Sucré, ça l’est

vendredi 30 août 2013
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Prenez 156 souris en parfaite santé, et pendant vingt-six semaines ajoutez dans la gamelle de la moitié d’entre elles du sirop de maïs. L’équivalent grosso modo de la ration de sucre que l’industrie agroalimentaire nous fait avaler chaque jour. Résultat de ce régime sucré : non seulement les souris ont pris de l’embonpoint, mais les femelles ont doublé leur taux de mortalité et fait grimper leur cholestérol, tandis que les mâles ont vu leur fertilité s’affaisser.


Les chercheurs américains de l’université d’Utah à l’origine de cette joyeuse étude qui vient de sortir dans « Nature Communications » commentent ainsi leur expérience : « Nos résultats apportent une preuve que les sucres ajoutés à des concentrations actuellement considérées comme sûres ont des répercussions dommageables importantes sur la santé des mammifères ». Rassurant pour l’homme. De là à imaginer que l’excès de sucre puisse être en partie responsable de l’inquiétante baisse de la fertilité observée ces dernières années chez les mâles occidentaux… En moins de vingt ans, la concentration de spermatozoïdes dans le sperme des Français a, par exemple, chuté de 32 %.

N’en déplaise au Centre d’études et de documentation du sucre, qui a créé un outil spécial pour détecter la moindre critique sur la poudre blanche, les études sur les mauvais côtés du sucre tombent comme à Gravelotte. On sait désormais que, chez les rats, le sucre rend plus accro que la cocaïne, que la surconsommation de sucre participe à l’épidémie de diabète sucré et d’obésité, que le sucre fait le bonheur des dentistes, et qu’il pourrait même être un fertilisant pour les cellules cancéreuses. Ne manquait plus que ce soupçon sur la diminution de la fertilité. Tout ça pour une « calorie vide », car, on ne le dira jamais assez, à part des calories, le sucre ne contient rien de vraiment utile à l’organisme, ni vitamine ni aucun autre nutriment. Ce qui n’empêche pas les industriels d’y aller toujours plus gaiement avec le sucrier.

Comptez, rien que pour la France, 1,6 million de tonnes incorporées chaque année par l’agroalimentaire dans nos assiettes et nos boissons. Soit quatre fois plus que ce que l’on ajoute nous-mêmes en piochant dans le sucrier. Ainsi que nous l’avons déjà précédemment raconté, une partie de cette montagne de sucre ajouté l’est sous forme d’isoglucose, du sirop de maïs dont on a dopé le pouvoir sucrant grâce à une petite manip chimique. Plutôt que d’extraire du glucose de l’amidon de maïs, on le traite avec des enzymes qui transforment le glucose en fructose. Un sirop magique puisqu’il raccourcit le temps de cuisson, ne dessèche pas les aliments et, surtout, retarde le sentiment de satiété. Que du bonheur, si ce n’est que des chercheurs ont montré, l’an dernier, que l’abus d’isoglucose dézingue le foie.

De l’isoglucose qu’on retrouve dans la gamelle des fameuses souris de l’étude publiée dans « Nature Communications ». Curieusement, malgré tout ce qu’on entend sur les charmants effets du gavage en sucre, les pouvoirs publics ne bougent pas le bout d’une oreille. Peut-être que le sucre ça rend sourd, aussi…

Le Canard Enchaîné N° 4844 du 28 août 2013


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