La sécheresse pèse sur la reconstruction en Irak

lundi 27 juillet 2009
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Le croissant fertile irakien, "don du Tigre et de l’Euphrate" où un sol riche et une eau abondante donnèrent naissance aux civilisations de la Mésopotamie, est aujourd’hui un désert.

De vastes étendues de terres arables sont craquelées et arides, de précieux marais se sont asséchés et les tempêtes de sable masquent le soleil.
Même le "fleuve Saddam", un canal d’irrigation inauguré dans les années 1980 pour relancer l’agriculture, n’est plus qu’un maigre filet d’eau verte. Ces symptômes sont ceux d’une sécheresse devenue récurrente qui menace de saper les efforts de reconstruction en Irak après six ans de guerre.

L’eau est un bien si précieux au Moyen-Orient que de nombreux spécialistes prédisent des guerres de l’eau à l’avenir, si aucune solution durable n’est trouvée.
Les responsables irakiens sont prompts à accuser les pays voisins - Turquie, Iran, Syrie - et leurs barrages en amont mais les experts soulignent que les problèmes de l’Irak sont aussi liés à une démographie exponentielle, à une irrigation inadaptée et au manque de mesures pour conserver l’eau.
"Tous les facteurs se rejoignent en même temps, urbanisation, changement climatique, variation du climat à court terme, demande accrue de nourriture", explique David Molden, directeur adjoint d’un institut de gestion de l’eau.

L’Irak connaît sa deuxième année de sécheresse sévère et sa pénurie d’eau la plus importante depuis une décennie, estiment les responsables américains à Bagdad.
La récolte de blé attendue en 2009 pourrait diminuer à 1,35 million de tonnes, la moitié d’une récolte normale, un comble pour l’ancien grenier à blé de la région, aujourd’hui l’un des premiers importateurs au monde de cette denrée.

Ce n’est pas seulement le manque d’eau qui a rendu l’agriculture irakienne si anémique, déclare Salah Faisal, un exploitant au sud de Bagdad. "Dans les années 1980, il y a eu la guerre avec l’Iran, dans les années 1990, il y a eu le Koweït et maintenant ce sont les Américains. Il y a eu cinq à six millions de morts et 70% de la population des campagnes est partie."
La dépendance envers les importations et l’exode rural ont incité le Premier ministre Nouri al Maliki à lancer une initiative pour relancer le secteur agricole, qui reste le premier employeur du pays.
Mais les résultats seront longs à venir.

Les représentants de l’administration doivent notamment convaincre les fermiers d’abandonner certaines pratiques comme l’irrigation par inondation, qui a augmenté au fil du temps la salinité et rendu les terres moins fertiles.
Mais les méthodes d’irrigation performantes, par aspersion notamment, sont coûteuses et requièrent un équipement et une formation que la plupart des agriculteurs n’ont pas.
Le degré de salinité de l’eau qui arrive en Irak est de 400 parties par million (ppm). Quand l’eau se jette dans le Golfe, il atteint 2.000 ppm, le double du Colorado à son embouchure dans le golfe de Californie, souligne David Molden.
"La plupart des récoltes, à l’exception des plus tolérantes en sel, voient leur productivité baisser lorsqu’elles sont irriguées avec cette eau", dit-il. Les tensions se sont accentuées récemment quand la Turquie a annoncé qu’elle comptait mener à bien la construction d’un barrage sur le Tigre. Les partenaires européens se sont retirés du projet Ilisu en citant des problèmes culturels et environnementaux, une victoire temporaire pour Bagdad, mais Ankara est décidé à aller jusqu’au bout.

Se plaignant de l’inaction du gouvernement, les députés ont voté pour bloquer tout accord avec l’Iran, la Syrie ou la Turquie ne garantissant pas un meilleur partage de l’eau. "Le gouvernement n’a pas de volonté politique", déclare Djamal al Batikh, membre de la commission parlementaire sur l’eau.
Bagdad redoute que le problème ne rejaillisse sur les relations avec la Turquie, partenaire commercial majeur de l’Irak, des liens qu’il s’efforce d’améliorer malgré le contentieux lié aux rebelles kurdes dans le nord du pays.
Oun Thiab Abdullah, le directeur des ressources en eau du pays, doute de la promesse d’Ankara de garantir un minimum de 400 m3 d’eau par seconde à l’endroit où l’Euphrate quitte la Turquie pour entrer en Syrie. Selon lui, le débit a chuté à 289 m3/seconde début juillet. "Nous donnons 515 m3/s à la Syrie en moyenne", répond le ministre turc de l’Energie, Taner Yildiz.

Pour tenter de réduire la salinité et d’améliorer les rendements agricoles, les Etats-Unis ont investi 130 millions de dollars pour réparer et étendre le canal Saddam.
Ils ont rénové une station de drainage dans le sud du pays, la plus grande du Moyen-Orient, qui devrait réduire la quantité de sel dans l’eau utilisée par les agriculteurs.
Mais un responsable américain, qui préfère conserver l’anonymat, souligne que le gouvernement doit se préoccuper en priorité de la conservation de l’eau dans un pays où les fermiers ne paient pas leur eau et où de nombreux habitants de la capitale attendent des années avant de voir leur première facture.

"L’Irak, en raison de son environnement, est confronté aujourd’hui à ces problèmes, mais beaucoup d’autres régions du monde connaîtront les mêmes à l’avenir", souligne David Molden. "C’est pour cela qu’il faut arriver à comprendre pourquoi on en arrive là."

aloufok.net


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