Flash-Ball tragique

samedi 23 octobre 2010
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Par Jean-Luc Porquet

Lorsqu’ils ont appris, jeudi dernier, qu’à Montreuil un lycéen de 16 ans venait de recevoir un tir de Flash-Ball dans l’œil, les parents de Pierre ont eu un moment d’accablement. « Avec tout ce qu’on a fait… » Cela fait bientôt trois ans qu’à Nantes leur fils a été victime du même drame et qu’il n’y voit quasiment plus d’un œil.


Trois ans qu’ils bataillent pour que le flic qui a tiré – ainsi que sa hiérarchie – soit poursuivi en justice (il passera bientôt en correctionnelle), trois ans qu’ils mènent une campagne d’information tous azimuts, conférence de presse, livre, blogs (27novembre2007.bogspot.com), « pour qu’au moins ça ne recommence plus ». Et ça a recommencé. Et ils ont aussitôt pointé les ressemblances : dans les deux cas, c’était lors de mouvements sociaux, manif contre la réforme de l’université il y a trois ans, contre la réforme sur les retraites aujourd’hui.

Dans les deux cas, les gamins ne faisaient pas vraiment dans l’ultra violence : Pierre manifestait sur les pelouses du rectorat, Geoffrey poussait une poubelle dans la rue devant son lycée (certes ce n’est pas bien mais cela mérite-t-il de se retrouver un mois à l’hôpital avec de multiples fractures, nez, sinus pommette gauche et œil en danger ?). Dans les deux cas aussi les préfets se sont empressés de prétendre que la blessure était légère…

C’est au milieu des années 90 que les services de police et de gendarmerie spécialisés dans les situations extrêmes comme le RAID et le GIGN ont inauguré le Flash-Ball. En 2002, le ministre de l’Intérieur Sarkozy prône son usage massif : « Quand les policiers en sont équipés, les voyous ne viennent pas les chercher. Dire que la police doit rester républicaine, ce n’est pas la condamner à l’inefficacité ». Le Flash-Ball ne tue pas : il mutile à vie, il brise des vies, c’est vachement républicain.

Et les flics choisissent bien leurs cibles : ce gros pistolet de super cow-boy, ils ne le dégainent jamais contre les métallos, pêcheurs ou agriculteurs. Mais contre des jeunes, lycéens, étudiants, squatters. En plus Geoffrey et de Pierre, il y a eu Joachim Gatti, l’an dernier, à Montreuil, Joan, à Toulouse, et ce jeune de 16 ans en 2006 à Clichy-sous-Bois. Combien en faudra-t-il ? Combien d’yeux perdus, de gamins à la vie foudroyée, de larmes, de cris de rage avant que soit interdit l’usage de cette arme ?

Saisie entre autres par Dominique Voynet, maire de Montreuil, la Commission nationale de Déontologie de la Sécurité a pondu, après enquête, un avis, en février dernier, dans lequel elle dénonce « l’utilisation de Flash-Ball dans le cadre d’un rassemblement sur la voie publique » et son « degré de dangerosité totalement disproportionné ». Autant pisser contre un commissariat.

La preuve : après « l’incident » de jeudi dernier, le préfet de police Michel Gaudin a juste enjoint ses hommes d’employer le Flash-Ball « avec parcimonie et discernement, ce qui est difficile à apprécier lorsqu’on est en face de très jeunes gens ». Faut avoir l’œil, chef !

Le Canard Enchaîné N° 4695 du 20 octobre 2010


Commentaires

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Flash-Ball tragique
samedi 23 octobre 2010 à 07h36 - par  Patrick Mignard

La Police peut aujourd’hui, à peu près tout se permettre. Les enquêtes sur les bavures sont menées par ... la Police. Les syndicats policiers nient systématiquement les faits, les procédures, qu’en il y en a, durent des années. La bande au pouvoir donne systématiquement raison à ses mercenaires,... avant même les enquêtes.

Il y a à craindre que la situation aille de mal en pire, la situation sociale se tendant la Police - et la Gendarmerie - deviennent les piliers essentiels du régime.

Comme disait le regretté Coluche : " C’est quand je suis entouré de policiers que j’ai peur".

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