Isabelle Attard : « Pourquoi je quitte Europe Ecologie-Les Verts »

vendredi 6 décembre 2013
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Par Lénaïg Bredoux


Après Noël Mamère, en septembre, c’est la députée Isabelle Attard qui annonce sa démission du parti Europe Écologie-Les Verts. Elle rejoint Nouvelle donne, la formation créée la semaine dernière par Pierre Larrouturou, qu’elle juge plus « raccord » avec ses convictions écologistes et de gauche.

Ce n’est pas encore une hémorragie mais la preuve que le malaise des écologistes est profond. Après Noël Mamère, en septembre, c’est la députée Isabelle Attard, qui annonce jeudi sur Mediapart sa démission du parti Europe Écologie-Les Verts. Elle rejoint Nouvelle donne, la formation créée la semaine dernière par Pierre Larrouturou. Isabelle Attard avait jusque-là toujours été fidèle à son engagement écologiste, adhérente des Verts en 2001, puis d’Europe Écologie-Les Verts en 2010 après une pause militante liée à sa carrière professionnelle – elle a notamment dirigé le musée de la tapisserie de Bayeux. En juin 2012, elle a été élue, à la surprise générale, dans une circonscription réservée du Calvados, avec le soutien du PS. Après s’être opposée au Traité européen sur la stabilité et la gouvernance (TSCG) l’an dernier, elle a refusé de voter plusieurs textes du gouvernement, comme l’Ani et la réforme des retraites. Pour elle, « ces projets sont de droite ». Entretien.

Pourquoi décidez-vous de quitter EELV ?

Isabelle Attard : Depuis dix-huit mois, je ne suis pas spécialement raccord avec toutes les décisions prises par mes collègues de la majorité à l’Assemblée, que ce soit sur l’Ani (accord national interprofessionnel, ndlr) ou sur la loi sur l’enseignement supérieur. Pour moi, tous ces projets sont de droite. Il y a aussi l’accord d’EELV avec le PS de 2011, que François Hollande a mis à la poubelle avant même la présidentielle. Pour moi, c’était l’accord de référence, celui sur lequel j’ai basé ma campagne électorale dans une circonscription réservée par le PS. Or, rien de tout cela n’est respecté. Je ne peux plus être solidaire d’un parti, EELV, qui accepte tout cela. J’ai le sentiment d’être fidèle à mes valeurs écolos de gauche mais ce qui se voit à l’extérieur, c’est que l’on dit amen à toutes les mesures prises par le gouvernement pour garder des places.

Quel élément a été déclencheur ?

J’arrivais encore à encaisser jusqu’à la fin de l’été mais le projet de loi sur les retraites a été un point de rupture avec la tête de mon parti. Il y a aussi eu le report de la transition écologique, l’allongement de la durée de vie des centrales nucléaires de dix ans et, cerise sur le gâteau, la provocation de l’annonce de la création du salon du nucléaire destiné à exporter l’EPR. Sans oublier l’écotaxe, l’affaire Léonarda, la non-révision du CICE, voté sans aucune conditionnalité écologique ou sociale, et la hausse de la TVA avec l’annulation de la baisse de 5,5 à 5 % pour les produits de première nécessité. Je ne suis plus en accord avec ce que je défends et ce que j’ai toujours défendu. Aujourd’hui, je ne me sens pas dans la majorité.

La « remise à plat » du système fiscal proposée par Jean-Marc Ayrault ne vous a-t-elle pas semblé aller dans le bon sens ?

Il a dix-huit mois de retard. Un projet aussi énorme aurait dû faire partie des priorités des six premiers mois. S’il le fait et que je suis dans un autre parti, tant mieux. Je serai là pour l’encourager et faire des propositions d’amendements !

Le congrès d’EELV, qui s’est tenu ce week-end à Caen, n’a rien réglé ?

Je l’ai espéré. C’est pour cela que je me suis engagée fortement dans la motion d’Eva Joly (Love, ndlr). Mais la première déclaration de notre nouvelle secrétaire nationale a été de dire que nous appartenons à la majorité gouvernementale. Ce qui me déçoit, c’est notre façon de fonctionner, nos divisions, les luttes pour chaque poste. Au final, on n’a pas parlé d’écologie dans ce congrès. Je ne sais pas si c’est l’ultimatum de Pascal Durand qui les a tous refroidis mais je ne supporte plus cette frilosité et ce lien avec les socialistes, comme si on était dans le même parti. Ce n’est pas l’idée que je me fais de l’écologie politique. Pascal Canfin et Cécile Duflot font du très bon boulot de ministre mais ils se retrouvent noyés dans un gouvernement d’où ne sortent pas beaucoup de projets de loi de gauche. Vu l’urgence, j’ai donc décidé de quitter Europe Écologie-Les Verts pour aller dans un parti qui rassemble des idées et des valeurs que je partage.

Pourquoi ne pas rejoindre le "Front de Gauche" avec qui votre motion appelait à travailler ?

