OGM : les super mauvaises herbes contre-attaquent

samedi 10 août 2013
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Par Iris Deroeux

Aux États-Unis, la vente d’herbicides a augmenté de 26 % entre 2001 et 2010. Principalement dans les cultures OGM, les agriculteurs n’obtenant pas les résultats promis avec les graines génétiquement modifiées. Alors qu’en France, le débat sur les OGM s’intensifie après la décision du Conseil d’État de suspendre l’interdiction de cultiver le maïs transgénique de Monsanto, puis celle de François Hollande de prolonger le moratoire sur ces semences, aux États-Unis, un rapport vient apporter de l’eau au moulin des anti-OGM.


Publié en juillet par Food and Water Watch – l’organisation de lutte pour la protection de l’eau et de la nourriture –, le rapport Superweeds, how biotech crops bolster the pesticide industry (« Les super mauvaises herbes, ou comment les cultures biotechnologiques renforcent l’industrie des pesticides »), dévoile l’une des conséquences de l’agriculture aux OGM : le recours à des quantités de plus en plus massives de pesticides nocifs pour la santé et l’écosystème. Quelques années seulement après la mise sur le marché des semences de Monsanto Roundup Ready, génétiquement modifiées pour être résistantes à un pesticide, le Roundup (également vendu par Monsanto), « les mauvaises herbes ont développé une résistance au glyphosate (le principal composant du Roundup Ready) et les agriculteurs se sont mis à appliquer de plus en plus d’herbicides : la consommation totale d’herbicides a augmenté de 26 % entre 2001 et 2010 », y lit-on.

Cela se traduit d’abord par une augmentation de la dose de Roundup utilisée. « Le volume de glyphosate appliqué aux trois grandes cultures OGM, maïs, coton, soja, a été multiplié par dix entre 96 et 2012 », indique le rapport. « Les fermiers ont commencé par augmenter les doses de Roundup, puis ils sont passés d’une à deux applications par an », précise Chuck Benbrook, agronome à l’université de l’État de Washington, l’un des premiers chercheurs américains à avoir démontré l’augmentation de l’utilisation de pesticides, en 2004. « Les mauvaises herbes sont devenues folles ! À partir de 2005, ils ont commencé à ajouter d’autres pesticides... », poursuit-il. On assiste ainsi au grand retour du 2,4-D, dont l’usage a augmenté de « 90 % entre 2000 et 2012 », selon les données recueillies par Food and Water Watch auprès du Département de l’agriculture et de l’Agence pour la protection de l’environnement (EPA). Cet herbicide, qui était un composant de l’agent orange utilisé par l’armée américaine au Viêtnam, est par exemple interdit au Danemark, en Suède et en Norvège car considéré comme augmentant les risques de cancer, de troubles du système reproductif et d’affaiblissement mental.

Les conséquences de l’usage de ces produits toxiques sont pléthore. Le rapport pointe différentes études montrant que le glyphosate persiste dans les sols pendant un an après son application, et que le 2,4-D menace pas moins de vingt-huit espèces de saumons. Il rappelle encore les risques liés à l’usage de l’Isoxaflutole (développé par Bayer), toxique pour certains organismes marins, ou encore de l’Atrazine, lié à des problèmes de développement hormonaux de poissons et de grenouilles, notamment observés dans la rivière Detroit. Ce dernier pesticide est d’ailleurs interdit en Union européenne. Et les agriculteurs s’inquiètent de ce retour en arrière, comme en témoigne le conseiller agricole Dan Steiner, dans le Nebraska, interrogé par la radio publique américaine NPR3, racontant qu’il y a vingt ans, « on devenait malade à force d’utiliser des pesticides (…), je crois que nous nous empoisonnions à petit feu ». La situation est de plus en plus préoccupante. Quand des mauvaises herbes résistantes étaient recensées dans cinq États américains en 2005, on en compte dans une douzaine d’États en 2012, indique Food and Water Watch. Et cette évolution met les spécialistes d’autant plus en colère qu’elle était parfaitement prévisible, comme le rappelle l’agronome Chuck Benbrook.

Un cercle vicieux dont il est possible de sortir ?

