Syrie : Imaginer Palmyre exorcisée ...

Cruel dilemme : Des armes de guerre ou des outils agraires ?
lundi 15 avril 2013
par  Duval Gil Garcin
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Par Duval Gil Garcin

Faut-il envoyer des armes, encore des armes, toujours plus d’armes aux combattants syriens, et pour quel camp, d’ailleurs ? Lequel de ces camps fractionnés comme des éclats de bombes à fragmentation doit-il les recevoir ? Qui faut-il aider à vaincre qui et pourquoi ? Quel ennemi juré, craché, haï, obsède ses pareils au point que rien ne compte plus que le combat sanglant, d’une ville à l’autre, de rue en rue, de pire en pire, d’une explosion meurtrière à l’autre, sans trêve ni repos ? Cruel dilemme pour notre diplomatie, très remontée sur la question des droits des peuples, dans la foulée de l’intervention militaire au Mali et tellement empêtrée dans ses contradictions (dommage qu’on ne se soit pas soucié plus tôt du sort réservé aux Touaregs, par exemple, dont les droits de peupler librement leur immense territoire de sable, de roches, d’acacias, de gazelles… et d’uranium, ont, semble-t-il, été sacrifiés sur l’autel des profits méga-miniers) qu’elle en devient inopérante.

Informé du fait que nul ne gagne jamais au jeu cruel de la guerre, que tout le monde y perd, aussi vainqueur s’en croit-on sorti, et que la perte de la paix est la pire perte qui soit, nous tenterons ici d’intervenir en faveur d’un plan B dont le mérite serait de ne fâcher personne et de réjouir l’une des populations les plus invisibles qui soient depuis le début des conflits : les familles paysannes.

Un plan B, comme « Bio », à prendre très au sérieux !

Puisqu’il faut envoyer, pour démontrer qu’on existe en tant que nation dotée d’une capacité internationale d’arbitrage des différents entre pays voisins, et même de leurs conflits intérieurs, alors envoyons… des semences et des outils et, traduits dans les langues nationales (arabe, arménien, kurde, tcherkesse, turkmène) et les dialectes locaux (dont l’araméen, langue biblique) assez de centaines de milliers de livres de Masanobu Fukuoka afin que chaque famille paysanne ait accès au message puissant et édifiant de l’agriculture naturelle. Car, qu’on se le dise, les messages fondamentaux d’agriculture naturelle de ce génial fermier japonais n’ont jamais tué personne, n’ont jamais fait de mal à une mouche ou a une abeille et pourtant ont lancé l’une des plus belles et des plus grandes offensives qui soient contre les mauvaises pratiques agricoles qui, comme chacun sait, sont :
1 - Le labour profond.
2 - Le désherbage, mécanique ou chimique.
3 - L’utilisation des engrais chimiques.
4 - Les luttes chimiques et biotechnologiques contre les insectes (qui empoisonnent et tuent aussi leurs prédateurs naturels). Afin de ne rien imposer et de donner au libre arbitre des populations rurales un large éventail d’expériences et de méthodes.
On ajoutera à ces envois routiers, maritimes et aériens une sélection des œuvres de Gandhi, de Jean Giono, de Sir Albert Howard, d’Ève Balfour, de Rudolf Steiner, d’Hans Peter Rush, d’Ehrenfried Pfeiffer, de Rachel Carson, de Vandana Shiva, de Bharat Mansata & Bhaskar Save et de Bill Mollison, tous fiables informateurs des pratiques et des avantages d’une agriculture saine, organique et durable, à laquelle ils tiennent autant qu’à la prunelle de leurs yeux !

Faire d’une pierre trois coups !

Ce faisant, on ferait d’une pierre trois coups, ce qui dans le domaine militaire est forcément perçu comme un glorieux fait d’armes : D’abord, on donnerait aux familles paysannes les plus efficaces leviers qui soient pour soulever des montagnes de détresse et prendre en main leur destin au sein de campagnes redevenues prospères et accueillantes, autonomes et enrichies par la vente d’excédents agraires divers et variés, en quantités croissantes. Ensuite, on chasserait définitivement l’agrobusiness, qui est sans doute le plus sournois et le plus dévastateur des ennemis intérieurs, infiltré depuis la seconde guerre mondiale en provenance des pays du Nord, dans l’ensemble des « filières agricoles », (constituées ad hoc) des plaines, des plateaux et des vallées agricoles des pays de la Méditerranée, comme point de départ de sa fractale macabre. Enfin, on aurait la véritable révélation de l’origine des maux qui affligent la planète des pauvres, alors que celle des riches, étonnamment prospère, a tout lieu de se réjouir : On verrait s’écrouler les murailles de verre fumé qui protègent, du soleil et du regard des destinataires ou des consommateurs, les industries de l’armement (qu’assoiffe la paix, irrémédiablement) et de l’agrochimie (qu’affame la pratique traditionnelle de la polyculture vivrière). Une fois ces piliers ébranlés, on comprendrait qu’on peut se délier, se dégager de l’étreinte des « filières », moderne invention des technocrates faut-il le rappeler, et des divers oppresseurs qui se gavent des revenus de leurs produits standardisés. Rappelons du même coup la définition que donnait d’eux notre bien-regretté Jean-Michel Colucci dit Coluche : « Les technocrates, si tu leur donnes le désert du Sahara, dans 5 ans, ils iront acheter du sable ailleurs… ». Mieux vaut, on le comprend, éviter de leur confier le désert de Syrie qu’ils finiraient par vider de ses dunes et le destin des paysans qu’ils ont partout délesté de leurs thunes !

Hors des filières tragiques, les calmes Géorgiques...


