Accord discret entre MEDEF et syndicats...

jeudi 12 juillet 2007
par  Luc Douillard
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...pour accompagner délocalisations et dumping social. - “Waterloo ? du droit social - Vauvenargues et le smic mondial.

Sous le titre gourmand « Un accord bien balancé », le Monde daté d’aujourd’hui mardi 10 juillet révèle que le MEDEF et les principaux syndicats français sont parvenus après 18 mois de négociations et 15 réunions confidentielles à un « relevé de discussions », un document « non-papier », c’est à dire à un accord secret (une tradition de « dialogue économique » qui remonterait au Commissariat du Plan de Jean Monnet, tradition réactivée par Laurence Parisot dès son élection à la tête du MEDEF en 2005).

Que dit cet accord discret, dont la divulgation est laissée à l’appréciation de chaque organisation signataire ? On y parle de la « désindustrialisation », due aux « transferts géographiques des facteurs de production ».

Si “aucun secteur ne semble a priori condamné, des productions et des métiers peuvent disparaître et d’autres apparaître et se développer, ce qui traduit le phénomène de renouvellement du tissu économique”.

« Mine de rien, commente avec gourmandise le chroniqueur du Monde, Frédéric Lemaître, les syndicats acceptent donc la théorie schumpeterienne du capitalisme selon laquelle toute innovation technologique crée un phénomène de destruction créatrice. Une théorie qui, poussée à l’extrême, rend vaine toute tentative de sauvegarder les emplois condamnés par le progrès, qu’il s’agisse hier des ouvrières du textile ou demain des caissières de supermarchés. »

Quelle tristesse de se souvenir que Le Monde fut autrefois un journal sérieux ! Comment peut-on décemment assimiler à un progrès technologique la délocalisation des industries de main d’oeuvre européennes vers les ateliers esclavagistes chinois, qui cousent des chaussures et des t-shirts ? A moins de considérer comme un progrès technologique la sophistication des outils policiers du totalitarisme néo-maoïste pour assujettir sa classe ouvrière, effectivement la plus compétitive du monde capitaliste…

Mais ce n’est pas tout, comme dans tout accord négocié sans vision par des bureaucraties syndicales coupées de leurs mandants, il faut forcément un aspect plus à gauche afin de leurrer les naïfs. Le MEDEF ne s’est pas fait prier sur ce point, en admettant qu’il faudrait en Europe une « politique industrielle » impulsant des « choix stratégiques » de la part de l’Europe, des Etats et des collectivités territoriales (ce mille-feuilles ne présage d’ailleurs rien de bon.) Plus concrètement, il s’agirait aux partenaires sociaux et aux pouvoirs publics unis sur des objectifs « compétitifs » de conduire une politique de formation permanente, « d’anticiper et d’accompagner la mobilité géographique et professionnelle, et de trouver des réponses adaptées permettant d’associer les salariés aux résultats collectifs. »

« Anticiper et accompagner » la mobilité des travailleurs, on sait de quelles souffrances sociales cela se paye. Quand à l’intéressement aux résultats, s’agirait-il aussi pour les salariés de s’ « associer » également aux résultats négatifs et aux pertes, lorsqu’ils seront dus aux choix funestes des managers financiers ?

Derrière tous ces grands mots, il faut aller voir la réalité concrète. Celle-ci éclate dans le même numéro du Monde, dans le cahier « Economie ».

On y apprend une nouvelle effrayante sur les garanties que nous offre la Cour de justice des communautés européennes (CJCE). Dans un arrêt rendu le 14 juin, celle-ci vient de donner raison au Royaume-Uni qui avait inventé une clause inique pour atténuer la directive-européenne de 1989 sur l’obligation pour les employeurs « d’assurer la sécurité et la santé des travailleurs dans tous les aspects liés au travail. » Les dirigeants anglais ont ajouté « pour autant que cela soit raisonnablement praticable » (des mots soigneusement pesés in english !). La CJCE vient de leur donner raison, suite à une plainte de la Commission européenne. Qu’en pense la Confédération européenne des syndicats (CES) ? Certes, elle déplore, car il s’agit bien d’un « signe d’encouragement » à tous les Etats membres qui souhaiteraient réviser à la baisse leurs législations (d’où le titre éloquent en une du Monde-Economie : « Le Waterloo du droit social »), mais la CES semble déplorer surtout que le Royaume-Uni se soit montré aussi provocateur, alors qu’il aurait suffi de transposer discrètement la directive européenne en la vidant habilement de son contenu. Avec une CES aussi peu combative, les travailleurs et citoyens européens peuvent se faire du souci. Les Chinois aussi.

Pour finir tout ceci nous ramène encore à l’objectif du « smic mondial », salarial, social et écologique. Depuis plusieurs décennies, les gauches politiques, syndicales et altermondialistes déplorent les conséquences du dumping social, non seulement en terme de délocalisations et de chantage permanent à la compétitivité, mais aussi en termes d’esclavage des enfants, de tourisme sexuel, d’immigration due à la misère, de souffrances dues à cette immigration, de déficit démocratique et écologique. Sommes nous condamnés à la déploration et à l’incantation appelant désespéremment un « autre monde » qui serait « possible », tandis que pendant ce temps un démagogue dangereux se fait élire président de la France ?

Or déjà au XVIIIème siècle, le moraliste Vauvenargues remarquait qu’ « Avant d’attaquer un abus, il faut voir si on peut ruiner les fondements ».

Ruiner les fondements du dumping social mondial, aujourd’hui, ce serait s’attaquer résolument à une campagne internationale pour le « smic mondial », en se confrontant enfin sur le fond des choses avec les médias dominants, en cherchant des alliés stratégiques au sein du tiers-monde (et chez nous également dans le petit patronat français non encore vendu au Parti communiste chinois, c’est à dire indépendant du MEDEF), en interpellant méthodiquement, à force de manifestations, pétitions et grèves de la faim, les enceintes intergouvernementales susceptibles de mettre le smic mondial à l’ordre du jour : Conseils et parlement européens, G8, OMC, ONU et ses agences, notamment le BIT-OIT (Organisation international du travail). Il faut briser le consensus de Washington, en imposant une alternative.

Il est surprenant que la gauche de la gauche et les milieux altermondialistes ne souhaitent pas encore s’engager sur ce terrain décisif délaissé par la CES. A cet égard, il est significatif que la motion n°9 portant entre autres sur le smic mondial, votée massivement par les adhérents ATTAC au printemps dernier (4184 voix pour, 523 contre) a été ensuite complètement oubliée par les bureaux dirigeants de cette organisation, y compris dans la rédaction de son « Manifeste », qui d’ailleurs a fait pschitt. S’il vous plaît, un peu de courage intellectuel, si nous ne voulons pas ressembler à la CES !

Si vous souhaitez voir s’amorcer ce combat, n’attendez pas tout de vos dirigeants syndicaux, politiques et associatifs, mais interpellez-les sans relâche. Comme disait Gandhi en son temps : «  D’abord, ils vous ignorent, ensuite ils se moquent de vous, ensuite ils vous combattent et enfin, vous gagnez.  » Ce n’est qu’un début.

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