Folle étreinte à Benghazi

La philosophie, c’est la guerre
lundi 28 mars 2011
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Par Henri-Bernard L.


Pour ceux qui en doutaient, il n’y a pas qu’au niveau intellectuel que je sois bien membré… Benghazi, mon amour. Tandis que la nuit étend sa nappe étoilée sur les tables de la Brasserie Lipp, je repense à notre folle étreinte. Te souviens-tu comme, alors, tu criais mon prénom dans la nuit cyrénaïque, enfiévrée de désir, pendant qu’au loin résonnaient les mortiers de l’infâme tyran ? La clameur était si forte qu’on eût dit que le Maghreb tout entier avait décidé de me rendre hommage à l’unisson !
Henri-Bernard ! Henri-Bernard ! Henri-Bernard !

Benghazi, perle de la côte. J’ai pris ta virginité. Avant moi, tu n’avais connu que le panafricanisme rétrograde et la répression féroce du tyran, la barbarie musulmane et son cortège de lapidations… Je t’ai initiée aux jeux démocratiques et à leur mille et une positions. Le sarkozysme et son souffle émancipateur. Les Mirage 2000, les Rafale, les Awacs, les zones d’exclusion aérienne… J’entends encore ton râle impudique, au moment où le feu humaniste de l’aviation française faisait éclore les bourgeons du printemps libyen. Sur la couche de ma suite, à l’hôtel Tibesti, où je t’entreprenais sauvagement de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, ton expression maladroite de reconnaissance ne faisait qu’attiser mon désir. Dix fois, cent fois tu as atteint, dans mes bras, l’orgasme libérateur.

Au matin, je t’ai laissée, chancelante, humide, dans un état extatique que seules, jusque-là, Kaboul et Sarajevo avaient connu. Lorsque tu t’es couchée sur le sol pour me baiser les pieds, je t’ai fait signe de te relever. "– Benghazi, je t’en prie. Reste digne. Je n’ai fait que mon job. N’oublie pas qu’à travers ma personne, c’est la France qui t’a fait hurler de plaisir. Mes étreintes ont laissé sur ta peau l’empreinte de l’Élysée".
Comme je dis toujours, "l’art de la philosophie ne vaut que s’il est un art de la guerre…" Je ne sais plus si c’est Sun Tzu ou Pinochet qui a dit
ça, mais je me dois de saluer sa lucidité. Depuis près de quarante ans que je philosophe, j’ai semé la guerre un peu partout. C’est plus fort que moi : dès que je débarque dans un 5 étoiles à l’étranger, il faut que j’appelle l’Élysée ou l’état-major des armées pour qu’ils envoient l’aviation. C’est mon côté philosophe engagé. Engagé dans la guerre. Enfin pardon : dans l’art de la guerre. C’est pas pareil. L’art de la guerre, c’est un peu comme la guerre, mais en Business Class.

Une fois mon devoir accompli, j’ai repris mes quartiers dans un autre hôtel – c’est mon côté grand reporter. Le mien. Pas un 5 étoiles, un hôtel particulier germanopratin. La vie parisienne me semble bien morne, comparée à l’effervescence de Benghazi. Là bas, j’étais un héros national. Ici, me voici redevenu Henri-Bernard L. HBL, comme ils disent. Une idole, certes. Mais ici, point de mortiers. Rien que la paix, autant dire l’ennui.

Ça me déprime, tiens ! Je crois que je vais aller passer quelques jours dans mon riad marrakchi pour me changer les idées. Là-bas, je suis au repos. La révolution des masses arabo-berbères opprimées par une monarchie d’un autre temps, soumises à un islam rétrograde, n’est pas dans mon calendrier philosophique. Ça n’arrange pas l’Élysée. Après mon idylle incandescente avec Benghazi, c’est pas pour être vulgaire, mais ça me donne un peu l’impression d’aller aux putes.

henribernard.wordpress.com


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