« L’argument de Monsanto était que les graines Roundup Ready permettraient d’utiliser un seul pesticide, moins risqué que d’autres, et en moindre quantité. L’argument était recevable : les mauvaises herbes et les désherbages sont les pires choses à gérer pour un agriculteur, ça leur a bel et bien simplifié la vie et permettait par la même occasion d’augmenter leurs profits », rappelle-t-il. Dès 1996, ils ont en effet embrassé la technologie, soutenue par des administrations américaines déroulant le tapis rouge pour les géants de l’agrochimie. Aujourd’hui, les semences dites « Roundup Ready » (prêtes pour le Roundup ou tout autre herbicide principalement constitué de glyphosate) représentent 93 % du soja, 88 % du coton et 86 % du maïs cultivés aux États-Unis. Si Monsanto est le fournisseur numéro un, cinq autres entreprises dominent ce marché : Syngenta, Dupont, Bayer, Dow et BASF.

« Mais nous avons constaté une baisse de l’usage des pesticides pendant seulement trois ans ! Et les mauvaises herbes ont commencé à résister, ce qui est une évolution logique. Monsanto et consorts ont été maintes fois prévenus », continue Chuck Benbrook. « Si, en 1996, le gouvernement avait au moins imposé à Monsanto d’indiquer sur ses étiquettes que ces semences ne devaient être plantées qu’une fois tous les trois ans, nous aurions pu éviter cette crise et l’agriculture américaine serait plus saine. » Le message semble enfin passer, en témoignent les articles de plus en plus nombreux dans la presse américaine narrant les mésaventures de fermiers du Nebraska, de l’Iowa ou encore de Géorgie ou d’Arkansas, où l’amarante étouffe des champs de coton ou de soja. Mais il est peut-être déjà trop tard.

Les grands groupes des biotechnologies continuent sur leur lancée et proposent comme solution à cette crise... de mettre sur le marché de nouvelles variétés de graines génétiquement modifiées, résistantes à d’autres pesticides que le Roundup. Comme le rappelle le rapport de Food and Water Watch, les entreprises testent actuellement des variétés de semences résistantes à des pesticides « plus dangereux » ; « Monsanto développe des semences résistantes au dicamba, Syngenta du soja tolérant son produit Callisto, et Dow Chemical du maïs et du soja résistant au 2,4-D ». Ils auraient tort de s’en priver !...

(Illustration : l’amarante, herbe résistante)

(Suite de cet article sur mediapart.fr


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Brèves

Nouvelle convocation José Bové au tribunal d’instance

samedi 8 décembre 2007

Reçu du "Collectif des faucheurs Volontaires Rhône-Loire"

José se retrouve à nouveau devant la JAP lundi 10 décembre au matin, il faut à nouveau tous être présents pour soutenir la fin de toutes les condamnations contre les militants anti-OGM.

RAPPEL :

Lundi 12 novembre, José Bové est ressorti libre du bureau de la juge d’application des peines du tribunal de Millau. La magistrate et le porte-parole des Faucheurs volontaires ont discuté de la façon dont celui-ci pourrait accomplir la peine que lui a infligée la cour d’appel de Toulouse le 15 novembre 2005 : quatre mois de prison ferme, en tant que récidiviste, pour avoir participé au fauchage d’un champ de maïs transgénique le 25 juillet 2004 à Menville (Haute-Garonne).

En droit, la juge pouvait placer M. Bové sous bracelet électronique, mesure que le leader paysan avait par avance rejetée. Ce refus aurait pu justifier sa mise en détention immédiate. Selon son avocat, Me François Roux, José Bové a indiqué qu’il acceptait un aménagement de sa peine, qui pourrait prendre la forme de "jours amendes". La juge l’a convoqué le 10 décembre, pour un débat contradictoire avec le procureur.

cactus pubis

samedi 24 novembre 2007

Au poil !

Un cactus sur lequel poussent des poils pubiens ?

Voilà qui ne manque pas de piquant. Cette œuvre conçue par Laura Cinti est l’une des pièces phares du Festival international des sciences d’Edimbourg, en Ecosse. Pour réaliser The Cactus Project, l’artiste “transgénique” dit avoir introduit du matériel génétique humain dans le génome d’une cactée.

En 2000, l’artiste brésilien Eduardo Kac avait déjà exposé un lapin transgénique vert fluorescent, doté d’un gène de méduse. Si le directeur du Scottish Arts Council – l’ancien évêque d’Edimbourg – a quelques réserves en ce qui concerne la manipulation d’animaux, l’œuvre de Laura Cinti ne lui pose pas de problème éthique. “Faire pousser des poils pubiens sur un cactus ne fait de mal à personne”, estime-t-il.

courrierinternational