Le gouvernement libanais : Entre le marteau des quotas et l’enclume des ingérences extérieures

samedi 7 novembre 2009
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Par Marie Nassif-Debs

Depuis quatre mois et une dizaine de jours, les Libanais ne font qu’effeuiller les marguerites en se demandant si le gouvernement présidé par Saad Hariri pourrait voir le jour ou bien s’il faudrait un troisième désistement et une troisième nomination afin de sortir le Liban de la crise dans laquelle il patauge.

Entre temps, on aurait tout vu et tout entendu : des visiteurs venus de partout, faisant des déclarations et publiant des communiqués sur la forme du gouvernement et le nombre des ministres ; des veto sur tel ministrable ou tel autre ; des immixtions bien claires dans les affaires intérieures du pays ou, encore, des appels « confessionnels » dénigrant d’autres chefs confessionnels… Sans oublier les quelques sommets arabes qui se sont tenus à cet égard, et dont celui entre la Syrie et l’Arabie Saoudite fut, sans aucun conteste, le plus attendu.
D’aucuns, dans l’ex-nouvelle majorité et l’ex-nouvelle minorité, avaient soutenu que le gouvernement allait se former avant la fin du mois d’octobre. Ils se félicitaient des rencontres suivies entre Saad Hariri et le général Michel Aoun et des « points d’entente enregistrés » ; cependant, leurs espoirs n’ont pas tenu longtemps car, selon des « sources bien informées », les problèmes épineux sont si nombreux qu’ils devient presque impossible de les résoudre tous : Il y a, d’abord, le problème de la répartition des parts entre les deux groupes antagonistes ; il y a, ensuite, celui des ministères des télécommunications et de la justice que la majorité voudrait prendre en charge et que l’opposition aouniste voudrait garder ou récupérer ; il y a, aussi, les tentatives de certaines parties visant à réduire la « part » du président de la République, surtout dans les postes-clés (l’intérieur et la défense) ; il y a, enfin, les parts de chaque groupe parlementaire et de chaque confession religieuse. C’est que la majorité et la minorité au pouvoir cherchent, à travers les ministères convoités, des opportunités futures.

Et, tandis que les disputes vont bon train, sur le plan intérieur libanais, les positions de certaines forces internationales et régionales ont envenimé une situation, déjà inextricable.

La première de ces positions est celle exprimée par Michèle Sesson, ambassadrice des Etats-Unis au Liban, qui, à la suite de son prédécesseur, Jeffry Feltman (devenu, depuis, conseiller de la ministre Hillary Clinton pour les affaires du Moyen Orient), prêche « le respect de la Constitution libanaise » à travers la création d’un gouvernement à tendance unique : celle de la majorité. Il paraît que les États-Unis ne sont pas pressés de voir naître un nouveau gouvernement libanais avant d’avoir mis certains des problèmes de la région (dont le nucléaire iranien ou, encore, une certaine entente avec Téhéran sur la situation au Pakistan, en Afghanistan) sur la voie qui mène à une solution requise par Washington ; ajoutons à cela que la nouvelle administration démocrate voudrait avoir l’aide de Damas pour trouver une issue avantageuse au problème irakien…

La seconde de ces positions est celle d’Israël qui a changé de tactique vis-à-vis du Liban, à la suite de la découverte d’un grand nombre de ses cellules d’espionnage et de l’échec de ses tentatives, appuyées par Les États-Unis, visant à changer le statut des forces intérimaires des Nations Unies au Liban (FINUL). En effet, il tente de mettre à profit certains événements, dont celui de la découverte d’un dépôt d’armes dans le village de Tayrfelsay (dans la zone des opérations de la FINUL), pour remettre en question les armes de la Résistance nationale libanaise, après que son premier ministre ait menacé de tout mettre en œuvre afin d’interdire la participation du Hezbollah au gouvernement et que le vice premier ministre ait souligné qu’Israël poursuivra ses opérations d’espionnage au Liban.

Quant à la troisième de ces positions, elle réside dans les tentatives de l’Union européenne, qui lorgne du côté de Damas, de ménager la chèvre israélienne et le chou syrien. On doit noter, à ce propos, la cour, politique et économique, assidue de la France envers le régime baasiste de Damas. Au même moment, la Russie met du sien dans la balance, et son ministre des affaires étrangères, Alexandre Soltanov, ne se lasse pas de faire la navette entre Damas et Beyrouth, suggérant des éclaircies prochaines entre les deux capitales.

La quatrième position, enfin, est celle qui suivit de près le sommet syro saoudien, provoquant une tempête violente dans les milieux politiques libanais et autres. Cette position fut traduite par une des personnalités médiatiques saoudiennes, très proche du roi Abdallah et consista à dire qu’il faudrait « donner carte blanche à Damas au Liban, parce qu’elle seule peut trouver une solution à la crise qui sévit dans ce pays qui fut, de tout temps, partie intégrante de la Syrie de laquelle il fut séparé par l’Accord de Sykes-Picot ».

Et, si nous ajoutons à ces positions entremêlées et entrecroisées les objectifs essentiels exprimés par les responsables égyptiens, vis-à-vis de la formation du gouvernement libanais, mais aussi par le patriarche maronite contre le Hezbollah et ses commanditaires iraniens, nous pourrons dire que la solution n’est pas encore mûre par rapport aux forces d’ingérence, internationales et régionales, dans les affaires libanaises. Bien au contraire, l’absence d’une telle solution risque d’envenimer les choses et de pousser les protagonistes libanais à recourir, une nouvelle fois, à la « rue ».

Pendant ce temps, le problème palestinien revient aux premières lignes, avec les dernières déclarations de Benjamin Netanyahu concernant la présence d’un accord avec Washington sur la poursuite de la construction de certaines colonies et les injonctions faites aux Palestiniens par Hillary Clinton qui voudrait les voir revenir à la table des négociations « sans conditions préalables » ; ce qui veut dire en clair : sans poser la condition du droit au retour des réfugiés palestiniens et sans invoquer le droit du peuple palestinien à un État indépendant.

Ces positions internationales et régionales enveniment la situation déjà tendue et montrent clairement que la solution aux problèmes vécus par les Libanais n’est pas près d’être trouvée. En effet, même si les belligérants trouvent un terrain d’entente sur le gouvernement, même si le gouvernement est formé, il ne pourra jouer aucun rôle effectif, vu que les pressions internationales et régionales, qui avaient retardé sa formation, ne disparaîtront pas de si tôt. Pendant ce temps, les dangers d’une nouvelle vague de violence vont augmentant. Et, tandis que toutes les institutions, à commencer par la présidence de la République, sont complètement paralysées, les solutions traditionnelles auxquelles la bourgeoisie libanaise avait recours deviennent de plus en plus impossibles.

Voilà pourquoi nous pensons que le danger menace, aujourd’hui, l’entité libanaise ; et la solution capable de sauver notre pays ne réside pas dans la formation d’un gouvernement qui unifie les représentant des différentes confessions religieuses. Il réside, plutôt, dans la remise en question de la « sigha », la formule confessionnelle, qui poussa notre peuple vers des guerres de religions toujours ouvertes et se terminant, à chaque fois, par des variations dans les parts du pouvoir réparties entre les différentes factions de la bourgeoisie et les restes de la « féodalité politique », toutes liées aux grandes puissances et aux projets que ces puissances avaient formés afin de laisser notre région ouvertes à tous vents.

Et voilà pourquoi nous appelons à l’union militante de la gauche anti-impérialiste sur le plan libanais et régional.

Marie Nassif-Debs

aloufok.net


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