La vie artificielle nous pend au nez

lundi 3 janvier 2011
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Par Jean-Luc Porquet

Pendant que les écologistes politiques d’Europe Écologie s’absorbent dans leurs petits jeux présidentiels (faut-il choisir comme candidat Eva Joly qui ne connait rien à l’écologie, ou Nicolas Hulot qui ne connait rien à la politique ?), les apprentis sorciers s’en donnent à cœur joie dans leurs labos. Et tout le monde s’en bat l’œil, ou presque.


Jeudi dernier, 58 groupes et associations écolos du monde entier (mais pas un seul Français) ont envoyé une lettre alarmante à la commission présidentielle américaine, qui vient de plancher sur la biologie synthétique. Ils critiquent ses conclusions. Disent qu’elles piétinent le principe de précaution, qu’elles n’offrent aucune garantie contre l’évasion dans la nature d’organismes synthétiques, qu’elles comptent une fois de plus uniquement sur la prétendue autorégulation des industriels, dont on sait à quoi elle mène…

La biologie synthétique, qu’ès acó ? C’est la nouvelle « révolution » scientifique en cours. Celle qui, d’après ses promoteurs, renvoie clonage et OGM au rang de bricolage d’amateurs. Celle qui va offrir à l’homme un extraordinaire « potentiel pour façonner le monde ». Celle qui mobilise déjà des dizaines de labos, voit des chercheurs breveter leurs trouvailles à tout-va, et où les investisseurs ont déjà misé 40 millions de dollars.

Grâce à elle, on va lâcher dans la nature des organismes vivants fabriqués en éprouvette qui feront des merveilles. Des bactéries qui nettoieront toutes sortes de pollutions (du coup, on poura continuer à polluer sec). Des nouveaux virus qui serviront d’armes biologiques dernier cri (nos amis militaires étant aux premières loges dans toutes ces recherches, évidemment). Des cyanobactéries artificielles qui produiront à tire-larigot de l’éthanol, et aussi de l’hydrogène par-dessus le marché (et hop, finie la crise du pétrole !). Cette dernière recherche allèche énormément les compagnies pétrolières, qui rêvent d’un nouvel eldorado : ce sont elles qui ont financé Craig Venter, le fameux généticien américain qui, en annonçant le 20 mai dernier la « création d’une bactérie synthétique », a lancé le grand rush sur la biologique synthétique. Et relancé le débat. Toujours le même, d’ailleurs.

D’un côté ceux qui conseillent de réfléchir avant d’ « ouvrir la boîte de Pandore de la biologie synthétique », comme l’universitaire Hervé Le Crosnier ou etc group, l’association canadienne en pointe sur le sujet. De l’autre les généticiens qui, comme Philippe Marlière, directeur d’Isthmus, moque les « flagellants » qui réclament un moratoire. Ah ! Ah ! Nos bardes et druides Bioethix et Déontologix n’en ratent pas une ! Ils ne comprennent rien à cette nouvelle démiurgique !

Puisque nous allons fabriquer de la vie artificielle, nous y glisserons des verrous génétiques qui l’empêcheront d’échapper à tout contrôle : croyez-nous sur parole, et foin de moratoire ! Allons de l’avant ! La biodiversité naturelle s’effondre à cause de l’homme ? Nous allons créer une biodiversité artificielle qui compensera ingénieusement cette perte. Ça promet !

Le Canard Enchaîné N° 4704 du 22 décembre 2010


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Brèves

Nouvelle convocation José Bové au tribunal d’instance

samedi 8 décembre 2007

Reçu du "Collectif des faucheurs Volontaires Rhône-Loire"

José se retrouve à nouveau devant la JAP lundi 10 décembre au matin, il faut à nouveau tous être présents pour soutenir la fin de toutes les condamnations contre les militants anti-OGM.

RAPPEL :

Lundi 12 novembre, José Bové est ressorti libre du bureau de la juge d’application des peines du tribunal de Millau. La magistrate et le porte-parole des Faucheurs volontaires ont discuté de la façon dont celui-ci pourrait accomplir la peine que lui a infligée la cour d’appel de Toulouse le 15 novembre 2005 : quatre mois de prison ferme, en tant que récidiviste, pour avoir participé au fauchage d’un champ de maïs transgénique le 25 juillet 2004 à Menville (Haute-Garonne).

En droit, la juge pouvait placer M. Bové sous bracelet électronique, mesure que le leader paysan avait par avance rejetée. Ce refus aurait pu justifier sa mise en détention immédiate. Selon son avocat, Me François Roux, José Bové a indiqué qu’il acceptait un aménagement de sa peine, qui pourrait prendre la forme de "jours amendes". La juge l’a convoqué le 10 décembre, pour un débat contradictoire avec le procureur.

cactus pubis

samedi 24 novembre 2007

Au poil !

Un cactus sur lequel poussent des poils pubiens ?

Voilà qui ne manque pas de piquant. Cette œuvre conçue par Laura Cinti est l’une des pièces phares du Festival international des sciences d’Edimbourg, en Ecosse. Pour réaliser The Cactus Project, l’artiste “transgénique” dit avoir introduit du matériel génétique humain dans le génome d’une cactée.

En 2000, l’artiste brésilien Eduardo Kac avait déjà exposé un lapin transgénique vert fluorescent, doté d’un gène de méduse. Si le directeur du Scottish Arts Council – l’ancien évêque d’Edimbourg – a quelques réserves en ce qui concerne la manipulation d’animaux, l’œuvre de Laura Cinti ne lui pose pas de problème éthique. “Faire pousser des poils pubiens sur un cactus ne fait de mal à personne”, estime-t-il.

courrierinternational