Le Foll invente « l’agriculture écologiquement intensive »

vendredi 30 août 2013
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Par Fabrice Nicolino

Cet article a paru dans Charlie Hebdo le 21 août 2013

Quatre ministres viennent de réclamer une accélération de la « transition écologique », et parmi eux, Le Foll, censé s’occuper d’agriculture. Le blème, c’est que Le Foll a une idée très personnelle du sujet. On a beau savoir que le faux et la novlangue ont partout triomphé, on reste béat d’admiration. Stéphane Le Foll, ministre de l’Agriculture, est désormais un partisan de l’agroécologie et de l’ « agriculture écologiquement intensive » ou AEI pour les intimes. La grande farce est née pendant le Grenelle de l’environnement, à l’automne 2008. Sarkozy avait alors décidé de faire un show à l’américaine, jurant que la France se lançait dans une vaste « révolution écologique ». Qui s’en souvient ? Personne.


Du côté de l’agriculture industrielle et de la FNSEA, on savait depuis un moment que le modèle n’avait aucun avenir. Les sols ne peuvent éternellement supporter tant de milliers de tonnes de pesticides et d’engrais. Et la société commençait à ne plus vouloir ingurgiter toutes les merdes produites. En clair, il fallait ripoliner le système. On appelle cela, dans les officines spécialisées, « travailler sur l’acceptabilité sociale ». Et c’est alors que vint l’impeccable Michel Griffon. Ingénieur agronome, économiste, il a fait toute sa carrière dans les administrations, par exemple au ministère de la Coopération, entre 1982 et 1986, où il occupait le poste stratégique de « secrétaire des programmes ». On ne présente plus ce magnifique ministère, ni son rôle réel, notamment en Afrique. Donc, Griffon. Il propose au cours du Grenelle une audacieuse formule citée plus haut, « l’agriculture écologiquement intensive ». Le principe en est simple : il faut produire de plus en plus, et donc intensifier encore, mais dans la propreté s’il vous plaît. Comment ? C’est une autre histoire. Quelques colloques et branlotages plus tard, Le Foll achète la marchandise. Il participe ainsi, en septembre 2010, à un débat loufoque sur le sujet avec deux manitous de l’agro-industrie, Christian Pees – coopérative Euralis – et Christiane Lambert, cheftaine de la FNSEA. Ce bastringue n’interdit évidemment ni les pesticides ni les OGM.

Nommé ministre en juin 2012, Le Foll ne se sent plus. Pour le même prix, il ajoute une autre expression, l’agroécologie. C’est une belle prise de guerre, car cette dernière appartient aux vrais écologistes, façon Pierre Rabhi, pour qui l’agriculture n’est pas une technique, mais un modèle social. Le Foll, qui s’en bat l’oeil, bricole un fourre-tout qui mêle « agriculture écologiquement intensive » et agroécologie. Roule ma poule ! Le 18 décembre 2012, Il organise au palais d’Iéna, à Paris, une pompeuse conférence nationale au titre affriolant : « Agricultures, produisons autrement ». On y parle « agriculture heureuse », « nouveau modèle » ; on y jure que la France doit devenir la « référence mondiale de l’agroécologie ». Marion Guillou, ancienne patronne de l’Inra, l’institut des pesticides et de la fin des paysans, trône juste au milieu. On retrouve la dame le 11 juin 2013, au cours d’une remise solennelle d’un rapport sur l’agroécologie que lui a obligeamment commandé Le Foll. La scène est historique. Guillou proclame en révolutionnaire la nécessité de « créer une dynamique ». Mais reprenant ses esprits, elle précise que de tels efforts prendront du temps. Et là-dessus, Le Foll annonce qu’une loi dite de modernisation, prévue en 2013, ne sera votée au mieux qu’en 2014.
Grotesque ? Affirmatif.

Le Foll ne dit évidemment pas un mot sur le système à l’origine du gigantesque merdier. Rien sur l’agro-industrie, ses pesticides, ses coopératives, ses chambres d’agriculture inféodées, ses céréaliers gorgés de subventions. Rien bien sûr à propos des centaines de milliers de kilomètres de haies arrachées, ou du remembrement au sabre d’abordage. Le ministre veut faire croire que, par la magie du verbe, les profiteurs d’hier seront les vertueux de demain.

Notons que certains disent toute la vérité sur « l’agriculture écologiquement intensive ». Dans une motion votée à l’unanimité par les Chambres d’agriculture de Bretagne, aux mains de la FNSEA, on peut lire ce délicat aveu : « L’AEI permet (…) de se projeter vers le futur en évoluant dans les pratiques et systèmes en place (…) L’AEI (…) ne doit pas aboutir à l’édition d’un cahier des charges ». Pas de cahier de charges, donc pas d’obligations. Business as usual.

fabrice-nicolino.com


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