Ça se passe comme ça à l’Éducati​on nationale

dimanche 9 septembre 2012
par  Yann Fiévet
popularité : 1%

Par Yann Fiévet, Professeur de Sciences Économiques et Sociales

Je viens aujourd’hui vous saisir d’une affaire que je juge suffisamment grave pour qu’un organe de presse de rang national s’en empare. Mme Aurélie Dauvin, professeur de Lettres depuis 19 ans, dont les 16 dernières au lycée Sévigné de Charleville dans les Ardennes (Académie de Reims), est victime depuis plusieurs mois d’un ostracisme caractérisé de la part de l’administration dont elle dépend. Circonstance aggravante : Aurélie est aveugle.

Je vais aller à l’essentiel car pour une information plus complète il conviendra de se mettre en relation avec l’intéressée qui est d’accord avec ma démarche d’aujourd’hui, confrontée qu’elle est à un isolement quasi total.

En mars dernier, Aurélie a été agressée dans un couloir de son lycée par une personne qu’elle n’a pas été en mesure d’identifier. Une partie de la queue de cheval qu’elle arborait ce jour-là a été tranchée. Il s’agit là du seul préjudice physique causé par cette agression mais qui a été complété par un traumatisme moral accentué par ce que l’on peut appeler la mollesse de l’administration du lycée face à cet acte grave. La victime s’est rendue au commissariat de police afin de porter plainte contre X, Mme le Proviseur du lycée Sévigné n’a pas daigné accompagner le professeur dans sa démarche. Aurélie est ensuite allée voir son médecin qui a décidé d’un arrêt de travail. Un article est paru dans la presse locale relatant l’agression et mentionnant que le proviseur du lycée concerné n’a pas accompagné au commissariat le professeur agressé. Il semble que c’est à partir de ce dernier détail que l’affaire va tourner au cauchemar pour Aurélie.

De retour au lycée après son congé-maladie Aurélie constate très vite qu’elle n’est pas la bienvenue dans ce lycée où jusqu’ici elle n’a jamais rencontré de réels problèmes notamment dans la relation avec ses élèves. Elle apprend rapidement que les parents d’élèves et les élèves ne souhaitent plus entendre parler d’elle comme professeur en prenant le prétexte de l’article de presse mentionné ci-dessus. Elle comprend rapidement qu’une rumeur s’est développée durant son absence selon laquelle l’agression n’aurait pas eu lieu. Aurélie l’aurait inventée afin d’obtenir plus facilement sa mutation. La propre assistante d’Aurélie - qui l’accompagne depuis six ans - a largement participé à la négation des faits incriminés. Précisons ici qu’Aurélie avait déjà obtenu sa mutation pour l’académie de Nancy (où vit son compagnon) au moment de l’agression.

Aurélie a été ensuite convoquée au commissariat pour s’expliquer sur son soi-disant mensonge. Une plainte a été finalement portée contre elle. Elle devra passer en justice le 19 septembre prochain. Aurélie n’a trouvé aucun soutien au sein de son lycée. Non syndiquée, elle a sollicité plusieurs syndicats (dont le SNES) et n’a reçu aucune réponse. À ce point-là du récit je me permets de dire que je ne sais pas comment Aurélie a réussi à ne pas sombrer. Mais l’histoire n’est pas finie. Si les choses s’étaient déroulées normalement le proviseur du lycée aurait expliqué aux parents que ce n’est pas à eux de décider quels sont les professeurs habilités à instruire leurs enfants. D’autant plus que l’affaire concernée n’a rien à voir avec la pédagogie d’Aurélie. Oui, mais voilà, rien n’est normal dans cette histoire. Il a été proposé à Aurélie d’aller finir l’année dans un autre lycée de Charleville. Totalement désemparée, elle a accepté la proposition.

N’ayant rien reçu du rectorat durant les vacances d’avril à propos de sa nouvelle affectation, Aurélie décide de retourner au lycée Sévigné pour y faire sa rentrée. Quand son taxi est arrivé devant le lycée Mme le proviseur est sortie sur le parvis et a demandé au chauffeur de reconduire sa passagère chez elle. Aurélie est descendue de la voiture en protestant. Son chef d’établissement l’a alors violemment saisi par le bras pour la faire remonter dans le véhicule en criant qu’elle n’avait plus rien à faire là. Le lendemain, Aurélie a fait la rentrée dans l’autre lycée où contrairement à ce qui lui avait été dit avant les vacances on n’avait pas particulièrement besoin d’elle. Aurélie a de nouveau été arrêtée par son médecin. Elle n’avait plus qu’à espèrer pouvoir débuter sereinement en septembre une nouvelle année scolaire dans sa nouvelle académie. Elle a finalement été nommée dans un collège où elle va faire lundi sa pré-rentrée. Mais, la plainte contre elle court toujours...

