Nuage radioactif de Tchernobyl : Un odieux non-lieu

mardi 13 septembre 2011
par  Sylvie Simon
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Par Sylvie Simon

Il y a quelques mois, j’avais publié un article sur la scandaleuse demande de non-lieu du Procureur Général de Paris au sujet de l’affaire pénale des mensonges sur les dangers du passage du nuage radioactif de Tchernobyl sur la France. Les victimes françaises de Tchernobyl demandaient que le Parquet, qui est l’autorité de poursuite en France, cesse de se manifester à contre emploi en demandant l’arrêt des poursuites et qu’il ait enfin une attitude conforme à son rôle institutionnel, afin de ne pas nuire à la crédibilité de l’institution judiciaire auprès des citoyens qui est déjà très entamée.


L’Association Française des Malades de la Thyroïde a constaté que le dossier de l’instruction a mis au jour des fautes au détriment de la protection des populations et que le Service Central de Protection contre les Radiations Ionisantes a trompé la population en diluant, retardant ou masquant les données, en acceptant que des aliments contaminés interdits à la consommation chez nos voisins étrangers soient revendus sur le territoire français avec des doses hors des normes admises par l’Organisation Mondiale pour la Santé.

Il est certain que la France n’est en rien responsable de cette catastrophe, mais le gouvernement a menti par solidarité avec le lobby nucléaire, tout d’abord en nous assurant que le nuage radioactif avait bien voulu contourner les frontières de notre pays et polluer d’autres contrées, ensuite en laissant Pierre Pellerin, docteur en médecine et directeur du Service Central de Protection contre les Rayons Ionisants qui dépendait du CNRS, gérer la crise parce qu’il était « le seul qui y connaisse quelque chose ». Or, ce dernier n’a rien fait pour protéger et a tout fait pour désinformer la population, ce qui est reconnu par des dizaines de milliers de Français et a été signalé dans la plupart des médias. Les perquisitions effectuées à cette époque au domicile et chez une proche du Pr Pellerin ont révélé un certain nombre de documents très compromettants.

Pour sa part, la CRIIRAD (Commission de Recherche et d’Information Indépendantes sur la Radioactivité) a accusé Pierre Pellerin « d’avoir diffusé des affirmations absurdes et irresponsables sur l’ampleur réelle de l’accident survenu à Tchernobyl, d’avoir publié délibérément des chiffres totalement faux sur l’intensité des dépôts radioactifs, d’avoir triché de façon éhontée sur l’appréciation de la contamination afin de faire croire à un événement complètement insignifiant ne nécessitant aucune mesure de protection et d’avoir ainsi mis en danger la santé des citoyens de l’ex URSS, des pays de l’Est et de la France. »

Aussi, après une très insupportable attente, les victimes espéraient que les coupables seraient enfin punis. Ils viennent de subir un nouveau choc en apprenant, le 7 septembre 2011, que la Cour d’appel de Paris a ordonné un non-lieu général dans l’enquête sur les conséquences en France de l’explosion de la centrale nucléaire et le Pr Pierre Pellerin, qui avait été mis en examen pour « tromperie aggravée » en sort blanc comme neige.
Selon le parquet général, qui a requis la fin de cette enquête, les analyses scientifiques versées au dossier s’accordent pour confirmer que la catastrophe nucléaire de 1986 n’a pas eu de conséquences sanitaires mesurables en France, particulièrement en ce qui concerne les maladies de la thyroïde. S’il « n’y a pas eu de conséquences », il reste des milliers de victimes qui refusent de se voir traiter ainsi avec un tel mépris et l’argument du Tribunal est réfuté par le corps médical qui a noté une augmentation des pathologies thyroïdiennes depuis le passage du nuage radioactif, en Corse notamment.

Denis Fauconnier, médecin généraliste, ne compte pas en rester là car il a remarqué l’augmentation des pathologies dites « radio-induites » en Corse et réfute la thèse défendue par le parquet en se référant à ses observations et celles d’autres confrères corses, ainsi qu’aux données médicales de divers organismes. Il avait rejoint la commission créée au sein de l’Assemblée territoriale corse pour mettre en place un registre des cancers et lancer une étude épidémiologique, néanmoins « Les politiques ont voté le projet, mais tout fait pour qu’il s’enlise ». Avec l’aide de la Collectivité territoriale de Corse, il continue de rassembler des témoignages afin de montrer les conséquences du nuage. « Nous n’acceptons pas le mensonge d’État et notre enquête doit permettre à des victimes d’aller en justice », a déclaré Josette Risterucci, présidente à l’Assemblée de Corse de la commission Tchernobyl, chargée d’établir une carte épidémiologique montrant le lien entre la catastrophe et l’augmentation des cas de cancers et maladies de la thyroïde dans l’île. Elle a indiqué que les travaux continueraient.

Par ce honteux non-lieu, le Procureur Général de Paris cautionne les affirmations que le nucléaire n’est pas aussi dangereux pour la santé qu’on le prétend, ce qui arrange bien ses séides et notre gouvernement qui s’entête dans sa politique pro-nucléaire malgré la catastrophe de Fukushima qui est une épine dans son pied. Il est certain que le ministère public se réjouit de la clôture du dossier sur Tchernobyl et espère qu’on n’en reparlera plus jamais afin de ne pas relancer le débat sur la sécurité des centrales. Mais c’est sans compter sur l’association qui regroupe les victimes et « va se pourvoir en cassation contre cet arrêt pour avoir épuisé toutes les voies de recours », d’après Maître Bernard Fau, l’avocat des parties civiles.

Le député Noël Mamère (Europe Écologie Les Verts) s’est indigné de ce qu’il qualifie de « déni de justice qui prouve la force du lobby nucléaire dans notre pays ». Eva Joly, candidate d’EELV à la présidentielle, a dénoncé un État « au-dessus des lois ». Et Corinne Lepage estime que « À l’heure où le Japon affronte une catastrophe nucléaire où l’accès à l’information des populations civiles n’est pas garanti, et même bafoué, la garantie d’impunité que nous renvoyons est scandaleuse ». Espérons qu’ils seront rejoints par d’autres politiques qui oseront se révolter ouvertement contre ce véritable « déni de justice » qui scandalise toute personne ayant un brin de conscience.

Les responsables politiques qui se taisent, soit par ignorance, soit par peur du scandale, soit par intérêt, doivent réaliser que l’ère des mensonges est en train de prendre fin – voir ce qui arrive à Servier et sa clique après des dizaines d’années d’impunité - et qu’un jour ou l’autre, chacun devra assumer sa responsabilité et payer pour son silence complice.

Sylvie Simon

(Photo : Les liquidateurs

)


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