Banquiers et politiciens peuvent-ils se corrompre mutuellement ?

La preuve scientifique que oui
lundi 30 juin 2014
par  Luc Douillard
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La corruption, l’influence occulte, la familiarité et les conflits d’intérêts sont-elles des matières premières cotables en bourse ? Il semble bien que oui ! À l’heure où la haute administration Hollande voit se multiplier les passages entre fonction publique et secteur privé, au risque de conflits d’intérêts, et de consanguinité dans la même vision idéologique « ordo-libérale », il serait dommage de louper un petit article de Thibault Gajdos, "Le banquier et le politique", paru ce vendredi 27 juin 2014 dans le supplément « Eco & entreprise » du journal Le Monde.


Ce chercheur au CNRS y revient sur une récente étude américaine qui s’est fixé comme but de se pencher sur un cas d’école : il s’agissait pour ces chercheurs (du Massachusetts Institute of Technology) de déterminer si la désignation de Timothy Geithner, nommé secrétaire d’État au Trésor dans la première administration Obama, avait pu créer des avantages pour les entreprises financières avec lesquelles il avait été auparavant en contact. D’où étude précise de son agenda de rendez-vous avec des dirigeants d’entreprises durant deux années, de proximité géographique de son bureau avec des sièges sociaux de grandes firmes, etc. Et surtout « les chercheurs ont ensuite analysé les valorisations boursières des entreprises ainsi liées à Mr Geithner dans les jours qui ont suivi l’annonce de sa nomination. Le résultat est spectaculaire : après une journée de cotation, ces entreprises affichaient un rendement supérieur de 6 points de pourcentage aux entreprises similaires, mais dépourvues de liens avec le futur secrétaire au Trésor. Au bout de dix jours, l’écart cumulé était de 12 points de pourcentage ! »

Banco ! Joli ce coup ce mercato ministériel !

Perplexité de notre chercheur et chroniqueur du Monde : « Comment expliquer ce constat ? Compte tenu de la réputation d’intégrité et de la position de Mr Geithner dans le monde de la finance », (sic !) « il paraît improbable que certains aient pu imaginer qu’il puisse être directement corrompu par des entreprises. Peut-être les marchés s’attendaient-ils à ce qu’il défende les intérêts de la finance ? Mais dans ce cas, on ne devrait pas constater de différence entre les évolutions boursières d’entreprises financières similaires, et ne se distinguant que par leur proximité avec Mr Geithner. » Il reste donc l’hypothèse « la plus probable », celle de la consanguinité, disons plus poliment la familiarité, que notre chroniqueur du Monde qualifie pudiquement de « réseau social ». « Lorsqu’il doit régler un problème, demander un conseil ou embaucher un collaborateur, le secrétaire au Trésor appellera plus vraisemblablement quelqu’un qu’il connaît. Les marchés ont donc anticipé que les entreprises liées à Mr Geithner tireraient profit de cette proximité. »

Et le pire, c’est que « les faits leur ont plutôt donné raison : Timothy Geithner a embauché aux postes-clés des salariés d’entreprises dont il était proche et les entreprises liées au secrétaire au Trésor n’ont pas eu à se plaindre de ses décisions. » (Petite précision au passage pour les non-initiés aux règles non écrites du capitalisme actuel : il serait puéril de croire que les dirigeants économiques exigent de la part des politiciens la prise de décisions favorables. Non, ils demandent seulement qu’ils ne fassent rien, jamais, rien du tout, l’essentiel ayant été déjà fait par la génération Reagan-Thatcher-Mitterrand-Delors qui a entièrement déréglementé l’économie occidentale et sabordé méthodiquement les instruments démocratiques de contrôle).

Ah, tout ça c’est à Washington, ce n’est certes pas dans notre France républicaine irréprochable, ni dans l’administration de Bruxelles, que de telles accointances privé-public seraient tolérées !

Source de l’article du Monde
(Illustration : Tim Geithner, le secrétaire américain au Trésor, le 24 octobre 2012 à Washington -AFP/JEWEL SAMAD)

Titre de l’étude : (Sous la direction de Daron Acemoglu (professeur au Massachusetts Institute of Technology) : « The Value of Connections in Turbulent Times : Evidence from the United States », NBER Working Papers n° 19701, novembre 2013.

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