Personnellement, je pense que l’histoire ne peut se terminer ainsi. Aurélie n’a rien à se reprocher. Il faut que cela soit dit. De plus, cette affaire est bien autre chose qu’un simple fait divers. Elle est emblématique de la discrimination que subissent à certains moments de leur parcours difficile certains handicapés. Peut-on rester sans faire connaître cette affaire que je juge grave. N’y a-t-il que les autres handicapés pour mesurer à son juste niveau la détresse d’Aurélie ? Il ne manquerait plus que la justice la condamne en septembre !

Amis journalistes, je vous donne maintenant l’adresse de courrier électronique d’Aurélie Dauvin. Ecrire à Dauvin Aurelie

À vous de voir ce que vous pourrez faire de cette lamentable affaire. Je précise enfin que je n’ai jamais rencontré Aurélie. J’ai suivi son affaire par la relation qu’elle en a faite sur la liste Internet "profs handicapés" et nous nous sommes parlés à deux reprises au téléphone. Cependant, vous pouvez me citer si cela vous paraît utile. Bien à vous.

Yann Fiévet
Professeur de Sciences Economiques et Sociales
Lycée Jean-Jacques Rousseau - Sarcelles (Val d’Oise)

toutes dernières nouvelles

samedi 8 septembre 2012

Bonjour Yann,

Quelques nouvelles...

Rien ne bouge côté procès prochain : toujours pas d’avocat. J’avais contacté une avocate conseillée par mon assurance juridique ; elle m’avait donné un rendez-vous téléphonique jeudi dernier, 6 septembre ; et... la veille au soir, j’ai reçu un mail d’annulation : son cabinet ne traite pas ce genre d’affaire... Il me faut m’adresser à un autre conseil.

J’ai bien sûr répondu, déplorant d’une part cette décision incroyable : "pourquoi m’avoir alors donné un rendez-vous téléphonique ?" et pourquoi avoir attendu surtout une quinzaine de jours avant de l’annuler ? Quinze jours perdus de mon côté pour rechercher un avocat... Celui qui m’avait assisté lors de la garde à vue et que j’aurais peut-être aimé garder n’a jamais fait autre chose que me dire "il faut payer 1 600 euros hors taxe après on verra"... Donc, son intérêt n’est pas dans ma défense, mais dans ce qu’il gagne à prendre le dossier... Peu lui importe que je sois relaxée ou condamnée... Il m’a fait transmettre le dossier pénal à la toute fin de juillet en me conseillant d’aller "voir ailleurs"...

J’ai tenté d’appeler plusieurs avocats, laissé de nombreux messages... Jamais je n’ai été rappelée... Aujourd’hui, je ne sais plus quoi faire, toujours sans nouvelle non plus de la protection fonctionnelle de droit que j’ai demandée le 13 mars... Aucun journaliste ne m’a appelée... Et puis, la rentrée, même si elle s’est bien passée (malgré des collégiens bavards...) n’arrange rien : ça a été difficile de revenir dans une classe...

À très bientôt.

Aurélie


Commentaires

Agenda

<<

2017

 

<<

Avril

 

Aujourd'hui

LuMaMeJeVeSaDi
272829303112
3456789
10111213141516
17181920212223
24252627282930
Aucun évènement à venir les 6 prochains mois

Brèves

soutien aux enseignants désobéisseurs

mercredi 31 décembre 2008

Si l’on ne peut pas, pour diverses raisons majeures (comme celle élémentaire de ne pas être soi-même enseignant !) s’engager activement dans le mouvement des enseignants désobéisseurs, on peut au moins marquer son opposition aux "réformes" de Darcos (et l’empêcher ainsi de transformer son silence en approbation) en signant la pétition suivante : "pas en notre nom" en cliquant sur le lien suivant : mesopinions.com