Philippe Manière explose le mur du çon sur Europe 1

vendredi 17 décembre 2010
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Par SuperNo

Tous les soirs vers 19h10, Demorand fait "s’affronter" sur Europe 1 un invité de "gauche" et un invité de droite. Il choisit en général des sujets assez caricaturaux pour que le papier à cigarettes qui sépare les deux "adversaires" devienne le sujet d’une discussion très animée. Et malgré tous ses efforts, il arrive souvent que les deux "combattants" soient au regret de devoir constater leur accord quasi total sur le sujet du jour. C’est bien révélateur d’une époque où la doctrine capitaliste et libérale a été adoptée par la quasi totalité des partis politiques français (et pas seulement français, hélas).


L’invité de "gauche", c’est souvent Olivier Duhamel, juriste et politologue (Politologue ! Sacré boulot ! On s’inscrit où ?). Beau parleur, intelligent et convaincant. Mais on a déjà vu plus extrémiste… Enfin, on est sur Europe 1, il ne faut pas trop demander, non plus…
L’un de ses "adversaires" s’appelle Philippe Manière. Un journaliste économique. Pour parler clair, c’est une véritable caricature d’homo economicus, cerveau bien huilé, mais totalement bridé par un contexte qu’il considère comme intangible. Vous trouverez l’intégralité de son pédigree par ici. On y apprend avec intérêt qu’en plus de son travail de journaliste dans les torchons les plus réactionnaires, il a été président de l’Institut Montaigne, "think tank" libéral créé par l’assureur multimillionnaire Bébéar (dont la fortune dépasse les 100 millions d’euros, ce qui le prédispose assurément à donner des leçons aux pauvres, et même au Président de la Ripoublique). Comme tous les zéconomistes qui n’ont rien vu venir de la Crise des Subprimes, il ne semble guère avoir tiré les leçons de cet épidode et encore moins fait montre d’un minimum de modestie et d’humilité, bien au contraire,

Le sujet du 14 décembre était "les 35 heures", au prétexte que ce grand penseur de Xavier Bertrand avait déclaré, en réponse aux exhortations de Longuet, qu’il ne voyait pas l’utilité de les supprimer, puisque dans les faits leurs principes ont été tellement assouplis qu’elles n’existent déjà plus. Bel aveu, au passage.

Mais voilà qui ne fait pas l’affaire de Philippe Manière, qui ferait presque passer Xavier Bertrand pour un gauchiste effronté ! Pour ce type, comme pour Longuet, les 35 heures sont une plaie béante faite au libéralisme, un affront impardonnable, quasiment un viol. (il parle même de "suicide" pour la France) Ca s’est passé il y a 13 ans, mais il continue à ne pas en dormir la nuit, et il reste persuadé que la panne économique dont souffre la France y trouve son origine. Il ne comprend pas que la France soit passée aux 35 heures "au moment où le monde s’ouvrait à des gens qui pédalent comme des fous". En fait, il aurait voulu que nous pédalions comme des fous, avec lui et ses semblables dans le pousse-pousse, bien au chaud derrière, à débiner ceux qui ne pédalent pas assez, et à leur donner des coups de fouets pour les motiver…

L’émission sur le site d’Europe 1 est .
Philippe Manière s’est carrément surpassé, laissant même Duhamel balbutiant devant tant d’outrecuidance autosatisfaite, de dogmatisme aveugle, et il faut bien le dire (pardon à Marianne [1]) : de connerie de classe mondiale. Il a sans rire défendu l’idée de supprimer formellement les "35 heures", et d’augmenter (jusqu’à combien, il ne l’a pas dit, mais le but étant de concurrencer l’industrie asiatique, on doit pouvoir monter à 80 heures…) le temps de travail, sans augmenter les salaires (qui coûtent déjà bien trop cher aux zentrepreneurs français et obèrent leur compétitivité). Il a même affirmé que Sarkozy avait un "mandat virtuel" pour ce faire…

Un peu comme le sénateur romain Caton l’Ancien qui concluait tous ses discours par "Delenda est Carthago", ou alors comme Louis de Funès dans "La Soupe aux Choux" qui répétait en boucle "Il faut qu’on pète", Philippe Manière est convaincu qu’"il faut travailler plus".
Enfin, pas lui, hein, puisqu’il passe déjà largement plus de 35 heures par semaine à répéter qu’il faut travailler plus, partir en retraite plus tard, diminuer les dépenses publiques, déréguler le travail et l’économie…
Duhamel a eu beau jeu de rétorquer que le slogan sarkozyste, c’était "travailler plus pour gagner plus®" (2 secondes, je pouffe), et non pas "pour gagner moins".

Pour Manière, le but d’une vie ne peut être que le travail et la "croissance". Pour le travail, ce sont sans doute des vestiges de religion mal digérée. Pour la croissance, c’est du mimétisme simpliste et simiesque de tous les zéconomistes de la terre plate : cette année, tu vends 100, l’année prochaine 110, l’année d’après 150, puis 200, 300… etc. Et tu ne t’arrêtes pas avant l’infini. Pour ça, il faut travailler plus, payer moins d’impôts, donc supprimer les dépenses publiques. On connaît la chanson. Pour ce genre de gugusse, la vie n’est qu’une immense compétition entre les êtres humains, les pays, les entreprises, compétition dans laquelle on est le plus heureux du monde quand on écrase ses concurrents comme des merdes. Au fait, m’sieur Manière, pensez-vous que nous allons être plus heureux, en travaillant plus ? (Enfin nous, vous vous en foutez, tant que les actionnaires ont plus de pognon…) Et on va jusqu’où, comme ça ? Vous avez entendu parler de "peak oil", de "mur de l’énergie", de pénurie de matières premières ? Heureux zazard, hier soir, comme avant-hier soir, et comme tous les ans ou presque, la France a battu son record de consommation électrique. Comment il fait, m’sieur Manière, pour doubler la production ?

