Du parler gnangnan à la censure

jeudi 9 avril 2015
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Par Robert Chaudenson

Je m’amuse toujours de voir la binette des vedettes du Figaro en pensant au monologue de Figaro, le vrai, qui y déclare « Pourvu que je ne parle en mes écrits ni de l’autorité, ni du culte, ni de la politique, ni de la morale, ni des gens en place, ni des corps en crédit, ni de l’Opéra, ni des autres spectacles, ni de personne qui tienne à quelque chose, je puis tout imprimer librement, sous l’inspection de deux ou trois censeurs ». La vérole de la censure a même atteint désormais les sites de blogs, sans trop de mal d’ailleurs grâce aux Anastasies robotisées qui dispensent même de lire et de comprendre les textes censurés !

Je ne sais quel humoriste patenté (Mr Leeb peut-être) racontait, je ne sais où, qu’il ne pourrait plus aujourd’hui, faire les plaisanteries, qu’on peut juger racistes, qu’il faisait il y a dix ans, en imitant des accents africains ou asiatiques. La plupart des humoristes (Patrick Timsit par exemple) soulignent et souvent déplorent les effets de la pudibonderie actuelle (ce terme est inexact mais je n’en ai pas d’autre) qui finit par confiner au ridicule. Antoine de Caunes note, lui aussi, que bien des plaisanteries de l’époque de « Nulle part ailleurs » (époque Gildas) ne seraient plus admises dans l’actuel « Grand journal » de Canal+ où il officie, en se pliant lui même à ces diktats ; cette chaîne et surtout cette émission que j’ai regardée autrefois avec une certaine régularité, m’affligent de plus en plus par la recherche du jeunisme et un culte cupide de l’audimat donc de la publicité.

Notre société évolue, mais de façon infiniment plus injustifiée et plus stupide, comme celle de la monarchie absolue où le sommet de l’art littéraire était de pouvoir dire ce qu’on voulait sans être mis à la Bastille. Un exemple. Je n’entamerai pas ici la défense du noble mot « nègre » car je l’ai déjà fait et il se trouve illustré dans notre littérature par nos plus grands auteurs, comme Voltaire ou Montesquieu, même s’il déplaît désormais à la Licra ou à quelque association de la même farine (blanche sans doute…) qui n’ont sans doute pas ces lectures ! Les raisons d’un tel ostracisme m’échappent et je ne les ai jamais vu exprimées clairement, sans doute par incapacité intellectuelle de le faire. Si nos beaux esprits si sensibles, le plus souvent à tort, sur le terrain du racisme veulent aller jusqu’au bout de leurs opinions et envisager enfin des solutions plus radicales (j’ai failli les qualifier de « finales » mais gare aux procès !), je vais donc les aider pour m’éviter les foudres de la justice.

Je leur suggère d’exercer leur censure, non sur les occurrences et les textes mais, en amont, sur le vocabulaire français lui-même. Il suffit en effet d’exclure de tous les ouvrages lexicographiques français les mots qui leur paraissent exhaler le moindre parfum de racisme ou même simplement de condescendance sociale. Le processus est d’ailleurs déjà engagé depuis longtemps, dans le « parler gnangnan », sans être hélas officialisé, puisque les balayeurs sont déjà des « techniciens de surface », les facteurs des « préposés », les sourds des « malentendants » et les aveugles des « non voyants » ! Hélas, la sanction officielle d’exclusion des dictionnaires n’a pas été prise ! En outre, les cons n’ont pas de dénomination plus décente dans ce « parler gnangnan » ! Rien de plus simple que de faire disparaître des dictionnaires le mot « nègre » qu’on juge insultant voire raciste, ce qui n’est pas son cas dans d’autres langues comme l’anglo-américain des Afro-Américains des États-Unis ou les parlers créoles français où les mots comme « nèg » ou « kaf » sont dépourvus de toute connotation péjorative et sont même amicaux voire tendres. Il y a bien longtemps, Suzanne, la « nénaine » de ma fille Sophie, alors bébé, l’appelait joliment « mon ti kaf roz » (« mon petit Cafre rose ») !

Pour ne pas allonger démesurément ce blog, dont le propos et la finalité paraissent tout à fait clairs, je signale toutefois que se pose un problème lexical et sémantique dans la mesure où bon nombre de « mélanodermes » ne sont pas des « nègres » ; cela conduit à écarter d’emblée comme synonyme pudique de « nègre » le mot « noir » dont on use sans cesse en ce sens ; par exemple, les Tamouls ou les Kanaks, sans chercher plus loin, sont aussi noirs que les Africains mais ne sont en rien des « nègres » ! Je pense qu’il faudrait donc ajouter, en premier lieu, à nos multiples commissions officielles de terminologie (il y en a autant que de ministères donc une bonne vingtaine) une autre commission, transversale et paritaire celle-ci, qu’on pourrait nommer « Commission nationale de l’épuration linguistique ou lexicale », ce qui a l’avantage de donner dans les deux cas le même sigle CNEL, ce qui vous montre à quel point je coopère à une action si nécessaire, si urgente et si salutaire !

Je pense d’ailleurs qu’il faudrait, préalable indispensable à la mise en place de cette CNEL, créer une autre commission nouvelle (ou peut-être une Agence ou un Office), en amont, dont la composition serait plus délicate, car il faudrait qu’y soient représentés tous les groupes ou toutes les catégories sociales et professionnelles qui peuvent être concernés par cette question capitale et préalable de la stigmatisation. On peut par exemple supposer que les vidangeurs souhaiteraient se voir débarrassés d’une telle dénomination, inévitablement évocatrice de fâcheuses pestilences et d’insupportables remugles, mais on ne saurait, en revanche, substituer, sans réflexion et concertation, un autre terme à ce si fâcheux terme « vidangeur » sans avoir préalablement recueilli le sentiment et l’avis de cette honorable corporation. Des « États Généraux » voire un « Grenelle » seraient donc sans doute un préalable indispensable à la création d’une nouvelle institution.

Comme aimait à le dire le général De Gaulle, à propos de l’élimination des cons, sur des sujets plus graves il est vrai mais pas forcément plus importants : « Vaste programme ! ».

blogs.mediapart.fr


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