Hors des « filières » donc et des pathologies végétales, animales et humaines qu’elles s’efforcent de gérer avec de plus en plus de problèmes et de moins en moins de revenus pour les producteurs, tout en croulant sous des masses de commodities, généralement impropres à la consommation, qui enrichissent les traders, ceux qui, parmi les paysans syriens, les auraient perdus retrouveront bien vite les gestes productifs de leurs ancêtres, la fertilité de leurs sols, le goût du travail fait sans hâte et à bon escient et la saveur d’aliments sains d’espèces et de variétés locales de céréales, de légumes et de fruits.

Peut-être apprendra-t-on, par le biais de nos services d’intelligence, que la Syrie est un grand pays agricole, que plus de 30 % de son territoire est arable, que 12 % de sa surface est irriguée, que plus du tiers de sa superficie, 38 % exactement, est couvert de pâturages permanents et que les glorieux massifs du Sud (Djebel Druze), de l’Ouest (Anti-Liban) et de l’Est (Haute Djezireh) ont tout de même réussi à conserver 4 % de surface de forêts ! Des documents classés « Secret–Défense » réuniront les preuves de plusieurs faits avérés et troublants :
- « Les premières traces d’agriculture et d’élevage furent trouvées en Syrie »
- « Le premier alphabet au monde fut inventé en Syrie, à Ougarit »
- « Plusieurs artistes syriens ont contribué à la pensée et à la culture hellénistique romaine »
- « Cicéron était un élève d’Antiochos d’Ascalon, à Athènes »
- « Les livres de Poséidonios ont beaucoup influencé Tite-Live et Plutarque ». (Toutes citations extraites de Wikipédia).
Habiles producteurs de légumes et de fruits ou éleveurs de bétail, les Syriens des champs réussissent à nourrir les habitants de leurs villes (Damas, et Homs, Hama, Alep, etc.) et même d’autres villes du Liban, d’Égypte, d’Arabie Saoudite, d’Irak, d’Allemagne, d’Italie et de France. Voilà donc la boucle bouclée ! Un beau cercle vertueux apparaît au zénith des cieux méditerranéens bénissant le sillage des cargos qui nous apportent l’or vert des légumes, l’or vermeil des fruits et l’or blanc du coton… Et c’est bien ce qu’il faut continuer à bénir, à produire « organique » et à certifier « Bio » !… En lieu et place du cercle vicieux de l’envoi des poisons de l’agrochimie, des cargaisons d’armes et d’autres gadgets industriels dont on constate à présent les ravages, fous comme des véhicules sans frein.

Ne pas confondre le remède et le mal !

On l’a compris, mieux vaut ne pas confondre le remède et le mal ! Il faut bannir les dangereuses pulsions militaristes et s’en tenir aux anciennes solutions pacifiques qui supportent les traditions, qui soutiennent les nations et qui protègent les peuples de l’inconstance des gouvernants, de la voracité des multinationales et des assauts guerriers incontrôlables des « libérateurs » de tous poils. En l’occurrence, abstenons-nous fièrement de tout envoi d’artefacts mortifères, armes et intrants, et osons forcer l’admiration des nations par l’envoi, superbe et généreux, pacifique et non-violent, efficace et rentable à court, moyen et long terme, de semences méditerranéennes biologiquement saines et génétiquement stables (non traitées et non modifiées), d’outils simples de petite mécanisation et d’ouvrages de vulgarisation des notions fondamentales de l’agriculture naturelle et de ses résultats. Si tant est qu’on veut aider un peuple ami, en toute fraternité !

Plus que jamais, à une époque où l’humanité marche sur les œufs des dragons dévastateurs créés de toutes pièces dans ses usines et ses laboratoires, il importe de ne pas donner à l’histoire ce qui est dû à la géographie ! Et inversement… Les fleuves qui descendent des montagnes n’ont pas besoin du sang des Syriens sacrifiés sur l’autel des profits multinationaux. Les terres arables n’attendent des chars d’assaut et des lance-rockets ni labour ni semis ! Les déserts gèrent les réserves de sable dans un isolement volontaire et méditatif qui ne gagnerait pas plus aux décisions des militaires qu’à celles des technocrates.

À l‘exemple de Palmyre, que les 4 vents ont guéri des morsures de ses démons et qui dort au centre paisible d’un cercle de feu où brûlent les mêmes croix depuis 2 millénaires, il est urgent de ne rien faire au profit de l’histoire ! Suivant l’exemple du Tigre et de l’Euphrate, il est avantageux de féconder les plaines et les vallées avec de l’eau vive, des limons, des prières murmurées et des gestes archaïques d’agriculture et d’élevage, au profit des saisons naturelles dont il est sage de ne pas troubler l’eau. Paraphrasant Camus qui a voulu voir Sisyphe heureux, à la croisée de l’espace et du temps, il faut imaginer Palmyre exorcisée !

Bien à vous.
D.G.Garcin

Quelques ouvrages de référence des bonnes pratiques de l’agriculture organique… et de la paix (date de la première publication) :
Steiner Rudolf, « Agriculture – A course in 8 lectures », 1924.
Gandhi M.K., « An autobiography », 1927.
Balfour, Lady Ève, « The Living Soil », 1942.
Howard Sir Albert, « An Agricultural Testament », 1943.
Pfeiffer Ehrenfried, « Soil Fertility, Renewal and Preservation », 1947.
Giono Jean, « L’Homme qui plantait des arbres », 1953.
Carson Rachel, « Silent Spring », 1962.
Rusch Hans Peter, « Bodenftuchtbarkeit », 1968.
Masanobu Fukuoka, « One-Straw Revolution », 1975.
Vandana Shiva, « Ecofeminism », 1993 & « The violence of the Green Revolution », 2010.
Bill Mollison, « Introduction to Permaculture », 1997.
Bhaskar Save & Bharat Mansata, « The Vision of Natural Farming », 2012.


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