Ben oui, doubler ! Car c’est bien ce qu’il faudra faire d’ici 35 ans avec une "croissance" moyenne de 2%, pourtant largement inférieure à vos fantasmes. Avec un parc nucléaire à bout de souffle, des énergies fossiles archi polluantes et en voie de raréfaction, et des éoliennes qui font ce qu’elles peuvent, c’est à dire pas grand chose. Et pourtant, on n’a pas encore de voitures électriques ! Bref, il faudrait au bas mot construire une centaine de réacteurs nucléaires (puisqu’il faudra aussi remplacer la quasi-totalité des réacteurs actuels) sur cette période. 3 par an ! Alors qu’Areva et EDF n’arrivent même pas à construire leurs premiers EPR, ni à démanteler correctement leur première centrale ! Voilà qui créerait assurément de l’activité… Hélas, Areva a beau piller l’uranium en Afrique, ces 100 réacteurs seraient sans doute obligés de s’arrêter 10 ou 20 ans après leur construction, faute de combustible…

J’ai néanmoins gardé le meilleur pour la fin. Car si vous écoutez bien, le niveau va crescendo, et le dialogue se termine en un bouquet final que Le Canard pourrait garder parmi les fleurons de son "mur du çon".
Installez-vous dans un fauteuil, détendez-vous, un cigare, un whisky, ce que vous voulez, et dégustez. Attention, c’est du brutal.
"J’ajoute qu’elles (les 35 heures) ont fait quelque chose de terrible au surplus, c’est que psychologiquement une grande partie des français se sont progressivement installés dans l’idée que le travail c’était quelque chose dont il fallait se débarrasser le plus vite possible, et que la vie était ailleurs".
Moi je dis : chapeau, l’artiste. Devant tant de perfectionnisme dans la connerie la plus crasse et dans l’acotédelaplaquisme le plus total, on peut difficilement faire mieux.

C’est pourtant clair, bande d’incultes peu au fait de cette Science Remarquablement Exacte qu’est l’Économie : la vie, c’est le travail. Celui des autres, évidemment. "L’avenir est à celui dont les ouvriers se lèvent tôt®" La vie rêvée de Manière ou de Longuet, c’est un monde où tous les français se mettraient dès 4 heures du matin devant une machine à coudre, en criant en cadence : "on va les niquer, ces niakwés, gloire à notre entreprise, à notre patron et surtout à nos actionnaires !". 7 jours sur 7, sans code du travail, sans congés, sans être payés (tout juste nourris de la ration calorique minimale nécessaire pour garder la force de travail intacte) car de cette manière (sic) on serait non seulement certains d’être "compétitifs", mais de plus on serait débarrassés de toute "entrave à l’embauche®" et donc du chômage !

superno.com


[1j’expliquerai dans un prochain billet


Commentaires

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Philippe Manière explose le mur du çon sur Europe 1
lundi 7 février 2011 à 10h51 - par  vdbk

J’aime beaucoup la chute. Nous serions tous des petits niakwés. Sauf que tu as oublié que nous devions être nourris. Au bout d’un moment, au nom de la croissance, on nous dirait qu’on mange trop. Alors on commencerait à nous remplacer par des robots. Mais les robots ne travaillent plus quand il n’y a pas d’électricité. Mais ils peuvent travailler toute la nuit et la production s’améliorerait.

A la fin, la société humaine, ce serait les actionnaires qui s’emmerderaient tout seuls et ne pourraient même plus se dire qu’ils sont encore riches puisqu’ils n’y aurait plus de pauvres car ils seraient tous morts. Ca ressemblerait à un Monopoly avec des mecs tristes qui joueraient à la même table, jour après jour, avec des vrais billets et la banque qu’au fond il possèdent déjà.

Non. Je pense plutôt qu’on ira vers une solution Matrix. Le but, c’est le contrôle total. Pas l’extermination.

Les jeux du cirque (le foot en est un), les escadrons de la nuit qui tueront ceux qui ne respectent pas le couvre-feu. Mais il le feront équitablement, sans leur demander leur age, leur sexe, leurs raisons bonnes ou mauvaises. Ils pourraient tuer leurs gosses éventuellement. Ce serait les risques du métier.

Entre les jeux et l’hyper-présence policière, ça permettrait d’un côté de laisser aux gens la possibilité de sortir leur agressivité et de l’autre de les tenir dans la peur. Un cocktail que nous éprouvons déjà consciemment ou pas pour nombre d’entre nous.

Mais on aurait une société "carrée." Ca marcherait droit pour tous les petits pions. Tout ces petits epsilons gouvernés par quelques Alpha. Encore que là, Aldous Huxley donnait aux Alphas de vrais capacités intellectuelles. Alors que dans le cas que j’évoque, les Alphas sont surtout des gens dénués de scrupules, aux dents longues et aux comportements prédateurs, nés avec une cuillère en argent ou en or dans la bouche et pas forcément très intelligents.

Pour l’instant, je trouve que nous sommes plus cons que les Tunisiens et Egyptiens car nous n’avons pas encore fait la Révolution (encore que pour les retraites, y avait vraiment du monde).

Quand on sait que 40% du gaz israéliens provient d’Egypte, on comprend mieux pourquoi Mou - Barak Obama demande à "Hostile" Moubarak de lâcher sa place très vite. En fait ils veulent mettre quelqu’un à sa place ou ils attendent que ce type arrive pour le corrompre au plus vite.

Ce que crains Israël, c’est que les vannes soient fermées en attendant une décision du peuple égyptiens.

Bon. J’arrête. Je suis hors sujet.
Toutes mes excuses.

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