Morgane Merteuil : "À aucun moment on n’a vraiment écouté les putes"

samedi 7 décembre 2013
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Propos recueillis par Mathieu Brancourt

Elle s’y attendait, mais Morgane Merteuil a été sonnée par le vote de la loi sur la prostitution (4 décembre) à l’Assemblée nationale. Présente au rassemblement anti-pénalisation le même jour, l’ancienne porte-parole du STRASS (Syndicat du travail sexuel) qui est aussi travailleuse du sexe accuse le coup, mais promet de ne rien lâcher.


En tant que militante au STRASS, mais aussi en tant que travailleuse du sexe, comment réagissez-vous à ce vote ?

Morgane Merteuil : Je suis encore sous le choc. En même temps, je ressens beaucoup de colère, comme toutes les personnes rassemblées ce soir (mercredi 4 décembre, pas loin des Invalides à Paris, ndlr). C’est une claque, mais j’essaie malgré tout de me projeter, me dire que le vote était un peu serré. Nous continuerons quoi qu’il arrive à agir jusqu’à cet été (le texte devrait passer au Sénat avant juin 2014, ndlr), pour continuer à nous faire entendre. Aujourd’hui, c’est la "loose", mais les putes ne sont pas prêtes à se faire abolir.

Comme pour le mariage pour tous, le débat a été violent. Vous avez été même personnellement visée. Comment l’avez-vous vécu ?

Je m’y attendais, car je suis engagée depuis longtemps dans le mouvement contre l’abolition de la prostitution. Je connaissais donc leur argumentaire et les associations de terrain défendant cette pénalisation. Mais je n’imaginais pas une telle violence de leur part, ni qu’elle persiste ainsi dans les plus hautes sphères de notre pays. Je pensais qu’il y aurait une différence avec les arguments communément utilisés. Au final, le niveau du débat à l’Assemblée nationale a été très bas. Il n’y avait pas d’expertise et ils ont calqué leur avis sur le "prêt à penser" du discours du Mouvement du Nid (association abolitionniste). Nous avons à faire à des gens qui n’en ont rien à foutre de nous. Il y a bien un ou deux députés qui nous ont vraiment soutenues, mais, dès le départ, le débat était faussé et fixé sur une position prohibitionniste. Soit de la part d’une droite répressive, soit par la gauche moraliste. Au final, le débat n’a fait discuter que deux courants : abolitionnistes tous les deux. À aucun moment on n’a vraiment écouté les putes.

La toile de fond, c’est la lutte entre deux formes de féminismes. Mais ne pensez-vous pas que c’est la cause des femmes dans son ensemble qui en a pris un coup ?

Le féminisme ressort perdant de cette loi. Il n’y a rien, rien du tout sur la protection de toutes les femmes dans ce texte. Rien dans ce texte ne va protéger les victimes de la traite. L’ATA (allocation temporaire d’attente, allocation versée aux demandeurs d’asile et à certaines personnes sans emploi, ndlr) a été retirée de la proposition de loi. On est purement et simplement dans un chantage aux papiers pour les migrantes, avec des titres de séjour uniquement provisoires. Je n’arrive pas à comprendre que les abolitionnistes se réjouissent à ce point de ce vote. Il n’y a rien de féministe à précariser les travailleurs et travailleuses du sexe !

La proposition n’est votée qu’à l’Assemblée nationale et on n’annonce le texte au Sénat que pour l’été prochain. Pensez-vous pouvoir encore faire avancer votre cause dans les mois à venir ?

Les lignes ont un peu bougé. Les prostitué-e-s contre le texte et les associations de santé comme Act-Up ou Médecins du Monde ont été citées. Le risque de clandestinisation a été évoqué, mais pas retenu. Il va donc falloir continuer à faire passer nos messages, nos idées. Il est primordial de faire réaliser que la répression n’est pas la solution. Ce que je retiens, c’est que beaucoup de gens ont exposé leur vision de la prostitution. Mais la question n’est pas de savoir si les gens sont pour ou contre. Car, au final, on a très peu entendu les putes ou des personnes portant leurs revendications. Les 343 "connards" ou le chanteur Antoine n’ont pas défendu notre cause, mais des intérêts qui ne sont pas les nôtres.

seronet.info


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Brèves

La prison à la fac de Nanterre !...

mardi 29 avril 2008

Le GENEPI
(Groupement étudiant national d’enseignement aux personnes incarcérées)
vous invite le 13 mai sur le campus de l’Université Paris X - Nanterre _ pour une grande journée d’action.

Projection du film de Thomas Lacoste
"Rétention de sûreté, une peine infinie"
13 mai, 10h, bâtiment B, amphi B2

Conférence ayant comme thème :
Les politiques pénales ,
avec la participation de M.Vion
(directeur de la Maison d’arrêt de Nanterre),
le syndicat de la magistrature, et le GENEPI
13 mai, 14h, bâtiment F, salle des actes (1er étage)

Représentation de la compagnie de Théâtre La Fabrique
avec sa pièce "Est-ce qu’on peut dire la prison"
Le 13 mai, 18h, à La ferme du bonheur, 220 Avenue
République (sur le campus de l’université)
Exposition photos de François Lecompte,
Le 13 mai, dans le hall de la bibliothèque universitaire
3 stands d’information
bâtiment F, bâtiment D, bâtiment C en extérieur

Venez Nombreux !
Daniel DERIOT

P.S. La fac de Nanterre est accessible en train
à partir de Saint-Lazare(10 minutes) et avec le RER A.