Pour des bavures durables

jeudi 10 décembre 2009
popularité : 1%

Par Jean-Luc Porquet

Quoi, vous n’avez jamais été gardé à vue ? Menotté, fouillé à nu, jeté dans une cellule empestant l’urine, fiché, insulté, tabassé, voire poursuivi pour outrage ? C’est que vous ne suivez pas la mode. La mode est aux gardes à vue pour un rien, un regard de travers, un mot de trop envers un flic, un faciès qui ne lui revient pas.

Après « Le Canard » qui en avait raconté quelques gratinées, « Le Monde 2 » a égrené récemment une demi-douzaine d’histoires de gardes à vue abusives : c’est formidable, on se dit que ça peut vous arriver demain, bientôt tout le monde pourra y avoir droit. Il suffit de pousser par exemple sa voiture en panne sous la pluie, d’entendre un policier de la BAC (brigade anticriminalité) vous intimer l’ordre de vous ranger et de répondre, trempé jusqu’à l’os « Vous plaisantez. Vous voyez pas que je suis en panne ? », pour se retrouver collé vingt-quatre heures au trou (avec une déposition policière selon laquelle vous roulez trop vite et sans ceinture !).

Le nombre de gardés à vue ne cesse de grimper : Plus 70 % en huit ans. Désormais, il dépasse chaque année le demi million : c’est bon pour les statistiques sarkozistes et les flics qui veulent se faire mousser. Le nombre de bavures a explosé en conséquence. Le 24 septembre à Lille, Hakim Djelassi, embarqué dans un fourgon, déposé un quart d’heure plus tard à l’hôpital, mort deux jours après. Le 12 novembre près de Montbéliard, Mohamed Boukrourou, embarqué après une altercation avec un pharmacien, décédé dans le fourgon. Le 17 novembre, le jeune Anyss Arbib, qui fête la victoire de l’équipe de foot algérienne : des insultes et un jet de gaz lacrymogène dans la figure (on peut lire son témoignage détaillé dans Libé du 24/11). Le 25 novembre, Bernard Copin, peintre en bâtiment intervenu lors du contrôle d’un piéton interpellé parce qu’il a traversé au feu vert : en comparution au tribunal de Versailles pour « violence et outrages » (il a eu trente jours d’ITT).

Chaque mois, dans son bulletin « que fait la police ? », l’Observatoire des libertés dresse la liste des bavures. Son animateur, Maurice Rajsfus, demande : « En un temps où les services publics sont de plus en plus menacés, il convient de poser la question essentielle : la police nationale est-elle un authentique service public ? » Car aujourd’hui l’insécurité n’est plus seulement du côté des voyous : une véritable et inquiétante insécurité policière s’installe, et ce n’est pas Fillon, déclarant qu’il veut « repenser » la garde à vue, qui va nous rassurer.

Le gouvernement vient d’ailleurs de dissoudre la CNDS : cette très prudente Commission Nationale de Déontologie de la Sécurité, créée en 2000 et composée de parlementaires et de magistrats, enquêtait sur les bavures policières (pas moins de 152 saisies l’an dernier), et se permettait de demander des sanctions (en vain d’ailleurs). Mais c’était déjà trop. Nous n’avions pourtant pas de « réflexe antipolicier », se défend son président Roger Beauvois, faisant remarquer qu’il classait sans suite 40 % des affaires dont il était saisi.

Tant pis : La CNDS va être remplacée par un défenseur des droits qui n’ara, lui, pas le droit de mener des investigations sur le terrain. Sous Sarkozy, les bavures ont de l’avenir.

Le Canard Enchaîné N° 4649 du 2 décembre 2009


Commentaires

Agenda

<<

2019

 

<<

Septembre

 

Aujourd'hui

LuMaMeJeVeSaDi
2627282930311
2345678
9101112131415
16171819202122
23242526272829
30123456
Aucun évènement à venir les 6 prochains mois

Brèves

Corrida pouah !

mercredi 14 janvier 2015