François Hollande pas seulement socialiste...

dimanche 6 mai 2012
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Par Philippe Bilger

La nuit passée, après avoir écrit un court texte pour le Plus du site du NouvelObs, je constate un phénomène assez rare pour un débat présidentiel. Dans l’ensemble, l’opinion médiatique dominante consacre François Hollande comme le vainqueur indiscutable de cette joute opposant un projet à une politique, deux personnalités aussi dissemblables que possible l’une à l’autre. Pour ma part, au-delà de l’exégèse technique et des approximations ou mensonges qui sont venues parfumer de mauvaise foi ces échanges rudes, intenses, sans retenue heureusement, je voudrais retenir deux enseignements qui offrent le grand mérite d’éclairer François Hollande et le quinquennat de Nicolas Sarkozy.

On n’allait faire qu’une bouchée de Flanby, on allait "l’exploser", il était nul : combien de ces rodomontades bêtes ont été proférées avant le premier tour et, encore plus, entre les deux tours, dans l’attente de ce débat où il était évident, pour les inconditionnels du sortant, qu’il écraserait ce malheureux socialiste égaré dans un combat trop grand pour lui. On a vu, Hollande est venu et il a vaincu. Il fallait déjà être sacrément inepte pour continuer à nourrir cette arrogance, cette condescendance, en considérant son parcours depuis un an et notamment sa fermeté, sa constance, sa confiance avec son succès à la primaire socialiste. Ce qui est fondamental tient au fait que depuis le début de la campagne officielle, François Hollande n’a pas cessé de progresser, gommant les imprécisions et trouvant le ton juste entre la déclinaison de son projet et les répliques, les ripostes que la fougue, voire la violence de son adversaire devait susciter. Ce qui semblait à l’origine incertain, hésitant, modifié du jour au lendemain par excès de scrupule est devenu un "sans faute". François Hollande, naturellement président dans son comportement, son impeccable langage, sa volonté de proximité, a peu à peu découvert l’ivresse heureuse d’une candidature qui l’obligeait à sortir de soi pour que le sortant soit remercié.

Jean-François Copé, parce que François Hollande en avait gardé sous l’esprit, s’était vanté de l’avoir défait avant le premier tour, criant victoire trop tôt, persuadé que Nicolas Sarkozy achèverait une destruction que lui-même, s’illusionnait-il, avait si bien commencée. On attendait Flanby lors du débat et on a eu le contraire : un lutteur pugnace, sans trac ni émotion apparente, ne se reposant pas sur le capital des sondages comme Sarkozy en 2007 mais prompt à débusquer et à piquer, ne laissant rien passer, acculant le président stupéfié dans les cordes, tenant la dragée haute sur le plan technique et accusateur au nom de l’éthique et de la République, une métamorphose seulement pour les imbéciles qui composent la Cour présidentielle et n’ont qu’une envie : prendre leurs ambitions pour la réalité. La seconde leçon, plus une volupté qu’un enseignement, réside dans l’allégresse maîtrisée avec laquelle François Hollande a pourfendu la personnalité, le style présidentiels, dénonçant les abus, les outrances, les vulgarités et dressant en peu de temps et avec des mots choisis une image dévastatrice de ce quinquennat. L’UMP comme chez elle à l’Élysée, maison de tous les Français. Les donateurs du premier cercle, choyés au Bristol par le couple Sarkozy-Woerth. Les dénégations faiblardes et gênées du sortant.

Ce morceau de bravoure - moi, président de la République... - à l’évidence préparé, placé à un moment stratégique du débat, proche de sa fin, a comblé d’aise tous ceux nombreux qui, comme moi, sont attentifs à la pratique de l’État, au mérite, à l’équité, à la justice et plus globalement à l’allure de notre démocratie et de celui qui a eu l’honneur de l’incarner depuis 2007. La multitude qui désespère parce que la politique est aussi une esthétique et qu’on ne peut pas vivre sans admirer. Entendant François Hollande magnifier ce qu’un président devrait être et sera, dénoncer la déplorable représentation de nous-mêmes par Nicolas Sarkozy, condamner l’intolérable et s’indigner face à l’inadmissible, rêver d’une République respectable, j’avoue n’avoir plus songé à son socialisme. François Hollande portait la voix de beaucoup de citoyens qui attendaient depuis des lustres, avec impatience, cet instant où, face au président, seraient assénées ces vérités amères, ce constat navrant, cette cruelle élucidation, où des espérances aussi seraient projetées dans nos têtes. Le dévoiement n’était pas fatal, puisque l’avenir sera autre.

Au fond, François Hollande a rappelé à Nicolas Sarkozy qu’après président, il y avait "de la République" puisque, le temps d’un quinquennat, il l’avait oublié ou négligé.

philippebilger.com


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