Les bonimenteurs et la réalité

samedi 1er octobre 2011
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Par SuperNo


La Sarkozie est en déroute. Les dernières révélations de Médiapart, en réponse aux fanfaronnades de Guaino les mettant au défi de trouver un lien entre Takieddine et Sarkozy, sont accablantes. Après avoir dévoilé les photos du ministre du budget Copé barbotant dans la piscine du millionnaire exonéré d’impôts Takieddine, le meilleur site d’investigation français publie désormais des documents encore plus criants de vérité, démontrant l’existence d’un réseau mafieux lié aux ventes d’armes, et dont le “Patron” (c’est ainsi qu’il est désigné, “Parrain” était sans doute trop connoté) était Sarkozy lui-même.

Par ailleurs Claire Thibout, la comptable des Bettencourt, a réitéré dans Libé, sa version selon laquelle elle a bel et bien assisté à des remises d’enveloppes à Eric Woerth peu avant la Présidentielle de 2007. Elle confirme ainsi ce qu’elle a dit et qui a été écrit dans “Sarko m’a tuer”, à savoir qu’elle a été embrouillée par les flics et “Le Figaro” qui ont tout fait pour décrédibiliser son témoignage. Dans une Démocratie, Sarkozy, Guéant, Copé, Hortefeux, Estrosi et Woerth seraient traduits en justice. Dans une Démocratie, ils auraient la décence de renoncer à vie à tous leurs mandats.
Mais nous sommes en France, et la pourriture politique est une longue tradition. La seule issue, c’est la branlée électorale de 2012.

Ainsi donc, selon toute vraisemblance, ce sont les “socialistes” qui vont gouverner la France dans quelques mois. Les choses vont-elles s’arranger pour autant ? Non, évidemment. Comme leurs prédécesseurs, ces “socialistes” vont faire allégeance à la finance internationale, et poursuivre l’œuvre de destruction des acquis sociaux pour que pas un centime ne manque aux banksters avec en musique de fond le célèbre hymne “on n’a pas le choix”. Mais ce n’est pas le sujet de ce billet. Le sujet, c’est le deuxième point commun entre nos futurs dirigeants “socialistes” et nos ripoux actuels : la “croissance”. Ils en ont plein la bouche. Sarkozy voulait aller la chercher avec les dents (et il y a laissé son dentier), les socialistes sont encore plus acharnés. Ils vont imposer un “plan de rigueur”, tout en “relançant la croissance”. Car la croissance, c’est le plus important, hein ? J’adore cette phrase : “sans croissance, il est impossible de réduire les déficits.”

Et c’est là que le bât blesse. Car pendant que les bonimenteurs irresponsables qui nous gouvernent nous saoulent avec l’hypothétique relance d’une croissance chimérique, la réalité, qui s’impose à tous y compris aux bonimenteurs, devient de plus en plus précise. Dans le Financial Times (cité par l’excellent blog de Matthieu Auzanneau) le PDG de Shell déclare : “La production des champs existants décline de 5 % par an à mesure que les réserves s’épuisent, si bien qu’il faudrait que le monde ajoute l’équivalent de quatre Arabie Saoudite ou de dix mers du Nord dans les dix prochaines années rien que pour maintenir l’offre à son niveau actuel, avant même un quelconque accroissement de la demande”.

Décryptons ces quelques phrases hallucinantes.


    - Le pic pétrolier a bien eu lieu. À partir de maintenant, la production ne pourra que décliner, et ce d’une valeur chiffrée à 5 % par an (un peu plus, en fait).
    - Pour tout individu qui a suivi à peu près assidûment ses classes d’école primaire, 5 % de moins pendant 10 ans, ça donne environ 40 % du total. Et 40 % de 82 millions de barils par jour, ça fait dans les 33 millions, soit près de 4 fois la production actuelle, elle-même en gros déclin, de l’Arabie Saoudite.
    - In cauda venenum : les 4 Arabie Saoudite à trouver, c’est “avant même un quelconque accroissement de la demande”. Et donc à croissance zéro.

Je ne détaille pas davantage les calculs de déplétion, ceux que ça intéresse se reporteront au blog de Matthieu Auzanneau. Mais une chose est sûre : tous les dirigeants du monde qui prônent “la croissance”, c’est à dire tous les dirigeants du monde tout court, et à commencer par les nôtres, sont des aveugles, des ânes bâtés, des irresponsables, des gredins et des menteurs. Avec leurs complices des médias, ils bourrent dans les cerveaux l’idée que la croissance est l’alpha et l’omega, qu’elle est naturelle, qu’elle est indispensable, et qu’évidemment, elle est infinie. Ce qui est idiot, convenons-en. Et c’est bien le monde dans lequel nous vivons. Ou survivons, pour beaucoup.

Exemple : Le trafic aérien double tous les 15 ans, et en 2030, il y aura 2 fois plus d’avions. Génial. Si j’extrapole, dans 150 ans, il devrait y avoir 1024 fois plus d’avions… Achetez tous des actions Airbus ! Bon, nous ne serons plus là pour vérifier, mais j’ai quelques doutes… Le pays qui aura la plus forte croissance aéronautique est évidemment la Chine. Et il n’y a pas que les avions. En 2009, la Chine est devenue le premier marché automobile mondial, doublant les Etats-Unis. Qui l’eût cru ? Plus récemment, au deuxième trimestre 2011, c’est en Chine qu’il s’est vendu le plus d’ordinateurs. Plus qu’aux États-Unis, encore une fois.
Cerise sur le gâteau, la population de la Chine est 4 fois supérieure à celle des États-Unis. C’est dire le potentiel de cette “croissance” ! D’autant que l’inde devrait bientôt doubler la Chine. On est tranquilles pour 1 000 ans, au moins !

