Ils se croyaient intouchables. Copé, l’homme de la piscine

samedi 4 août 2012
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Jean-Charles Brisard cherchait un nom de code. Il a choisi « EPOC », l’anagramme de Copé, pour désigner les informations à transmettre aux policiers concernant Jean-François Copé. Entendu l’automne dernier sur la campagne d’Édouard Balladur – il a appartenu à la cellule “Jeunes” de l’équipe du candidat – , puis dans l’affaire Takieddine, l’agent de recherche privé veut révéler sans apparaître, mais les policiers ont établi, sans l’en avertir, des procès-verbaux intitulés « Renseignements fournis par Mr Jean-Charles Brisard ». Dans ces PV, Brisard pointe les conditions d’achat par l’ancien ministre d’un appartement à Paris, des remises d’espèces par Ziad Takieddine et l’ouverture d’un compte en Suisse par Isabelle Copé, sœur de l’ancien ministre et avocate.

Ces éléments sont a priori de première main. Isabelle Copé est une amie. Brisard est aussi l’auteur d’un mémo accusateur sur un financement libyen de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy en 2007. Dévoilés en novembre par le JDD, les procès-verbaux de renseignements sont accueillis par les démentis cinglants de Jean-François Copé et ceux, embarrassés, de Jean-Charles Brisard. « La question qui concerne Mr Takieddine est liée à une enquête, qui est en cours, (…) qui a trait à une histoire et une période dont je n’ai rien vécu, qui est la période de 1993-1995, s’est plaint Jean-François Copé, l’an dernier, sur le plateau de l’émission "Question d’info" (LCP/Le Monde/France Info). La plupart des protagonistes, je ne les ai connus qu’après, bien longtemps après. »

Mais l’enquête a progressé. En mai dernier, son périmètre initial a été élargi à des faits de blanchiment aggravé, permettant au juge Renaud Van Ruymbeke de s’intéresser à toutes les opérations financières suspectes qui ont suivi. Le magistrat est désormais fondé à questionner l’ancien ministre sur les avantages retirés de sa relation « amicale » avec le marchand d’armes durant les années 2000, mais aussi sur les soupçons évoqués par les mémos « EPOC ». Le calendrier n’est pas bon. Alors qu’il concourt à la présidence de l’UMP, Jean-François Copé devrait être convoqué à l’automne par le magistrat instructeur, selon une source proche de l’enquête. Obtenue par Mediapart, la note « EPOC » fait apparaître l’ouverture du compte n° 386315 au Crédit Suisse de Genève au nom d’Isabelle Copé et de son mari. Nous sommes alors en juillet 2005. Jean-François Copé, ministre du Budget, est à la tête de l’administration qui fait la chasse aux fraudeurs fiscaux.

Extrait du fichier "Epoc"

Dans leur procès-verbal, établi quelques jours après la remise de ce document, les policiers indiquent qu’ils ont informé le juge Van Ruymbeke, qui leur « prescrit de relater les informations fournies par Mr Brisard dans un procès-verbal d’information distinct ». « Il (Brisard) nous indique qu’il connaît très bien la famille Copé et plus particulièrement Isabelle Copé et son mari, Philippe, notent les enquêteurs. Ils auraient contacté Mr Brisard, car ce dernier est résident suisse. Les époux souhaitaient avoir des renseignements sur l’ouverture d’un compte suisse à leur nom. Ils lui ont précisé que son compte était en fait pour Jean-François Copé qui lui servirait de compte de passage. Ce compte a été ouvert en juillet 2005, auprès du Crédit Suisse de Genève. » Les enquêteurs notent au conditionnel le numéro du compte : 386315.

Jean-Charles Brisard, qui découvre plus tard la prose des policiers, assure qu’ils ont ajouté leurs propres hypothèses sur le PV. Les policiers avaient déjà « des éléments sur le compte de la sœur Copé », assure-t-il. Et son propre nom avait été, d’après lui, retrouvé sur les documents bancaires puisqu’il avait bel et bien introduit le couple dans cette banque.

Dans le bain de la fraude fiscale

« J’ai pris contact avec le banquier, et je les accompagné en voiture, a expliqué Mr Brisard, lors d’un entretien à Mediapart. Je n’étais pas là quand ils ont ouvert le compte, j’ai eu la décence d’attendre à l’extérieur de la pièce. Donc je ne peux pas connaître le numéro de compte, le montant, ni l’objet du compte. Les policiers me disent “est-ce que ça peut servir au frère ?” Je n’en sais rien ! Et dans la discussion sort l’expression de “compte de passage”. » Jean-François Copé quant à lui, assure avoir ignoré l’existence du compte en Suisse de sa sœur, dont il est pourtant proche – il va d’ailleurs domicilier son cabinet d’avocat chez elle, rue de l’Université, à Paris.

Mais l’enquêteur privé Jean-Charles Brisard évoque aussi les conditions d’achat par l’ancien ministre d’un appartement en 2004 et les travaux qu’il y aurait fait réaliser. « Pour acheter ce bien Mr Copé aurait fait un prêt bancaire sur 20 ans. Par contre, Mr Takieddine aurait remis de l’argent liquide à Mr Copé pour l’achat et la rénovation de cet appartement de 160 m² », notent encore les policiers. La note « EPOC », jointe à leur PV, signale que les conditions du prêt auraient été mises en doute par Isabelle Copé : « pas possible - inquiète », sans évoquer de remises d’espèces.

Extrait du fichier "Epoc"

« La sœur craignait qu’on apprenne que Takieddine était derrière, se souvient Mr Brisard. Elle était inquiète pour ça. Elle me dit “il est derrière”, mais de quelle façon, je ne sais pas. Il y avait des travaux pharaoniques à l’époque, d’ailleurs, il l’a valorisé cet appartement, avec les travaux… Il a pu le revendre très bien et en racheter un autre. » Ces travaux avaient déjà été évoqués publiquement par Jean-François Copé, en 2005, quand Le Canard Enchaîné avait rapporté qu’il occupait un appartement de fonction de 230 m² aux Invalides, tout en étant propriétaire de cet appartement de 160 m², situé rue Raynouard, à Paris, dans le 16ème arrondissement.

L’appartement avait été acheté 1,1 million d’euros en décembre 2004 – moyennant un prêt de la Banque Palatine et un autre de l’Assemblée nationale –, puis revendu 1,5 million, en novembre 2008. Rien d’irrégulier, certifie Copé, qui précise que les travaux ont été payés par chèque. Ziad Takieddine prétend quant à lui avoir tout ignoré du sujet. « Je ne connais pas le compte de Mme Copé, déclare-t-il à Mediapart. Je ne savais pas que Mr Copé avait des travaux à financer dans son appartement. »

La proximité des deux hommes est apparue au grand jour par la publication sur Mediapart, l’été dernier, d’un cliché d’août 2003 : Jean-François Copé prenant un bain dans la piscine étincelante d’une des propriétés de Ziad Takieddine, au Cap d’Antibes...

(Suite de l’article sur Mediapart)


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