Onfray rejoint la pensée unique anti-internet

jeudi 22 avril 2010
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Par Philippe Cohen

Dans un texte sans nuances publié par Le Monde, le philosophe s’en prend, extrapolant quelques commentaires haineux ou critiques, à toute la Toile. Ça ne pouvait pas nous laisser indifférents. C’est une polémique dans la polémique. C’est un peu comme si, prenant goût à devenir l’homme par lequel le scandale arrive, il fallait désormais à Michel Onfray un plat hebdomadaire à dépecer de sa plume vengeresse.

La semaine passée, ce fut donc Freud. À bientôt un siècle d’ici, c’est un cadavre qui se mange froid, congelé même. Philippe Petit et Jean-François Kahn ont déjà dit ce qu’ils en pensaient, et la prochaine édition de Marianne y reviendra sans doute.


Cette semaine, Onfray remet le couvert avec un plat de choix, Internet. Un plat, cependant, un peu trop consistant même pour l’ogre affamé de médias qu’il semble être devenu. Après le patron du Nouvel Obs Denis Olivennes, Christine Kelly du CSA, le publicitaire Jacques Séguéla, Jean-Pierre Elkabbach, le directeur de France Inter Philippe Val, après Frédéric Lefèbvre, Nadine Morano et bien d’autres adeptes du « Web-bashing », Michel Onfray s’en prend aux internautes.

Pour dire quoi ? Il s’agit en fait de réactions très critiques, voire haineuses, diffusées sur le Net, provoquées par la publication du - sans doute - excellent livre de Florence Aubenas Le Quai de Ouistreham. « Le commentaire anonyme sur Internet est une guillotine virtuelle, écrit Onfray. Il fait jouir les impuissants qui ne jubilent que du sang versé. Demain est un autre jour, il suffira de regarder un peu cette télévision qu’on prétend détester mais devant laquelle on se vautre pour trouver une nouvelle victime expiatoire à sa propre médiocrité, à sa vacuité, à sa misère mentale. En démocratie, le mal est relativement contenu. »

Ce propos tient du nietzscheisme de prisunic. Si l’on lit bien Michel Onfray, il existe donc deux genres de personnes dans notre triste monde : les êtres surpuissants, les héros de l’histoire, ceux qui écrivent dans un écrin de « pureté », comme Florence Aubenas (et Michel Onfray lui-même non ?) ; et les autres, la plèbe des internautes qui, dûment protégée par un anonymat de mauvais aloi, assouvit sur la Toile ses tristes passions refoulées.

Entendons-nous bien. Nous ne sommes pas les derniers à penser et même à écrire que certains commentaires postés ça et là sur le Web relèvent plus de la pissotière que du Salon de lecture. Marianne2 vient d’ailleurs de décider de contraindre ses internautes à s’enregistrer pour pouvoir poster des commentaires. Par ailleurs, il ne viendrait à personne sur ce site ou à Marianne de critiquer la démarche de Florence Aubenas qui emprunte à celle explorée au milieu du siècle par George Orwell lorsqu’il s’était, lui, mis dans la peau d’un clochard à Paris et à Londres.

Mais faut-il jeter le bébé Internet avec l’eau du bain des commentaires pour reprendre un cliché que l’on nous pardonnera ? Toute critique d’un livre à succès doit-elle être rejetée au motif que ceux qui l’expriment peuvent être suspectés de jalousie d’auteur ? On croyait Michel Onfray adepte de la vulgarisation des idées auprès du peuple. On pensait naïvement que la mise à disposition du plus grand nombre de dizaines de milliers de textes et d’images, reflet de la connaissance universelle, ne pouvait que plaire à l’avocat éloquent des Universités populaires. On se trompait. Onfray le gauchiste a été rattrapé par Onfray le nietzschéen. C’est dommage : le premier nous est plus sympathique que le second. Mais surtout le mélange des deux substances produit une hybridation insignifiante.

marianne2.fr


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