Demain, il va neiger

jeudi 25 novembre 2010
popularité : 3%

Par SuperNo

Ben ouais, c’est ce que j’ai entendu ce matin à la radio. Vous allez me dire que cette nouvelle n’est ni passionnante, ni même tellement originale en Lorraine un 23 novembre. Comme je n’ai pas l’habitude de vous raconter des trivialités d’une banalité affligeante, je raconte la suite, qui est certainement moins triviale et banale, mais autrement plus affligeante : cette année dans l’est de la France, une seule voie sera déneigée sur les autoroutes !


Après les pincements et les petites claques d’usage pour vérifier que je n’étais pas dans un rêve loufoque, puis un regard sur le calendrier, même s’il ne me semblait pas que nous fussions déjà le premier avril, et enfin sur le tuner de la radio des fois qu’un de ces sales gamins l’aurait réglé sur une de ces stations pour débiles profonds où des animateurs qui se croient spirituels font des blagues pitoyables pour tenter d’égayer artificiellement le réveil morne et laborieux de leurs auditeurs décérébrés ; j’ai dû me rendre à l’évidence : cette information était véridique. Pour plagier un comique regretté, “ça aurait été des Belges, on se serait foutus de leur gueule un moment !”

Si vous avez eu la curiosité de cliquer sur le lien plus haut, vous avez déjà l’explication : “Le budget de l’entretien des routes a baissé de 30% entre 2010 et 2011”. Sic.
Les autoroutes dont il est question sont les autoroutes gratuites, pas gérées par un concessionnaire cupide, mais par un organisme qui dépend d’un État ruiné. D’un État dont on a sciemment organisé la ruine, plus exactement. L’organisme s’appelle la DIR EST (Dection Interdépartementale des Routes de l’EST). Cet organisme est victime du même traitement (le pressoir libéral à cliquet) que la Sécu, l’Enseignement, les Hôpitaux, les retraites, les associations… Les médicaments sont moins remboursés, les postes de fonctionnaires supprimés, on doit travailler 2 ans de plus, on rogne les subventions aux associations, on privatise tout ce qui reste de secteur public. Et donc, on ne déneige qu’une seule voie.

Le billet aurait pu s’arrêter là… Sauf que juste après la neige, on est passé à la bourse qui baisse (pov’ choux !) en raison d’inquiétudes sur la situation en Irlande ! Vous ne voyez pas le rapport ? L’Irlande, c’était le paradis du libéralisme. Sans doute le pays européen où le pressoir avait le mieux fonctionné. L’Irlande, sans doute bien conseillée par des consultants désintéressés, avait joué à fond la carte du libéralisme, simplement en baissant au maximum son taux d’imposition sur les entreprises (alias “Corporate Tax”) : il est actuellement de 12.5%, contre plus de 30% en France ou en Allemagne par exemple. Au passage, bel exemple de la stupidité totale de la construction européenne où l’on tente d’assembler des pays avec de telles disparités de fiscalité ou de salaires… La propagande ouiouiste a instillé le fantasme de “l’union fait la force”, alors qu’en fait d’union il y a une concurrence féroce qui se fait sur le dos (et je suis poli) des peuples, à coup de surenchère dans le dumping social ou fiscal.

L’Irlande est un paradis fiscal, il ne faut pas avoir peur des mots. L’Asie est un paradis social. La multinationale qui a réussi est immatriculée en Irlande et exploite des usines en Chine. L’Irlande a connu pendant quelques années à partir des années 1990 une réussite économique insolente. Tellement insolente qu’elle était vantée dans l’Europe entière par la quasi-totalité des journalistes moutonniers, toujours prompts à l’admiration dès lors qu’il est question d’actionnaires replets. Le Celtic Tiger, qu’ils disaient.
Attirées par cette fiscalité déraisonnable comme des mouches par un étron en décomposition, les multinationales ont afflué. Évidemment, elles ne se sont pas constituées ex nihilo en Irlande, elles s’y sont délocalisées, entraînant le chômage et la ruine dans la région qu’elles quittaient.

Et à l’unisson de la fiscalité trop basse, les politiciens locaux ont appliqué d’autres mesures purement libérales, comme la réduction des dépenses publiques, et la déréglementation, notamment dans le domaine du travail. C’est le mythe du plein-emploi anglo-saxon : bah, à quoi ça sert de payer pour avoir une assurance chômage, puisque lorsque tu démissionnes ou que tu es viré, tu retrouves du boulot le lendemain ? Pourquoi payer des cotisations retraites pour les autres, puisque tu as assez d’argent pour te constituer ta retraite tout seul ?
Parallèlement, la folie américanoïde de la con-sommation a gagné les jeunes ouineurs irlandais, salariés de ces multinationales, qui se sont endettés pour matérialiser leur réussite sociale. Malheureusement, tout ça ne peut fonctionner qu’un temps… Baisser les impôts, ça marche artificiellement pendant la période où les mouches, alléchées par l’odeur, arrivent en masse. Mais en période de croisière, l’État, dont les recettes sont insuffisantes, est obligé de s’endetter. Et au premier grain de sable, tout s’écroule comme un château de cartes. Le grain de sable, ça a été la crise financière. L’État, déjà saigné à blanc par les multinationales, s’est cru obligé de renflouer ses banques en ruine, en les nationalisant, et surtout en rachetant pour 81 milliards d’euros de leurs désormais célèbres “actifs pourris”.

Comportement totalement suicidaire, ne pouvant provenir que des cerveaux ramollis des crétins de gouvernants irlandais, Brian Cowen en tête, les mêmes qui ont fait passer en force le traité de Lisbonne, c’est dire leur niveau. Et ce sont encore les mêmes qui négocient en ce moment même le sauvetage financier du pays par le FMI (organisme ultralibéral s’il en est, dont la spécialité bien connue est l’échange de pognon prêté contre le fameux pressoir à cliquet…) et l’Union Européenne. Endetté jusqu’au cou, le pays va se voir, selon une thérapie bancaire dont la logique m’échappe, prêter une nouvelle montagne d’argent, qu’elle devra évidemment rembourser. Plus de 80 milliards d’euros. Ironie, c’est à peu près la somme que les mêmes dirigeants ont claquée pour les banques. Pour cela, elle va devoir baisser ses dépenses publiques déjà au plus bas, et pourrir définitivement la vie de ses habitants, condamnés au chômage et à la récession, et dont une part croissante envisage l’exil… Bel exemple de réussite libérale, assurément. L’Irlande ne peut même pas remonter sa “Corporate Tax”, car aussitôt les multinationales s’envoleraient telles une nuée de sauterelles vers de nouvelles terres à piller.

Après la Grèce, et avant le Portugal et l’Espagne, sans oublier la Grande Bretagne dont le premier ministre néo-Thatchérien Cameron vient de mettre en œuvre la plus formidable offensive libérale du moment, l’Irlande n’a fait que subir la loi des financiers, des banksters et de leurs complices gouvernementaux. Quand il neige en Irlande, je suppose que plus personne ne déneige, ça coûte trop cher. En France, on déneige encore la voie de droite. Mais pour combien de temps ?

superno.com


Commentaires

Agenda

<<

2019

 

<<

Novembre

 

Aujourd'hui

LuMaMeJeVeSaDi
28293031123
45678910
11121314151617
18192021222324
2526272829301
Aucun évènement à venir les 6 prochains mois

Brèves

Indignez-vous !

jeudi 16 juin 2011