Vous mesurez le problème. Il y a d’un côté cette “croissance”, cette universelle panacée, les rêves de Martine Aubry, du patron d’Airbus, des Chinois et des Indiens. Et puis de l’autre côté, cette triste réalité, que seuls quelques rabat-joie s’époumonent à tenter de faire connaître. Le choc des deux va être terrible. Le carburant de la “croissance”, ce ne sont pas les milliards des banksters (qui sont au mieux des catalyseurs), mais c’est bien le pétrole. Il ne fait pas seulement rouler bagnoles et camions, naviguer les bateaux, voler les avions, chauffer les maisons, produire de l’électricité. Ce que l’on sait moins, c’est qu’il permet de fabriquer le plastique omniprésent, des médicaments, des engrais et pesticides… Impensable, dans le contexte actuel, de simplement envisager de s’en passer. Tout ça, dans 10 ans, couic ! 40 % de moins ! C’est simple : adieu veau, vache, cochon, couvée et surtout, adieu “croissance” !

Parmi les gouvernants (et ceux qui prétendent gouverner), il y en a qui sont encore pire que d’autres. Ainsi, je suis resté scotché à mon siège mercredi soir quand j’ai entendu Ségolène Royal, qui n’est certes plus à une énormité près, affirmer qu’elle allait bloquer le prix de l’essence… Mais comment peut-on être aussi et oser ramener sa fraise à la télé ? Il y a quelques semaines à peine, j’avais osé comparer Ségolène Royal à la représentante du Tea Party américain Michele Bachmann (Sarah Palin II, le retour de la vengeance), candidate à la primaire républicaine, et qui souhaite donc devenir présidente des États-Unis…
Ceci m’avait valu quelques réflexions désobligeantes sur je ne sais plus quel forum féminin. Pourtant, la comparaison est tout à fait pertinente, tant le fait de raconter les plus grosses âneries pourvu qu’elles soient bien démago et qu’elles se taillent un franc succès chez la shampouineuse, au bistrot ou dans la maison de retraite, est chez ces deux une seconde nature.

Michele Bachmann a accusé Obama d’être responsable de la hausse du prix de l’essence. Le jour de l’élection d’Obama, l’essence coûtait 1.79$ le gallon (soit environ 35 centimes d’euro le litre !) alors qu’elle avoisine les 3.50$ en ce moment (66 centimes d’euro le litre !). Et de fanfaronner : “I’ll bring back $2 gas” (“Je ramènerai l’essence à 2 dollars le gallon”). Pauvre  ! Aux États-Unis, les taxes sur l’essences sont très basses, en moyenne (ça varie selon les états) de moins de 10 centimes d’euro par litre. Non seulement cela empêche de baisser le prix en jouant sur les taxes, mais le prix du litre d’essence est donc directement lié au prix du pétrole brut sur le marché international. Or les Etats-Unis importent les 2/3 de leur consommation, pourcentage qui ira croissant. Au passage, notez que les États-Unis, qui représentent moins de 5 % de la population mondiale, consomment 25 % du pétrole. Belle réussite et bel exemple à suivre. Ils devront donc acheter le pétrole en voie de raréfaction au prix où leurs fournisseurs voudront bien le leur vendre. Quand la production aura baissé de 40 %, et que la demande n’aura fait qu’augmenter, le prix du brut va irrémédiablement monter. Et le con-sommateur américain, Bachmann ou pas, verra s’envoler le prix de l’essence qu’il voudra continuer à mettre dans son gros 4x4 de beauf. Avant de constater qu’il ne peut plus. Et qu’il s’est fait enfiler par les bonimenteurs. Les incompétents, les irresponsables, les bonimenteurs, la réalité n’en a cure. Et elle se chargera bientôt de le leur rappeler. Et à nous aussi.

Pour finir, on m’a signalé la parution aujourd’hui même du dernier scénario négawatt, version 2011, donc. L’association négaWatt avait publié en 2003 son premier scénario axé sur la baisse de la consommation d’énergie, et l’a réactualisé en 2006 puis donc en 2011. Basé sur 3 axes (“sobriété, efficacité, renouvelables”), ce scénario prévoit qu’en 2050 les énergies renouvelables représenteraient 91 % du total, prend en compte la fin du pétrole, sort du nucléaire en 22 ans, et diminue la consommation de 65 % par rapport à 2010. Belle théorie. Je n’ai pas de raison de douter a priori du sérieux de ce scénario forcément très intéressant. Une chose est pourtant sûre : il ne sera jamais mis en œuvre. Il suffit d’ailleurs pour s’en convaincre de lire le bas de la page 4 :

    Face à la faiblesse des scénarios officiels sur la sobriété, l’efficacité et les renouvelables, l’association négaWatt a publié dès 2003 son propre scénario, actualisé en 2006. Débattu et reconnu, il a inspiré certaines mesures du “Grenelle de l’Environnement”, qui ont légèrement infléchi la trajectoire énergétique française, mais celle-ci reste très éloignée d’une tendance soutenable sur le long terme. malgré quelques timides avancées d’ailleurs remises en cause depuis, les mesures sont loin de répondre aux objectifs pourtant relativement ambitieux à l’horizon 2020. Mais le plus grave est que, faute d’une vision claire, rien n’est réellement engagé pour accélérer la transition au delà de ce point intermédiaire.

Tout est dit. Les bonimenteurs irresponsables n’ont rien à foutre de scénarios décroissants (car c’en est un). La “sobriété” est un mot qui ne fait pas partie de leur vocabulaire. Ce qui compte, c’est la con-sommation, la “croissance” et rien d’autre. Quitte à devoir trouver "4 Arabie Saoudite" dans les 10 ans.

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