à 50 % de la durée d’enneigement dans les Alpes du Sud et de 10 à 15 % dans le nord, à 1 800 mètres d’altitude. Avec, dans tous les cas, des sécheresses accrues en été.

Comme il n’a jamais été question de froisser les surpuissants du nucléaire, il a bien fallu inventer autre chose. En 2003, en 2006, en 2011, sous Chirac comme sous Sarkozy, on a donc généreusement accordé des dérogations à EDF, qui lui ont permis de rejeter des eaux de plus en plus chaudes dans le fleuve, et d’ailleurs dans tous les autres. Mais ça ne suffit plus, et c’est là que nous retrouvons notre héros galactique, François Hollande. Fin mars, Ségolène Royal reçoit à Paris la ministre de l’Environnement Suisse, Doris Leuthard. À la stupéfaction de cette dernière, Royal aborde la question du débit du Rhône. Le 13 avril dernier, le président du Conseil National Suisse, Stéphane Rossini, est en visite en France. Rebelote : de manière évidemment coordonnée, nos députés l’interrogent sur la « gouvernance du Rhône ». Le mot est certes une tarte à la crème, mais signifie que la France est furax.

L’explication est très simple : on a frôlé le black-out – une passe géante – au cours de l’été 2011. Certaines centrales étaient au bord d’arrêter les machines au moment même où la demande électrique – la clim’ notamment – demeurait importante. D’où l’épouvante pure et simple des ministres et du président, car, désormais toute année chaude est une menace pour le puissant château de cartes nucléaire. Et, comme chacun sait, la bouilloire climatique n’est pas près de se calmer. En 2011 la Suisse avait privilégié le niveau du lac Léman – traversé d’est en ouest par le Rhône – grâce au barrage du Seujet, à Genève. Au détriment de nos centrales nucléaires, qui avaient tant besoin de l’eau du Rhône. Où l’on voit que la crise de l’eau ne concerne pas seulement l’Inde, la Chine, l’Égypte, l’Irak ou la Syrie – entre autres – mais la France également, par la grâce de choix nucléaires faits dans notre dos il y a quarante ans.

Pourra-t-on abattre le monstre un jour prochain ? Pour donner une idée de la puissance du lobby nucléaire, s’en remettre au rapport escamoté de l’ADEME, l’Agence De l’Environnement et de la Maîtrise de l’Énergie. En deux mots, une étude à estampille officielle rapporte que la France pourrait vivre avec 100 % d’énergies renouvelables en 2050. À un coût moindre que le nucléaire, qui engloutit les pertes par milliards d’euros et nous menace de mort.

Sympathique comme toujours, Royal ministre de tutelle de l’ADEME, vient d’en empêcher la publication. On ne la remerciera jamais assez.(Rapport à consulter tout de même sous cet article grâce aux bons soins de Mediapart)

Fabrice Nicolino

Charlie Hebdo N° 1187 du 22 avril 2015

le rapport 100% énergies renouvelables


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