Antilles françaises : retour sur un scandale persistant

jeudi 8 juillet 2010
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Par ARTAC


En référence à une publication scientifique récente relatant les résultats de l’étude Karuprostate en
Guadeloupe, le 22 juin 2010, dans un article de presse intitulé « Aux Antilles, le scandale sanitaire du
chlordécone
 », le journal Le Monde indiquait que « la France n’en a pas fini avec les scandales de
sécurité sanitaire
 ». Ainsi était-il enfin reconnu que le pesticide chlordécone, utilisé sans restriction de
1973 à 1993 en Martinique et en Guadeloupe, avait non seulement entraîné « durablement une
pollution des sols et une exposition d’une partie de la population
 » mais y était aussi, au moins pour
partie, à l’origine des cancers de la prostate. Les résultats de cette étude sont en plein accord avec
ce qu’avait dénoncé dès 2007 le Pr. Belpomme (photo ci-contre) et confirment donc ce que depuis Hippocrate tout
médecin sait : on ne peut vivre en bonne santé dans un environnement pollué.

On se souvient de la polémique d’alors et des critiques formulées à l’encontre du « rapport
Belpomme
 ». Aujourd’hui, à quelques exceptions près, le silence de la grande presse à l’égard de ce
rapport, alors que ce dernier a tout déclenché, - y compris l’actuel « plan chlordécone » du
gouvernement et son financement à hauteur de 35 millions d’euros-, amène à se poser plusieurs
questions.

Un tel silence traduirait-il la complicité sous-jacente de certains médias avec les lobbies, ou une
collusion avec le pouvoir politique, lequel a tout intérêt à discréditer le Pr. Belpomme étant donné la
perspective d’une affaire beaucoup plus grave que celle du sang contaminé ? Ou encore une telle
omission ne serait-elle pas liée à l’idée selon laquelle en dénonçant un tel scandale, l’auteur du
rapport de 2007 se serait isolé de la communauté médico-scientifique française ? Alors qu’en matière
de compétition internationale, cette même communauté se situe au treizième rang mondial, en raison
du faible nombre et de la qualité médiocre de ses publications scientifiques [1] et que dans le rapport du
conseil scientifique du « plan chlordécone » - un document établi sous l’égide de l’ancien directeur
général de la santé, William Dab -, il est admis que sans le « rapport Belpomme », l’affaire n’aurait
pu éclater au grand jour. Et cela alors que le Pr. Belpomme est l’un des cancérologues les plus
reconnus au plan international et qu’analysant les données épidémiologiques descriptives disponibles, les travaux de recherche de l’ARTAC , aboutissent finalement pour la Martinique à des
conclusions similaires à celles concernant la Guadeloupe. [2]

Or malheureusement, comme le dénonçait le rapport de 2007, le désastre sanitaire ne s’arrêtera pas
aux cancers de la prostate et cela d’autant plus qu’on continue toujours à pulvériser des pesticides
dans ces îles aux ressources en eau douce et terres arables limitées.
Car les pesticides
organochlorés sont à l’origine d’autres cancers – en particulier du sein-, d’hypofécondité, voire de
stérilité chez l’adulte jeune, de malformations congénitales chez l’enfant et aussi d’obésité et de
diabète de type 2. Autant dire que l’affaire des Antilles françaises est loin d’être terminée.

Au-delà des polémiques, des parti-pris ou des mensonges des uns et des autres, seule l’histoire
jugera si l’alerte lancée en 2007 était justifiée ou non, et si l’Appel de Paris , initié en 2004, confirmé
en 2006 lors d’un deuxième colloque à l’UNESCO et toujours d’actualité, en raison de l’unanimité
scientifique qu’il a crée tant en France qu’à l’étranger, avait ou non sa raison d’être. Car les deux
aspects sont intimement liés. L’empoisonnement des Antilles françaises par les pesticides n’est en
effet qu’un exemple parmi d’autres renforçant la nécessité de l’Appel de Paris, sa valeur scientifique
et heuristique au plan sanitaire et la gravité de son énoncé au plan sociétal.


[1Enquête Université Paris 5 – Institut Necker (EP5N) des sciences du vivant en France (2000 - 2005) lesechos.fr

[2Belpomme D, Irigaray P, Ossondo M, Vacque D, Martin M. Prostate cancer as an environmental disease : an
ecological study in the French Caribbean islands, Martinique and Guadeloupe
. Int J Oncol. 2009 Apr ;34(4):1037-44


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