Le professeur malvoyant privé de cours

Le contrat de son assistante n’a pas été renouvelé à la rentrée
dimanche 8 septembre 2013
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Par Marie Persidat

Les élèves de Yann Fiévet n’auront pas de cours de sciences économiques et sociales ces tous prochains jours au lycée Jean-Jacques Rousseau de Sarcelles. Ce professeur malvoyant travaille depuis de nombreuses années avec une assistante pédagogique. Mais mardi, jour de la rentrée, le lycée s’est aperçu de l’impossibilité de renouveler le contrat de la jeune aide secondant l’enseignant depuis l’année dernière.


Derrière ce dysfonctionnement se cache un imbroglio administratif dont l’Éducation nationale a le secret. Mais en attendant, Yann Fiévet ne peut assurer ses cours. Alors que le gouvernement vient d’annoncer la titularisation de 28 000 auxiliaires de vie scolaire (AVS) pour accompagner les élèves handicapés, l’affaire a de quoi exaspérer. « Les profs handicapés, on n’en parle jamais, c’est insupportable », regrette l’intéressé.

En poste depuis plus de vingt ans

La nouvelle est d’autant plus dure à supporter que Yann Fiévet n’en est pas à ses premiers déboires. Le prof, qui donne des cours à sarcelles depuis plus de vingt ans, est atteint d’une rétinopathie lui faisant perdre progressivement la vue. Il peut continuer à enseigner grâce à un binôme qui l’aide en classe et pour corriger ses copies. En 2011, il s’était battu avec son assistante de l’époque, Émilie Le Saulnier, pour tenter d’obtenir une meilleure reconnaissance de ce poste d’accompagnant. Émilie, avec qui le professeur avait pris l’habitude de travailler, ne pouvait voir son contrat (35 heures payées 1 200 euros) renouvelé au-delà de six ans. Les pétitions et manifestations devant le ministère n’avaient servi à rien.

« L’année dernière, j’ai eu un assistant qui n’a pas souhaité continuer ». Explique Yann Fiévet. « Puis en septembre 2012, une de mes anciennes élèves a été recrutée. Cela s’est très bien passé. Nous avons même travaillé un peu cet été pour préparer la rentrée ». Mais elle aurait également cumulé six années de contrat. Aux yeux de l’Éducation nationale, le poste « d’assistante d’éducation » qu’elle a occupé auparavant se confond avec celui « d’assistante pédagogique », qu’elle n’occupait que depuis l’année dernière. La jeune fille a donc épuisé son quota d’années. « Le fait que je sois obligé de changer d’assistant presque tous les ans, c’est compliqué », souffle Yann Fiévet.<:font>

À l’Inspection, on confirme qu’il n’est pas question de titulariser ces assistants. « Nous avons vérifié, ces postes n’entrent pas dans le cadre de la réforme des AVS ». En revanche, l’Inspection assure qu’un « recrutement est en cours » pour trouver une personne susceptible de seconder Yann Fiévet. « Nous avons invité son ancienne assistante à venir nous voir lundi pour lui proposer une autre solution ».

leparisien.fr

Jacqueline Lorthiois du Bureau CPTG

Le point de vue de la spécialiste de l’emploi et des métiers que je suis sur le plus gros employeur de France (qui devrait avoir une politique de ressources humaines ) est le suivant : C’est inadmissible, parce que Yann est sans arrêt obligé de former ses assistants. Ce n’est pas le même accompagnement pour une personne mal voyante, ou pour une sclérose en plaques. Et donc il y a un apprentissage mutuel à effectuer ET sur le type de handicap et aussi sur la matière enseignée !

Ce n’est pas le même accompagnement ni les mêmes copies à corriger pour les Sciences Éco que pour les maths ! Donc il faudrait "spécialiser", "professionnaliser" les assistants par filières et types de handicap, par ex... Ce qui n’est absolument pas possible avec l’Éducation Nationale qui ne veut pas dépasser les contrats de 6 ans parce qu’elle serait obligée d’embaucher à durée indéterminée et sur un vrai métier ces personnes !

C’est tout à fait scandaleux. On demande à Yann de qualifier ces personnes et de faire gratuitement le boulot de l’Éducation Nationale. Et puis une fois que c’est fait, au bout de 6 ans, quand les assistants ont acquis un savoir-faire et des compétences, on recommence. On fait une REMISE à ZÉRO, comme si on effaçait une mémoire d’ordinateur ! C’est le tonneau des Danaïdes. Par ailleurs, le Ministère embauche des AVS à grand coup de pub, mais surtout il ne faut pas que ça constitue une filière de métiers : la professionnalisation pour les nuls.

Lamentable d’un Ministère dont en plus la FONCTION EST DE FORMER ! Et qui scie la branche qu’il a fait pousser ! Responsable de la formation au niveau national, il devrait donner l’exemple sur les politiques de formation/professionnalisation dans sa propre organisation, au lieu de pratiquer cette politique de Gribouille. C’est vraiment l’histoire du cordonnier = le plus mal chaussé.


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