Oui, mais pas seulement. La motion parlait aussi d’un rapprochement avec toutes les composantes de la gauche, ou ce qu’il en reste. Le Front de Gauche a fait beaucoup de progrès dans sa conception de l’écologie et dans la prise en compte des contraintes environnementales. Ce sont des gens avec qui, je l’espère, nous pourrons travailler. Mais je me sens beaucoup plus proche des propositions de “Nouvelle donne”, étant donné que j’avais signé depuis un an et demi pour le Collectif Roosevelt 2012. Je vais dans un parti qui donne envie de se battre et qui décide de le faire maintenant, avec des représentants qui ne viennent pas tous de la politique. Sur le terrain, je vois des gens qui ne vont plus voter parce qu’ils ne se retrouvent plus dans l’offre politique qu’on leur présente. Pour ceux qui ne veulent pas voter FN ou pour les mesures radicales de Jean-Luc Mélenchon, et qui ne se retrouvent ni dans le PS ou l’UMP, qu’y a-t-il ? Rien. D’où l’émergence d’un nouveau parti. Il faut redonner aux gens l’envie d’aller voter, avec un programme réalisable et concret.

Le "Front de Gauche" est trop radical pour vous ?

Oui, c’est un peu “too much”. Je ne serais pas allée chez Europe Écologie-Les Verts si j’avais adhéré aux idées économiques et sociales du Front de Gauche ! Globalement, nous sommes d’accord mais ma position est plus balancée que la leur. Je ne suis pas dans le schéma du tout blanc/tout noir. Mais je sais que nous pourrons travailler ensemble.

Pensez-vous que votre décision va en entraîner d’autres ?

C’est déjà le cas. J’entends déjà des militants d’Europe Écologie-Les Verts qui ont envie de signer à “Nouvelle donne”.

Mais d’autres députés ?

Pas à ma connaissance. J’espère que d’autres suivront mais je ne suis pas là pour débaucher à tout prix. C’est un choix personnel. Je veux être raccord avec mes valeurs.

Vous ne craignez pas d’être marginalisée ?

C’est déjà le cas ! J’ai été la seule députée de la majorité à voter contre les retraites, et nous n’étions que trois à nous abstenir sur le budget.

Concrètement, avec qui allez-vous siéger à l’Assemblée ?

Je vais demander au groupe EELV à être apparentée. C’est le bureau du groupe qui décidera. En cas de refus, je verrai.

Vous rejoignez "Nouvelle donne". Pour l’instant, c’est surtout un casting médiatique. Vous ne craignez pas que cela soit une initiative marketing éphémère ?

Je me suis posé la question. Mais tout cela va s’organiser ces jours-ci. Un bureau va être créé et voté.

Mais Pierre Larrouturou change souvent de parti politique ! Il en est à son troisième en trois ans (EELV, PS, Nouvelle donne).

Oui, mais il porte toujours les mêmes idées quel que soit l’endroit. Comme elles ne passent pas, il essaie autre chose. Je me suis posé les mêmes questions. Cela m’a taraudé de créer un nouveau parti. Pierre Larrouturou a adopté une démarche excellente : partir d’un collectif, soudé, d’accord sur le fond, pour créer un parti. Tous les jours, sur le terrain, je sens la violence et le non-respect vis-à-vis des élus. C’est encore pire depuis l’affaire Cahuzac. La loi transparence que nous avons votée n’allait pas assez loin. Nous n’avons pas limité le cumul des mandats dans le temps, nous n’avons pas créé de statut de l’élu… Quand on s’arrête là, on ne rassure pas les citoyens. Il faut un réel renouvellement de la vie politique. “Nouvelle donne” sera là pour dire aux gens que nous avons compris l’urgence, que nous voulons faire quelque chose et que nous ne nous retrouvons pas dans l’offre politique actuelle. Avec des propositions précises et réalisables. Il faut se dépêcher d’offrir quelque chose qui présente de l’espoir. L’espoir, je ne le voyais plus dans ma famille politique.

mediapart.fr


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La prison à la fac de Nanterre !...

mardi 29 avril 2008

Le GENEPI
(Groupement étudiant national d’enseignement aux personnes incarcérées)
vous invite le 13 mai sur le campus de l’Université Paris X - Nanterre _ pour une grande journée d’action.

Projection du film de Thomas Lacoste
"Rétention de sûreté, une peine infinie"
13 mai, 10h, bâtiment B, amphi B2

Conférence ayant comme thème :
Les politiques pénales ,
avec la participation de M.Vion
(directeur de la Maison d’arrêt de Nanterre),
le syndicat de la magistrature, et le GENEPI
13 mai, 14h, bâtiment F, salle des actes (1er étage)

Représentation de la compagnie de Théâtre La Fabrique
avec sa pièce "Est-ce qu’on peut dire la prison"
Le 13 mai, 18h, à La ferme du bonheur, 220 Avenue
République (sur le campus de l’université)
Exposition photos de François Lecompte,
Le 13 mai, dans le hall de la bibliothèque universitaire
3 stands d’information
bâtiment F, bâtiment D, bâtiment C en extérieur

Venez Nombreux !
Daniel DERIOT

P.S. La fac de Nanterre est accessible en train
à partir de Saint-Lazare(10 minutes) et avec le RER A.